Kagemusha, l'ombre du guerrier

 Akira Kurosawa,

 Japon, 1980, 179 min./ Version inédite. VO.

Palme d'Or

 Festival de Cannes 1980.

 


avec Tatsuya Nakadai, Tsutomu Yamazaki, Kenichi Hagiwara

La version présentée est la version sortie au Japon en avril 1980. F. Coppola et G. Lucas, producteurs exécutifs de la version internationale, avaient fait amputer le film de trente cinq minutes pour ne pas effrayer le public occidental avec un film parlant japonais de trois heures.


Synopsis


1573 est une date de l'histoire du Japon : Elle marque la fin tragiquement désordonnée du shogunat des Ashikaga et le début de la montée en puissance du clan Tokugawa dont le chef, Iyeyasu, s'impose comme shogun en 1603. L'ordre féodal est fermement restauré et contrôlé.
Shingen Takeda, un puissant daymo (seigneur féodal ) qui aspire aussi à être shogun rejoint sa province après une campagne militaire. Avant de mourir d'une blessure causée par une balle perdue et pour décourager les attaques contre son fief, il exige que sa mort soit tenue secrète pendant trois ans. Son frère Nobukado se résout alors à engager un sosie de Shingen Takeda, un voleur condamné à mort. Le voleur doit faire son apprentissage de daymo et y réussit au delà de tout espoir. C'est sans compter sur Katsuyori, le fils de Takeda.
Les Tokugawa attaquent le fief Takeda pour vérifier la rumeur de la mort de Shingen. Contre l'avis du faux Shingen, Katsuyori lance l'attaque sur le château des Tokugawa et remporte une victoire qui rejaillit sur le sosie. Les trois années de secret sont presque écoulées, la concubine de Shingen découvre l'imposture : la mort de Takeda est officiellement annoncée, Katsuyori lui succède et le sosie est licencié. Katsuyori mène les troupes à la bataille, décisive, de Nagashino contre les armées des Tokugawa alliés aux Oda …

Bio-filmographie


Trente films, le tiers de chefs d'œuvre reconnus inscrits au patrimoine mondial du cinéma (Rashomon, Le château de l'araignée, Ran …), des acteurs et des collaborateurs de légende, le titre de " sensei " (professeur ) du cinéma japonais, l'inspiration des plus grands réalisateurs (George Lucas, Steven Spielberg, Martin Scorsese, Francis Ford Coppola, John Woo, Sergio Leone, John Sturges et Walter Hill, Zhang Yimou …) : ce n'est pas une bio-filmo, c'est un roman, c'est l'histoire du cinéma, c'est une légende.

Fiche technique

Scénario de Akira Kurosawa et Masado Ide / Directeurs de la photographie Masaharu Useda et Kazuo Miyagawa / Montage Akira Kurosawa / Musique Shnichiro Ikebe / Décors Yoshiro Muraki / Production Akira Kurosawa et Tomoyuki Tanaka, Toho, Japon / Francis Ford Coppola et Georges Lucas, 20th Century Fox, USA / Distribution ALIVE, 49 rue de Turenne, Paris / tel (33) 1 42 74 18 72 / fax (33) 1 42 74 18 66 /

 

Kurosawa, version «re-intégrale»
Par Edouard WAINTROP   /LIBERATION  vendredi 24 mai 2002

      En mai 1980, Kagemusha remporte la palme d'or. Le film, qui raconte le destin d'un voleur enrôlé comme sosie, littéralement l'ombre, d'un général, chef de clan dans le Japon du XVIe siècle, dure trois heures. En Europe et aux Etats-Unis, on ne le reverra jamais dans cette version. Francis Ford Coppola et George Lucas, qui se sont adjugé les droits internationaux du film et ont permis à Akira Kurosawa de le finir, ont obtenu de lui qu'il le raccourcisse. Le réalisateur des Sept Samouraïs, de la Forteresse cachée et autres Dodes'Caden accepte à condition que dans son pays, Kagemusha sorte dans sa durée cannoise de 2 h 59 min. La firme cinématographique Toho accepte. Kurosawa taille Kagemusha. Le film fait un triomphe au Japon dans sa longueur initiale. Ailleurs, un peu réduit, il fait un succès d'estime. Quand, vingt ans plus tard, Jean-Pierre Jackson, «nipponophile» et cinéphile averti, et sa société Alive acquièrent les droits de Kagemusha auprès de la Fox, ils s'interrogent sur l'existence d'une copie intégrale. Alive prend langue avec la Toho, met deux ans à les convaincre de lui laisser la présenter en France (les Japonais savent qu'ils ne toucheront pas un sou dans cette opération), y réussit. Et c'est ainsi que cette année, Alive et le festival présentent à Cannes la version qui y a gagné la palme il y a vingt ans. Sur les séquences qui avaient disparu, vingt minutes, Pascal Vincent d'Alive explique : «Kurosawa n'a pas coupé en bloc, il a retranché deux scènes par ici, deux scènes par là. Nous avons pu noter qu'il a supprimé un personnage interprété par Takeshi Shimura, son acteur fétiche, qui fut l'acteur principal de Vivre. Il a aussi coupé des scènes sous la neige, qui sont superbes.» Vincent note ironiquement qu'en juin, la Fox Vidéo va sortir la version courte de Kagemusha en annonçant sur la jaquette la durée de l'originale. La véritable Director's Cut de Kurosawa, la vraie palme d'or, ce n'est que sur grand écran qu'on pourra la voir. D'abord samedi sur la Croisette. Puis à Paris, en juillet au Max Linder Panorama. Et dans deux salles de province.

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