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La culture, angle mort du débat public

Cet édito du mois de mai est l’occasion de saluer l’arrivée au gouvernement de Catherine Pégard, nouvelle ministre de la Culture. À la tête d’un ministère clé pour la dernière année d’un quinquennat qui s’achèvera en mai 2027, elle dispose d’un temps contraint qui laisse, malgré tout, la possibilité de construire une politique culturelle engagée, volontariste et lisible. Dans un contexte de fragilisation des modèles économiques de la culture et de mutation profonde des usages, cette
responsabilité apparaît plus que jamais déterminante.

Dans ce numéro, nous publions un entretien exclusif avec Emmanuel Négrier, directeur de recherche au CNRS. Il y retrace l’histoire des politiques culturelles en France, des années 1950 à aujourd’hui. Car comment imaginer l’avenir sans comprendre les luttes, les avancées et les reculs qui ont façonné notre présent ? Ces fondamentaux, trop souvent méconnus, sont pourtant les piliers sur lesquels doit s’appuyer notre action pour construire demain. Dans le même temps, le ministère de la Culture célèbre le cinquantenaire de la disparition d’André Malraux. Pour rappel, en tant que premier ministre de la Culture, il a posé les bases d’une politique publique du cinéma fondée sur l’exception culturelle, qui a notamment contribué à structurer et à légitimer l’Art et Essai en France. Cet héritage, loin d’être figé, nous engage aujourd’hui à le faire vivre et à le réinventer face aux nouveaux défis.

Malgré cette célébration hautement symbolique, force est de constater un silence assourdissant des personnalités politiques, qui pourrait laisser à penser que la culture est la grande oubliée de leurs préoccupations actuelles et des enjeux à venir. La campagne des municipales, désormais achevée, a en effet été avare en propositions culturelles. Logement, environnement, sécurité… les candidat·es ont multiplié les promesses sur ces sujets, mais la culture, elle, a été reléguée au rang de parent pauvre. Comment expliquer que les futurs élu·es, qui géreront demain des salles, des festivals, des bibliothèques, aient si peu parlé de culture ? La culture ne fait-elle plus consensus comme bien commun ? Est-elle devenue un marqueur politique trop clivant ? Et quelle place occupera-t-elle dans la présidentielle de 2027, dont le premier tour se tiendra dans moins d’un an ? Derrière ces silences se joue une question essentielle : celle de la place accordée à la culture dans notre démocratie. Non pas comme variable d’ajustement, mais comme levier d’émancipation, d’esprit critique et de cohésion sociale.

Ces questions, nous refusons de les occulter et nous souhaitons au contraire engager une réflexion collective. C’est pourquoi, dans le cadre des Rencontres nationales Art et Essai, nous avons souhaité consacrer un temps d’échange à ces enjeux : quel est l’état de nos politiques culturelles, qu’elles soient territoriales ou nationales ? Et comment pourraient-elles évoluer dans les années à venir ? Si les politiques culturelles successives nous permettent aujourd’hui de célébrer le 70e anniversaire de notre mouvement, il est de notre devoir de nous interroger sur leur avenir pour espérer avoir de nombreuses autres bougies à souffler. Un temps fort pour interroger, proposer et, surtout, agir. Nous remercions chaleureusement les universitaires et chercheur·euses qui viendront partager leurs analyses et leurs idées afin de nourrir et structurer notre réflexion collective. Car au-delà du diagnostic, c’est bien la capacité d’action collective qui est en jeu : renforcer l’accès aux œuvres, garantir la liberté de création, de programmation et d’animation, et consolider le maillage territorial des salles ainsi que leur rôle dans la vie locale.

Les Rencontres cannoises sont aussi notre temps fort associatif de l’année. Si Gaëtan Bruel, président du CNC, ne pourra malheureusement pas être parmi nous, puisqu’il sera en déplacement à l’étranger [ndlr - Gaëtan Bruel sera finalement présent], nous aurons l’honneur d’accueillir Lionel Bertinet, directeur du cinéma du CNC, et Sophie Zeller, directrice des publics et des territoires du Centre. Ils répondront à vos questions sur la place de nos salles dans le marché, la réforme Art et Essai, l’accès aux films, l’éducation à l’image, les partenariats avec les collectivités…, autant de sujets structurants qui nous concernent tous·tes, et sur lesquels votre voix est essentielle.

En parallèle de ces échanges, ces trois jours seront comme à l’accoutumée rythmés par des projections. Le comité de sélection de l’AFCAE vous propose, comme chaque année, une programmation plurielle et audacieuse dans les salles Debussy et Agnès Varda. Dix œuvres qui reflètent la richesse de l’Art et Essai, la diversité des genres, des nationalités et des sensibilités.

Cette année encore, notre manifestation prend place aux côtés du plus grand festival de cinéma au monde et nous sommes heureux·euses de vous proposer ces films en première mondiale. Ils seront, nous l’espérons, les grands succès Art et Essai de vos salles dans les prochains mois. Des films qui surprennent, qui questionnent, qui émeuvent – parce que le cinéma, comme la culture, doit rester un espace de liberté, de débat et de rêve.

Enfin, nous ne pouvions conclure sans évoquer la clôture de notre 70e anniversaire. Une année de mise en avant, partout en France, de l’Art et Essai, portée par chacune et chacun d’entre vous : des séances labellisées, des échanges avec vos spectateur·rices, des vidéos de portraits de vos salles qui ont permis, durant toute l’année, de faire découvrir la richesse de notre réseau et sa vitalité. Cette année nous aura permis collectivement de remettre surle devant de la scène l’importance de la diversité, de la solidarité, du vivre et voir ensemble. Elle n’est pas une fin en soi, mais le début d’un travail de pédagogie et de visibilité politique que nous allons nous efforcer de faire vivre et d’amplifier dans les mois et années à venir.

Ce travail collectif constitue un socle précieux pour affronter les défis à venir et continuer à défendre une certaine idée du cinéma, plurielle, ouverte et accessible à toutes et tous. Un grand merci à vous, qui faites vivre notre mouvement et ses valeurs tout au long de l’année !

Guillaume Bachy, président de l'AFCAE

Edito

La culture, angle mort du débat public

Cet édito du mois de mai est l’occasion de saluer l’arrivée au gouvernement de Catherine Pégard, nouvelle ministre de la Culture.

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