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Le répertoire, une boussole pour l’avenir

S’intéresser au passé n’est pas toujours un acte de nostalgie ; cela peut être un geste politique. À l’heure où les flux d’images s’accélèrent et où l’éphémère semble devenir la norme de consommation, choisir de projeter une œuvre de répertoire dans sa salle de cinéma devient un acte de résistance. C’est affirmer que le cinéma est un art de la durée, un dialogue ininterrompu entre les époques, et que nos lieux sont les gardiens d’une mémoire collective, indispensable pour comprendre le monde d’aujourd’hui et de demain. C’est avec cette conviction que nous nous retrouverons à Tours, aux cinémas Studio, du 25 au 27 mars 2026, pour les Rencontres nationales Art et Essai Répertoire.

La cinéphilie, un socle nécessaire
La cinéphilie ne se construit pas sans les films classiques. Ils sont le socle sur lequel se façonne le regard des spectateur·rices. Pour les jeunes générations, la découverte d’un chef-d’œuvre sur grand écran est souvent le point de bascule : celui où l’on passe de la simple consommation d’images à l’émotion cinématographique pure. Il est de notre devoir de leur offrir ces chocs esthétiques, de leur montrer que le cinéma d’hier est souvent plus moderne, plus subversif et plus audacieux que bien des productions contemporaines.
Chaque année, de nombreux films sont réédités et reviennent sur nos écrans. La plupart mériteraient d’être soutenus. Pourtant, face à cette abondance, nous devons faire des choix. Notre politique de soutien, portée principalement par le groupe Répertoire – et parfois par le groupe Jeune Public ou le Comité 15-25 – ne vise pas l’exhaustivité, mais la pertinence. Notre objectif ? Aider nos adhérent·es à mieux s’orienter parmi les nombreuses ressorties.
Cette sélection repose sur une alchimie subtile : allier des classiques et des films culte, restés gravés dans l’imaginaire collectif, à des œuvres rares, oubliées ou méconnues. Pour nous, le cinéma de répertoire n’est pas un patrimoine figé, mais une matière vivante, traversée par les générations. Il questionne nos pratiques de programmation et notre capacité à construire, avec les publics, un rapport actif et critique aux images.

Un défi quotidien, une ambition partagée
Nous le savons : faire vivre le répertoire dans nos cinémas exige du temps, de la ténacité et une persévérance sans faille. Qu’il s’agisse d’une salle unique en zone rurale ou d’un complexe urbain, la tâche est ardue face à un public sollicité de toutes parts. Mais cet effort porte ses fruits : il crée de la fidélité, donne une identité à la salle et offre une richesse de programmation qu’aucun algorithme ne pourra jamais égaler.
Pourtant, la simple diffusion ne suffit plus. Pour faire rayonner ces films, il faut animer, médiatiser, transformer chaque séance en événement. Former le public de demain, c’est lui donner les clés de lecture, mais aussi lui offrir un lieu de vie et d’échange. L’animation des séances est donc essentielle : présentations, rencontres, débats, ateliers, partenariats avec des médiathèques, des librairies, des établissements scolaires ou universitaires… Les possibilités sont infinies.

Tours : un laboratoire d’idées
Les ateliers que nous avons conçus pour les Rencontres de Tours reflètent cette volonté de dynamiser nos pratiques. Nous y explorerons la place du répertoire dans les territoires et la synergie nécessaire avec les distributeur·rices. Nous verrons comment les 15-25 ans, via les ambassadeur·rices et les ciné-clubs, s’approprient les classiques à leur manière. Nous interrogerons aussi le rôle des outils numériques dans la médiation, la transmission dès l’enfance, et les passerelles entre les arts, notamment lors de l’atelier « Pages et Images », dédiés aux liens entre le livre et l’écran.
L’un des temps forts de ces Rencontres sera sans aucun doute la table ronde au cours de laquelle nous nous poserons une question frontale : le répertoire est-il le parent pauvre du mouvement Art et Essai ? Ce sera l’occasion de dresser un état des lieux et de réfléchir ensemble aux moyens de mieux valoriser l’engagement et l’investissement indispensables pour faire rayonner le patrimoine auprès des publics d’aujourd’hui. Cette exigence de visibilité et de découverte se prolonge naturellement dans notre programmation. Le programme des projections à Tours incarne notre volonté de diversité : nous avons réuni des films aussi différents que Riz amer de Giuseppe De Santis, L’Attentat d’Yves Boisset, Kwaïdan de Masaki Kobayashi, L’Homme qui voulut être roi de John Huston, La Persécution d’Anja Breien, Wake in Fright de Ted Kotcheff, Bye Bye Brasil de Carlos Diegues ou encore Mikey et Nicky d’Elaine May. Une sélection qui nous mènera de l’Italie à l’Australie, de la Norvège au Brésil, du Japon aux États-Unis.

Ensemble, réinventons le répertoire
En conclusion, avec Sabine Putorti, qui anime le groupe Répertoire à mes côtés depuis plusieurs années, nous souhaitons adresser nos plus chaleureux remerciements à l’ensemble des participant·es et intervenant·es qui feront la richesse de ces journées, ainsi qu’à tous·tes celles et ceux – professionnel·les et bénévoles – dont l’engagement rend ces Rencontres possibles. Nous remercions également le Centre national du cinéma et de l’image animée, la DRAC Centre-Val de Loire, la Ville de Tours, la Région Centre- Val de Loire et le département d’Indre-et-Loire pour leur soutien indispensable.
Enfin, toute notre gratitude va aux cinémas Studio, à leur directeur et à l’ensemble de leur équipe, pour leur accueil généreux, leur professionnalisme et leur engagement constant en faveur d’un cinéma vivant, exigeant et ouvert à tous·tes. Puissent ces Rencontres nous rappeler que le répertoire n’est pas un héritage figé, mais une matière vivante, à transmettre,à discuter et à réinventer. Ensemble, continuons à faire du cinéma un lieu de mémoire, d’éducation et d’avenir.

Éric Miot
Responsable du groupe Répertoire

Edito

Le répertoire, une boussole pour l’avenir

S’intéresser au passé n’est pas toujours un acte de nostalgie ; cela peut être un geste politique. À l’heure où les flux d’images s’accélèrent et où l’éphémère semble devenir la norme de consommation, choisir de projeter une œuvre de répertoire dans

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