Asniérois, écrivain-poète, Président de l’AFCAE de 1966 à 1992, Jean Lescure s'employa tout au long de sa vie à la défense de la culture et en particulier du cinéma dans toute sa diversité.

Une plaque apposée sur la façade du cinéma, la lecture de ses écrits par des comédiens,
des photographies et extraits de ses interviews sur France Culture  contribueront à saluer sa mémoire,

en présence de nombreuses personnalités, dont le comédien, réalisateur et producteur Jacques Perrin, qu'il initia au cinéma.


Jean Lescure, un esprit libre

C'est par une trappe de sa chambre ouvrant sur l'écran du cinéma Alcazar d'Asnières alors dirigé par son père, que Jean Lescure découvre, enfant, ses premières images.
Il lui succède à la direction de l'Alcazar en 1955. Il en fait l'une des premières salles de banlieue consacrée au cinéma d'art. Il fut l'une des plus grandes figures du mouvement Art & Essai, qu'il rejoint en 1958. Il devient Président de l'AFCAE en 1966 et le restera pendant 26 ans. Il en défendit avec énergie et inspiration les principes et les actions à commencer par son intervention auprès d'André Malraux, alors Ministre de la Culture, pour la reconnaissance officielle du statut des salles d'Art d'Essai et l'octroi d'avantages financiers visant à favoriser la diffusion indépendante.
Il contribua ensuite à donner à celle-ci un réel poids politique et culturel en France comme à l'étranger. Il présida en effet la Confédération Internationale des Cinémas d'Art & d'Essai (CICAE).
Sous sa Présidence à l'AFCAE, le réseau s’étendit et le nombre de salles classées passa de 200 à plus de 900.
Professeur à l'Université de Pataphysique et membre fondateur de l'OuLiPo, Jean Lescure fut avant tout un grand poète, récompensé par le Grand Prix de la Société des Gens de Lettres en 1992 pour l'ensemble de son œuvre.
Résistant de la première heure, (il était entré au Comité de Vigilance des Intellectuels Antifascistes dès l'arrivée de Hitler au pouvoir), il dirigea la revue littéraire Messages, à laquelle contribuèrent Bataille, Queneau, Eluard, Leiris, Ponge …
Il fut l'ami de Malraux, Bachelard, René Char, Paul Eluard, André Frénaud, Guillevic, Raymond Queneau mais aussi de nombreux peintres Max Jacob, Calder, Maurice Esteve, Pignon, Music, Zao-Wou-Ki…

 

La famille Lescure, un siècle de cinéma à Asnières

En 1861, la petite commune d'Asnières-sur-Seine, dont la population avoisine 3 200 habitants, est devenue, avec ses cafés et restaurants à la mode des bords de Seine, un lieu de villégiature très apprécié des Parisiens. C'est dans ce contexte qu'est édifié en face de la gare, 1 rue de la Station, l'Alcazar, qui accueille bals et concerts.
En 1905, Antoine Lescure, Auvergnat monté à la capitale, est chargé de la direction du café-concert. Des projections de cinématographe ont lieu par intermittence à partir de 1912. Le 1er juin 1915, le café-concert l'Alcazar devient un établissement de cinématographe.
La concurrence est rude : 4 autres cinémas existent à cette époque à Asnières et 2 autres ne tarderont pas à ouvrir. Pour y faire face, Antoine Lescure, devenu propriétaire de l'Alcazar en 1919, ferme l'établissement pour le transformer en cinéma-concert de 1 400 places avec orchestre symphonique.
Enrichi de sa façade actuelle, l'établissement fait salle comble pour sa réouverture qui a lieu le 28 janvier 1921.
En 1955, à la mort de sa mère, Jean Lescure, fils d'Antoine, est nommé président de l'établissement et exerce les fonctions de directeur général. Sous son impulsion et sa volonté de faire connaître au public populaire un cinéma de qualité, l'Alcazar va devenir une salle d'avant-garde, concourant à la naissance du cinéma d'Art et d'Essai.
Le cinéma alterne selon les soirées, dans sa salle de 900 places, les films de divertissement et les films d'auteur. Certains soirs, des risques sont pris, comme la présentation d'un film de Carl Dreyer en version originale.
Des courts-métrages sont diffusés et des avant-premières ont lieu régulièrement.
Abel Gance, Michel Drach, Claude Chabrol, François Truffaut, Marie-José Nat, Jacques Perrin, Alain Resnais font partie des nombreux réalisateurs et comédiens qui viennent y présenter leurs films.
Le succès de la programmation de l'Alcazar attire les spectateurs de toute la région parisienne.
Le 16 mars 1962, l'Alcazar est classé officiellement dans la catégorie "d'Art et d'Essai", par décision du Centre national de la cinématographie.
En avril de la même année, la présentation par Alain Resnais de L'Année dernière à Marienbad est un véritable triomphe.
Face à la crise de fréquentation qui touche les cinémas à la fin des années 60, Jean Lescure et sa femme  entreprennent la transformation de la grande salle en un complexe de 3 salles, préservant ainsi l'exclusivité du cinéma.
Jean Lescure vend le cinéma en 1986, après près d’un siècle de gestion familiale.
Au printemps 1992, l'établissement est racheté par la Ville d'Asnières qui en confie l'exploitation aux Ecrans Indépendants, la société de Patrick Brouiller, par ailleurs Président de l'AFCAE.
Il renoue alors avec une politique de programmation et d'animation curieuse et de qualité.
Des avant-premières sont à nouveau programmées, permettant aux cinéphiles Asniérois de rencontrer Roger Planchon, Jean-Loup Hubert, Bertrand Tavernier, Nicole Garcia, Laurent Bénégui, Sabine Azéma, Robert Guédiguian ou Charles Gassot.
Afin de dynamiser le cinéma, la municipalité et Patrick Brouiller décident d'importants travaux de rénovation en 1996.
Dans une ville de 70 000 habitants, le cinéma accueille aujourd'hui 212 000 spectateurs annuels, curieux de découvrir le cinéma dans toute sa diversité et de rencontres avec ses auteurs.