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Juillet 2021

Cette fichue pandémie semble bien être derrière nous. Enfin ! En revanche, le développement massif des plateformes de streaming, les changements de comportements des spectateurs et les changements de stratégie des majors sont devant nous. Et pour longtemps. Une nouvelle fois, l’exploitation doit affronter une nouvelle concurrence et cette fois-ci elle est colossale. Des rudes difficultés, notre profession en a déjà connues. Rappelons-nous les années 1980. En une décennie, la fréquentation plonge de plus de 202 millions d’entrées (1982) à 116 (en 1992). Un gouffre. Les salles ont pris de plein fouet l’arrivée de Canal+, de La Cinq, de M6 et des VHS ! Et puis, avec les pouvoirs publics, elles se sont ressaisies. Elles ont pris conscience de certaines de leurs erreurs. Elles avaient oublié certaines choses... essentielles. Par exemple, qu’il fallait qu’un cinéma soit confortable ! Que ce n’était pas parce que l’on mettait beaucoup de fauteuils dans une salle que l’on garantissait forcément un nombre important de spectateurs. Et qu’au contraire, il valait mieux sacrifier quelques rangées pour que les cinéphiles puissent allonger leurs jambes ou ne pas être gênés par la tête de celui qui était devant. Que faire attendre pendant des mois interminables les petites communes pour qu’elles aient enfin accès à des copies 35 mm en lambeaux n’était peut- être pas la meilleure idée qui soit. Qu’avoir les quatre objectifs de chaque format cinéma pour chaque écran permettait de projeter le film dans son intégrité. Qu’avoir des halls étriqués avec des caisses à hygiaphone n’était pas non plus la meilleure politique d’accueil qui soit. Que le cinéma était sans doute un peu trop cher. Que dans une société de l’image, il n’était sans doute pas incongru que les élèves puissent bénéficier d’une éducation à ces images. Que pour défendre les films et la pluralité, il ne fallait sans doute pas seulement s’en remettre à la loi du plus fort. Et que finalement, avoir un cinéma dans une petite commune, c’était une sacrée animation quotidienne, et que cela, on ne le défendait pas suffisamment. Voilà, pendant ces années de dégringolade, on aurait pu céder à une forme de résignation. Il n’en fut rien.Au contraire, on assista à une prise de conscience, à une série de décisions politiques impressionnantes rétrospectivement et à la mise en place de nouvelles stratégies volontaristes des professionnels. Qu’on en juge, pendant ces années 1980 puis 1990, on assiste à la création de la Fête du cinéma, de l’ADRC, du Médiateur du cinéma, puis de Collège au cinéma, suivi d’École et cinéma et Lycéens et apprentis au cinéma, à l’implication massive des communes. Et surtout à une rénovation privée et publique du parc de salles avec des nouvelles normes de confort, une meilleure accessibilité des lieux, des formules d’abonnement, le développement des animations et de la communication. En un mot, l’exploitation avait fait sa révolution le temps d’une décennie. Avec, à la clé, une remontée spectaculaire de la fréquentation malgré Internet, les portables... Toute cette transformation doit aujourd’hui nous servir de leçon. Face à la nouvelle concurrence des plateformes, ne faut-il pas, à nouveau, en passer par quelques prises de conscience ? Si l’on veut défendre le cinéma comme une sortie collective chaleureuse, ne faut-il pas jouer la carte de l’originalité, de l’identité, de l’atmosphère pour ce qui est de l’architecture et de la décoration, comme le font déjà de nombreux cinémas indépendants ? Il y a encore trop de cinémas qui manquent de charme avec des halls où la dimension commerciale (avec comptoir confiserie et PLV alignées) occulte le plaisir de la sortie culturelle. Des cinémas qui font plus penser à des galeries marchandes qu’à des cafés ou des restaurants cosy. Ce travail sur l’ambiance et la déco a un coût, mais c’est un investissement à long terme, qui crée de l’attachement à la salle. De la même manière, à force d’ériger le nombre de séances comme critère absolu de la programmation, jusqu’à imposer un cadencement soutenu sur la plupart des films et des lieux, cela a fini par provoquer une baisse continue du taux d’occupation, infiniment plus bas en salle (15 % avant le COVID) que dans les autres lieux recevant du public. Pour que les gens aient du plaisir à aller au cinéma, il faut qu’il y ait du monde dans la salle! C’est une évidence.Aller au cinéma dans une salle aux trois quarts vide, c’est comme pour le restaurant, c’est triste et cela ne donne pas envie d’y retourner.Jouer la surenchère du nombre de séances devient alors contreproductif.Autre élément déterminant, la question de l’humain. Le lien avec le public est notre capital. Le travail dans les salles a bien changé et ce n’est pas fini. On demande aujourd’hui à une directrice, un directeur, à son adjoint ou bien à son assistant d’être calé en gestion, en sécurité incendie, en animation, en marketing, en communication numérique, en éducation au cinéma, mais aussi de travailler le week-end, les jours fériés, pour un salaire bien souvent pas extraordinaire. La question d’une formation continue doublée d’une revalorisation de nos métiers se posera forcément, avec au besoin un accompagnement public contractualisé sur des objectifs culturels. Les cinémas doivent rester des lieux populaires mais aux propositions haut de gamme, seules capables de sortir les téléspectateurs de leurs canapés. On ajoutera que l’on ne peut pas demander aux collectivités d’investir dans les salles, de verser des aides et en même temps les faire attendre un mois avant qu’elles puissent diffuser les films. Car, alors, le public rural a cette désagréable impression d’être exclu de l’actualité, comme puni. Cette anomalie économique et politique doit cesser. Enfin, si l’AFCAE, les salles et les distributeurs ont accompli ces vingt dernières années un travail remarquable sur l’Art et Essai Jeune Public (3-12 ans), on ne peut que constater une fracture avec le public des 12-25 ans, et encore plus sur l’Art et Essai. Sur ce sujet, il faut s’inspirer de l’esprit des années 1980: prendre le problème à bras le corps et se donner des moyens pour renouer avec ce public, sous peine de perdre le fil avec la nouvelle génération. Entreprise difficile et longue mais nécessaire. Sur le sujet, comme pour Étudiants au cinéma et l’appel à projets des 12-25 ans lancé par le CNC, les discussions sont engagées avec bon espoir. Au moment de boucler cet édito, nous apprenons que les derniers chiffres de fréquentation sont plus qu’encourageants.

Rien à voir avec l’été 2020 qui nous avait laissé groggy. L’Art et Essai à nouveau se distingue. Notre réseau est incontestablement l’un des piliers du cinéma de demain.Au même titre que les festivals. Les très grands comme la multitude des petites manifestations. La ferveur et l’effervescence des festivals nous fait du bien. Nous retrouver à Cannes est l’une des étapes symboliques et concrètes les plus puissantes de cette réouverture. Pour défendre un cinéma qui ose, qui pense, qui tranche et qui touche.

Edito

Juillet 2021

Cette fichue pandémie semble bien être derrière nous. Enfin ! En revanche, le développement massif des plateformes de streaming, les changements de comportements des spectateurs et les changements de stratégie des majors sont devant nous. Et

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