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Communiqué : un Lion d'Or réservé aux abonnés Netflix

11 Septembre 2018


Mardi 11 septembre 2018

Ce samedi 8 septembre 2018, le jury de la Mostra de Venise, présidé par Guillermo del Toro, a décerné le Lion d’Or à Roma, produit et réalisé par Alfonso Cuaron. Cette œuvre remarquable, imaginée et conçue pour la salle de cinéma, mériterait naturellement de pouvoir être découverte sur grand écran. Ce ne sera pas le cas, en raison de la politique commerciale de la plateforme de streaming, Netflix, qui en a acquis les droits de diffusion à titre exclusif. Ainsi, hormis quelques uns qui pourront bénéficier de l’une des projections exceptionnelles pour la promotion du film et de la plateforme, le public ne pourra découvrir le film primé par le plus ancien festival de cinéma au monde que d’une seule manière : sur un écran d’ordinateur ou de télévision, en s’abonnant à Netflix.

Il s’agit d’une situation inédite, que l’Association Française des Cinémas Art et Essai (AFCAE) déplore. Cette situation questionne sur les choix opérés par les responsables du Festival de Venise. A la différence du Festival de Cannes, de son délégué général, Thierry Frémaux, qui a décidé de  retenir en compétition les seuls films dédiés à la salle de cinéma, conformément à sa vocation, Alberto Barbera, directeur artistique de la Mostra, a accepté de retenir en compétition un film destiné à être diffusé exclusivement sur une plateforme. Ainsi, Netflix, dont la puissance économique est sans commune mesure avec la plupart des acteurs de la filière cinématographique, cherche aujourd’hui à imposer « sa loi ». Celle du plus fort : en bénéficiant du prestige, de la notoriété et des retombées médiatiques de la Mostra de Venise, mais en s’émancipant des règles d’un modèle existant qui, depuis des décennies, à travers notamment le principe de la chronologie des médias (dont un nouvel accord est en cours de finalisation en France), a assuré le financement d’une production cinématographique diversifiée, qui a permis au public de découvrir les films des plus grands auteurs du monde entier, d’abord dans une salle de cinéma, puis sur tous les autres supports qui sont progressivement apparus.

En menant une politique d’appropriation exclusive des œuvres, qui servent de « produits d’appel » pour une plateforme, Netflix cherche à bousculer les fondements d’un système qui a fait ses preuves et met en péril, à plus ou moins long terme, une grande partie des acteurs de la filière, à commencer par les salles de cinéma. Des lieux de médiation, où l’on valorise les œuvres, et de sortie culturelle, qui participent à la vie de la cité. 

Tout comme la Confédération Internationale des Cinémas Art et Essai (CICAE), dont elle est l’un des membres fondateurs, l’AFCAE appelle les grands festivals mondiaux de cinéma à prendre leurs responsabilités et à suivre l’exemple du Festival de Cannes, sans céder à une soi-disant « modernité », en réalité exclusive et excluante, qui ne privilégie qu’un seul opérateur privé et un consumérisme uniforme et immédiat, au détriment du maintien et du développement de la diversité culturelle.

Edito

Pour un modèle durable

Années 1990, une bataille culturelle et commerciale s’engage à Bordeaux. Face à la plus grande librairie de France (Mollat) et à la FNAC, Virgin Megastore prend ses quartiers place Gambetta. Un nouveau temple de la consommation culturelle : des

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