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Le cinéma est la meilleure manière de faire communauté

C’est par cette phrase éminemment politique que Steven Spielberg accueillait les spectateur·rices pour l’avant-première parisienne de son nouveau film. Cette défense d’un cinéma comme lieu de communion et de rencontres, nous la partageons totalement dans un moment où la polarisation des points de vue est exacerbée dans notre pays, mais également dans notre filière.

Le Festival de Cannes cette année a été tout autant le lieu de découverte des films qui feront l’actualité de nos salles pour les mois à venir que le temps des prises de parole sur la place du politique dans le cinéma. Lors de notre Assemblée générale le lundi 11 mai, la lecture du rapport moral faisait déjà apparaître les deux sujets prégnants qui allaient animer les discussions cannoises.

Le premier porte sur l’exacerbation des tensions entre exploitant·es et distributeur·rices, notamment face à des pratiques discriminatoires dont nombre d’entre vous sont victimes ; la presse s’en est largement fait le relais. Sur cette question, la réponse de l’AFCAE, issue du rapport moral, a été claire : « (…) de notre point de vue, il faudra également et rapidement questionner les nouvelles pratiques discriminatoires que les salles de circuits tentent actuellement de faire peser sur l’ensemble des distributeur·rices. Sous couvert de dénoncer une “concurrence déloyale”, nous entendons parler de demandes d’exclusivité, de formes de chantage au nombre de séances, d’une baisse plus rapide du partage de recettes ou de la durée d’exploitation raccourcie. Les distributeur·rices, sous la pression, pourraient être contraint·es de répondre favorablement à ces demandes. Il ne faudrait pas que pour le bien de quelques-un·es, beaucoup y perdent.»

À ce sujet, nous avons saisi le comité de concertation pour que ces pratiques de distribution deviennent un sujet de discussion exploitant·es-distributeur·rices sur le long terme et pour que les pratiques qui pourraient être discriminatoires puissent être objectivées par les services du CNC. Nous avons également appris récemment que des courriers ont été adressés aux distributeur·rices en stigmatisant une typologie de salles au détriment d’une autre. Nous voyons revenir la guerre (que nous pensions enterrée) entre salles privées et salles publiques ou associatives. Une triste régression de plusieurs années en arrière, alors même qu’il est prouvé que c’est la complémentarité qui fait le marché et non la situation de monopole. Et surtout, dans une période politique charnière, où la division fait le jeu de nos détracteur·rices, il est essentiel de rappeler que c’est par l’intelligence collective et la solidarité de filière que nous pourrons faire front commun.

Le second sujet s’est focalisé sur l’arrivée de nouveaux entrant·es dans l’exploitation et particulièrement l’implication du groupe Bolloré au sein de Canal+ et du groupe UGC. Je reprends aussi ici les termes de notre dernier rapport moral : « Le groupe Bolloré détient déjà 30,4 % du groupe Canal+ et maintenant 34 % du circuit UGC, avec la possibilité à moyen terme d’acquérir totalement le réseau de salles en 2028. Si l’arrivée de nouveaux·elles entrant·es dans la filière peut contribuer à des équilibres économiques nécessaires, elle fait naître ici de réelles inquiétudes, notamment au regard des orientations du groupe Bolloré dans les médias (CNews, Journal du Dimanche, Europe 1…), dans l’édition (manuels scolaires, crise récente chez Grasset) et dans ses engagements politiques et sociétaux. La tension, déjà forte entre exploitant·es, pourrait être décuplée par l’arrivée de nouveaux·elles entrant·es davantage habitué·es à des logiques de rentabilité rapide et de maximisation des profits qu’à une régulation collective au sein de la filière.» Le même jour de cette lecture à notre Assemblée générale, une tribune parue dans le journal Libération alertait sur les risques pesant sur la diversité du cinéma français, dans un contexte marqué par la place croissante du groupe Bolloré dans l’écosystème médiatique et par son influence au sein d’un des principaux financeurs privés du cinéma français. Nous connaissons la suite : la réponse du directeur général de Canal+, Maxime Saada, l’assignation en justice contre Canal+ par la Ligue des droits de l’Homme et la CGT Spectacle et enfin la nouvelle doctrine du groupe Canal+ relative aux dossiers de demande de financement prenant en compte « la considération qui est portée par les porteurs de projet vis-à-vis de Canal+, et est-ce que ces personnes ont porté un préjudice à Canal+ ». Une phrase sibylline qui laisse encore planer comme une menace sur la filière.

C’est pourquoi nous partageons pleinement les inquiétudes des producteur·rices, cinéastes et de l’ensemble de la filière sur la possibilité à plus ou moins long terme de voir la diversité diminuer, certains sujets être repoussés, certaines thématiques et typologies de films se voir rejetées dès le financement et la création ainsi empêchée. Nous sommes pleinement mobilisé·es sur ce sujet, en échange régulier avec les organisations professionnelles de la filière, afin de suivre ces évolutions et de contribuer, à notre place, à la défense de notre écosystème.

Édito après édito, nous tirons la sonnette d’alarme sur les fractures semblant se mettre en place au sein de notre filière et dans la société. Nous gardons cependant l’impression que rien ne s’arrange et que, au contraire, les tensions sont de plus en plus fortes, alors même que le CNC s’est pleinement impliqué dans la gestion des conflits internes. Si l’AFCAE refuse de jouer le jeu de la surenchère des luttes fratricides, elle défendra pleinement les salles du mouvement Art et Essai. Cette défense passe notamment par la liberté de création, de programmation et le libre accès du public aux œuvres dans les meilleures conditions partout sur le territoire. C’est pour cela que le Conseil d’administration a également mis en place, depuis l’an dernier, un sous-groupe de travail pour suivre les modifications de politiques publiques des communes et des collectivités territoriales à la suite des élections. Nous avons aussi validé la mise en place d’une ligne ouverte et directe entre les adhérent·es et l’AFCAE pour dénoncer les abus et les interventions, qu’ils portent sur la programmation mais également sur la vie
économique des salles. David Obadia, délégué général, se fera le relai de ces appels auprès du Conseil d’administration. C’est dans cette capacité à agir collectivement, avec celles et ceux qui vont dans le même sens, que réside aujourd’hui notre meilleure réponse face aux tensions qui traversent notre filière.

Guillaume Bachy, 
Président de l'AFCAE

Edito

Le cinéma est la meilleure manière de faire communauté

C’est par cette phrase éminemment politique que Steven Spielberg accueillait les spectateur·rices pour l’avant-première parisienne de son nouveau film.

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