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Février 2016

DEMAIN

Avec près de 700 000 entrées à ce jour, le film Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent rencontre, depuis décembre dernier, un succès inattendu. Ce résultat est évidemment réjouissant pour un documentaire consacré à l’avenir écologique. Mais ce n’est pas tant le niveau d’entrées atteint qui est remarquable que la manière dont il a été atteint : en dixième semaine, le film rencontre plus de public qu’en deuxième. Sa carrière est d’une stabilité rarissime. On dit que l’exception confirme la règle, elle peut aussi la questionner. Le succès de Demain repose sur la qualité et l’intérêt de l’œuvre qui suscite un écho d’autant plus efficace que plus de 300 cinémas, dont une large part d’indépendants, continuent à programmer et accompagner le film. Depuis trois mois, ils réalimentent, avec un nombre mesuré de séances, le cycle vertueux (et donc durable) du bouche-à-oreille.

Le mois dernier, nous évoquions la mission consacrée à « La salle de demain », confiée par le CNC à Jean-Marie Dura. Si l’on sait que l’envie de voir un film, la programmation en sortie nationale, le confort technique et le plaisir de la sortie collective sont les conditions nécessaires au bon fonctionnement d’un cinéma, nous savons également que ces conditions ne sauraient être éternellement suffisantes. La salle aussi doit susciter un désir. Celui de venir mais aussi de rester. L’identité d’un lieu, son originalité, son architecture, sa décoration, sa ligne de programmation, son ambiance chaleureuse, sa capacité à mettre en scène des événements, des rituels, à développer de multiples services sont autant d’éléments qui rendent le spectateur fidèle à un lieu. C’est dans chacun de ces domaines qu’un cinéma peut innover et développer son attractivité.

Pour atteindre ces objectifs, n’oublions pas quelques préalables. Le premier est celui du maintien d’une régulation du secteur par les pouvoirs publics (de la chronologie des médias, récemment bousculée par la Commission européenne à Berlin, à la limitation de la concentration). Le second est le renouvellement des publics. On « naît » cinéphage, on devient cinéphile. Le lien de fidélité, de confiance, voire de complicité, entretenu au fil des ans par nos lieux Art et Essai avec les spectateurs, est le meilleur capital pour « la salle indépendante de demain ». C’est cela qui permet à des œuvres singulières d’avoir une chance d’être désirables et, donc, d’être vues. Le troisième préalable est la pérennité du modèle économique de nos établissements. La taille, les volumes de nos cinémas sont encore pour nombre de nos adhérents le premier obstacle à leur développement. Dans les petites villes, l’incitation à la transformation des mono-écrans en des petits complexes ; dans les villes moyennes et les métropoles, la modernisation des complexes peuvent susciter une hausse de la fréquentation, ainsi qu’une attractivité indispensable à l’équilibre en fin d’année. Le développement des ressources annexes, le mécénat, la logique de partenariat culturel, éducatif et social avec les collectivités, sont autant de pistes de réflexion à creuser.

Pour tous ces chantiers à moyen terme, l’AFCAE, par son envergure, par sa logique de mutualisation, par son poids politique, par les valeurs de solidarité et de diversité qui l’animent, a un rôle essentiel à jouer. En gardant à l’esprit, pour la salle d’aujourd’hui comme pour celle de demain, que le principal enjeu reste que les productions “mainstream” n’occultent pas définitivement les œuvres originales. Pour constater les dégâts souvent irréversibles de cette tendance de fond, il n’est pas nécessaire d’attendre dix ans, il suffit de passer la frontière de quelques pays. L’atout, bien souvent décisif, de nos lieux Art et Essai est qu’ils sont, non seulement animés, programmés, mais aussi « incarnés ». Incarnés par des passionnés de cinéma, patrons ou salariés ou bénévoles, jeunes et moins jeunes. L’avenir des salles (et des œuvres) est d’abord dans leur envie de partage et leur passion virale.

François Aymé, président de l’AFCAE

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