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Avril 2015

Comme chaque année, l’approche du Festival de Cannes concentre son lot d’espérances pour de nombreux professionnels du secteur – auteurs, producteurs et distributeurs. Il est ainsi pour beaucoup la promesse d’une large médiatisation et exposition dans les salles des films d’auteur sélectionnés, qui devraient, selon certains, leur assurer un succès attendu, voire annoncé, auprès du public.

Seulement, si le parcours de certains films démontre qu’un tel scénario est possible (Timbuktu !), la réalité est néanmoins souvent bien différente. Et les promesses d’hier ne nourrissent plus que quelques illusions perdues… Car, à une époque où l’offre n’a jamais été aussi importante, trop de films d’auteur, dotés de belles qualités cinématographiques, ne parviennent plus à exister et à rencontrer leur public dans les salles. Les premières données dont nous disposons le confirment avec une baisse sensible des entrées réalisées par les films recommandés en 2014, de l’ordre de 15% par rapport à 2013.

Cette situation du marché de l’Art et Essai est préoccupante. Elle nous interroge sur les moyens efficaces à mettre en oeuvre pour améliorer la visibilité de ces films. Comment susciter le désir pour ces films de la diversité, que nous défendons tous, chacun à notre niveau ? La question implique de se pencher sur la stratégie de certaines sorties. Il est paradoxal de constater le manque de visibilité de films d’auteur, parfois jugés “porteurs” par la profession, quand on observe, parallèlement, une augmentation exponentielle des coûts liés à l’achat d’espaces et de matériels publicitaires… À commencer par les frais de promotion des films dans les salles de cinéma, qui sont passés de 6,5 millions d’euros en 2007 à 11 millions d’euros en 2013. Frais qui profitent, très principalement, aux principales enseignes.

Ce constat nous fait souhaiter, tout comme le demande la Médiatrice du cinéma dans son rapport pour l’année 2014, que les discussions menées dans le cadre des Assises du cinéma sur l’exploitation reprennent rapidement. Il est grand temps de procéder à une remise à plat de certaines pratiques et d’instaurer une régulation plus efficace du marché, au profit des acteurs du pluralisme et de la diversité. Les efforts consentis ces derniers temps par les pouvoirs publics en faveur du secteur de la distribution notamment ne suffisent pas. Ils doivent s’accompagner de mesures fortes pour rééquilibrer un marché dominé de plus en plus par un petit nombre d’opérateurs. Domination qui engendre – en partie – tous les effets pervers que nous dénonçons régulièrement dont, en premier lieu, les conditions d’accès aux films pour les salles Art et Essai, la
surexposition de certains films dans les grandes villes et l’abandon de certains territoires sur lesquels les films sont exposés grâce à l’intervention essentielle de l’ADRC, financée par les pouvoirs publics.

Toutefois, le sens de la régulation et du soutien de l’État réside très principalement dans le caractère éminemment culturel de nos activités. Ce sens, qui justifie l’accompagnement des oeuvres dans leur diversité, ne doit pas faire disparaître, au-delà d’une volonté ou d’un espoir de faire exister une oeuvre, la prise de risques et les gestes professionnels nécessaires à l’existence des films auprès du public.

Souhaitons donc, pour nos Rencontres Art et Essai, de découvrir des films d’auteur inspirés auxquels nous donnerons collectivement les moyens d’exister sur nos écrans pour le bien de toute la filière indépendante de la création et de la diffusion.

Patrick Brouiller, président de l’AFCAE.

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