12èmes Rencontres Nationales Art et Essai
Jeune Public 2009

Du 25 au 27 novembre 2009
au cinéma Le Navire (Valence)


 

 

Les 12èmes Rencontres Art et Essai Jeune Public organisées par l’AFCAE se sont déroulées du 25 au 27 novembre à Valence. C’est au cinéma Le Navire, que se sont retrouvés plus de 200 participants (exploitants, distributeurs, associations régionales, institutionnels…) venue de la France entière pour assister, dans la convivialité et la bonne humeur, à cet évènement important pour notre mouvement.

Comme le veut la tradition, c’est à notre président Patrick Brouiller qu’est revenu le plaisir d’ouvrir les festivités, en remerciant tout d’abord chaleureusement nos hôtes ici à Valence, Messieurs Jean Haffner et Cyril Désiré, ainsi que toute l’équipe du Cinéma qui nous a ouvert avec enthousiasme ses portes. Il a ensuite remercié tout particulièrement ceux et celles qui ont apporté leur soutien à l’organisation des ces Rencontres, Monsieur Jean-Jack Queyranne Président du Conseil Régional Rhône-Alpes, représenté par Monsieur Yvon Deschamps Conseiller Régional en charge de la Culture, Monsieur Alain Lombard Directeur des Affaires Culturelles à la DRAC Rhône-Alpes et Monsieur Roger Sicaud Conseiller Cinéma à la DRAC Rhône-Alpes, Monsieur Alain Maurice Maire de Valence et Monsieur Jean-Michel Pétrissan Adjoint à la Culture. Il a également salué l’ensemble des intervenants qui nous ont fait le plaisir d’être parmi nous : réalisateurs, producteurs, distributeurs et associations partenaires. Leur présence à nos Rencontres est plus qu’un signe d’amitié. C’est aussi une adhésion à notre projet associatif : la promotion du cinéma d’auteur pour tous les publics.

Comme chaque année, le programme de nosRencontres Art et Essai Jeune Public a été dense et passionnant, à l’image des membres bénévoles du groupe Jeune Public qui en sont les maîtres d’œuvre et qu’il a tenu à remercier particulièrement, ainsi que son responsable Alain Bouffartigue et la coordinatrice Emilie Chauvin. Avant de passer la parole aux élus présents, il a adressé une pensée amicale à notre administratrice et co-responsable du groupe jeune public Marianne Piquet qui ne pouvait malheureusement pas être parmi nous aujourd’hui.

Monsieur Alain Maurice, maire de Valence a assuré son soutien au mouvement Art et Essai ainsi qu’aux travaux menés par le Cinéma Le Navire. « Nous sommes très fiers que vous ayez choisi le territoire valentinois pour organiser ces 12èmes Rencontres. L’occasion pour nous de mettre en place durant les rencontres un partenariat fort avec l’AFCAE et le Cinéma, lors d’une avant-première en présence de 300 scolaires de la ville de Valence. Important puisqu’il permet aux jeunes enfants d’être ouverts au monde cinématographique et pas uniquement au monde télévisuel. »

Monsieur Yvon Deschamps a exprimé aux participants ses amitiés et la volonté du Conseil Régional Rhône-Alpes « de combattre pour le maintien et l’existence des réseaux de salles indépendantes d’art et d’essai. Chaque année la région Rhône-Alpes consacre 10 millions d’euros pour l’aide à la production de films et l’aide au fonctionnement des festivals, ce qui représente environ 1/6 de son budget global dédié au cinéma.»

Monsieur Jean Haffner directeur des lieux a accueilli chaleureusement l’ensemble des exploitants et partenaires présents avant de laisser la parole à Alain Bouffartigue pour le traditionnel bilan des actions menées au sein du Groupe Jeune Public.

 

Six films aux univers variés ont pu être présenté en avant-première : Yona, la légende de l’oiseau sans ailes de Rintaro en présence de Denis Friedman co-producteur français du film et Valérie Yendt Gébéka Films, Laban et Labolina de Lasse Persson et Alicja Jawoski en présence de Marie Bourillon des Films du Préau, Rue cases nègres de Euzhan Placy en présence de Vincent Paul-Boncour Carlotta Films, Max et les maximonstres de Spike Jonze en présence de Emmanuelle Lafay, Warner Bros. France, Tamagotchi de Jôji Shimura en présence de Hélène Vadeboncoeur, Eurozoom. Sans oublier, la projection spéciale organisée en partenariat avec la Mairie de Valence qui invitait 300 enfants âgés de 6 à 9 ans, à découvrir le film tchèque Drôle de grenier de Jiri Barta, parmi 13 écoles primaires valentinoises.

 

UNE VIE DE CHAT
Instant privilégié de ces journées, le producteur et cinéaste Jacques-Rémy Girerd est venue à la rencontre des participants. Il a tout d’abord tenu à adresser à tous ses remerciements « le succès de Mia et le migou s’est fait avec le soutien des salles Art et Essai » et précisé qu’après avoir été sélectionné par 90 festivals dans le monde entier et obtenu de nombreux prix, le film sortira aux États-Unis en 2010 dans une version doublée de très bonne qualité - avant d’offrir au public les 20 premières minutes inédites de sa nouvelle production Une vie de chat . Ce premier long métrage est réalisé par deux amis, l’un littéraire et auteur de plusieurs romans noirs, Jean-Loup Felicoli et l’autre graphiste et peintre, Alain Gagnol. Associés depuis leur première rencontre au sein du studio Folimage il y a déjà 15 ans, ils comptent à leur actif la réalisation de plusieurs courts métrages communs et forment une équipe très efficace. Actuellement en cours de production, ce polar destiné aux enfants « un genre assez peu exploité actuellement au cinéma pour le jeune public mais qui connait un grand succès du côté de la littérature enfantine » comme l’a souligné Jacques-Rémy Girerd, distribué par Gébéka Films, sortira sur les écrans français pour Noël 2010. Il nous faudra donc s’armer de patience avant de connaitre la suite de cette œuvre qui a su attiser les curiosités et les désirs de chacun !

Pour finir, Jacques-Rémy Girerd, a invité les exploitants à participer à la réflexion sur trois projets d’affiche de ce film en cours de création. À l’écoute et ouvert aux propositions, toutes les impressions des participants ont été recueillis par l’équipe de Folimage qui les étudiera avec attention.

Autre projet en cours du Studio valentinois, décidément très dynamique, le prochain film de Jacques-Rémy Girerd, Tante Hilda sortira si tout va bien en 2013. Après obtention d'une aide au développement du CNC, Jacques-Rémy Girerd, Iouri Tcherenkov et Benoît Chieux, avec la collaboration de Patricia Valeix, travaillent à l’écriture de ce nouveau long métrage.

 

TABLE RONDE : « L’Enfant acteur : comment choisir, accompagner et faire évoluer les jeunes comédiens ? » animée par Patrick Brouiller.

Autour de la table, un cinéaste Christophe Ruggia (Le Gone du Chaaba, Les Diables), un jeune comédien déjà confirmé Vincent Rottiers (Les Diables, Je suis heureux que ma mère soit vivante, À l’origine), une directrice de casting Maguy Aimé (Le Renard et l’enfant, Magique, Mademoiselle Mumu) et deux jeunes comédiens en herbe Balthazar Dejean (12 ans) et Valentin Ferey (14 ans), à l’affiche du prochain film de Joël Séria Mademoiselle mumu, nous ont fait partager leurs expériences.

En voici quelques extraits :

Sur le casting

Maguy Aimé : « Être directrice de casting c’est avoir une relation de confiance très étroite avec le réalisateur et les comédiens. Il faut surtout comprendre la volonté du cinéaste tout en gardant son propre imaginaire sur le scénario. C’est un long travail de recherche sur le terrain pour dénicher la perle rare. Les enfants évoluent très vite physiquement ce qui rend rapidement l’utilisation d’un fichier caduc, c’est pourquoi je préfère les petites annonces ou les castings dits « sauvages » ».

Christophe Ruggia : « En ce qui concerne le casting du film Les Diables nous avions défini très précisément ce que je cherchais à la fois au niveau de l’âge et de la personnalité des personnages. Nous sommes allés à la rencontre des gamins, dans la rue pour certains comme Vincent, dans les écoles ou les associations. En l’espace de deux mois nous avions trouvé Vincent et Adèle. Ensuite nous avons commencé un travail de formation à plusieurs mains notamment avec ma sœur, comédienne et metteur en scène de théâtre et des professeurs spécialisés qui a duré 6 mois. Un travail extrêmement complet et profond en amont du tournage qui a permis une connaissance intime les uns des autres et une confiance absolue arrivé sur le plateau. »

Vincent Rottiers : « Le métier de comédien m’a toujours attiré. J’avais déjà tenté plusieurs castings qui n’avaient jamais abouti avant de rencontrer Christelle, la directrice de casting sur le film Les Diables. Au début j’étais très méfiant et puis j’ai rencontré Christophe. Nous avons fait des essais pendant une heure et demie et l’aventure a commencé.»

Valentin Ferey : « J’ai toujours été attiré par le cinéma, j’ai fait 7 ans de théâtre. Quand j’ai vu qu’il y avait un casting organisé sur Lyon j’ai tenté ma chance, mais je ne correspondais pas au rôle recherché. C’est lors de mon deuxième casting que j’ai été retenu pour interpréter le rôle de Perechard dans le film de Joël Séria.»

Balthazar Dejean : « J’étais en vacances à Niort et par hasard j’ai appris qu’il y avait un casting dans la région. Je m’y suis rendu et j’ai été retenu pour le premier rôle du film. La même année j’avais commencé à prendre des cours de théâtre mais je n’avais jamais participé ni à un casting ni à un film. C’était une expérience extraordinaire pour moi et j’espère pouvoir la renouveler. »

Sur les agences spécialisées

Christophe Ruggia : « Souvent les enfants n’ont pas envie d’être là, c’est le fantasme de certains parents, souvent attirés par l’argent. J’interdis à ma directrice de casting de contacter les agences. Il faut garder le plaisir de faire un film sinon ça ne marche pas. Mais cela représente aussi un risque car pendant le travail préparatoire, il n’y a pas de signature de contrat, tout peut donc s’arrêter à tout moment. Avant de le rencontrer, Vincent était inscrit dans une agence, il en était même un peu dégoûté et ne voulait plus faire de casting.»

Vincent Rottiers : « Le casting des Diables était très différent de tout ce que j’avais connu. J’avais une mauvaise image des castings à l’époque. Avec Christophe les essais ont duré un long moment au lieu de 5 min comme c’est souvent le cas. Il m’a demandé d’improviser et de monter dans les larmes, ce que je n’avais encore jamais fait auparavant. »

Maguy Aimé : « Un agent ne vit que des pourcentages qu’un acteur va lui apporter ; Il pousse donc ces comédiens à faire beaucoup de casting (minimum 10 par semaine). Du coup les enfants connaissent le fonctionnement par cœur et deviennent en quelque sorte de « petits animaux savants » au détriment de la spontanéité et du naturel. »

Pendant le tournage : un accompagnement spécifique

Maguy Aimé : « Une fois sur le tournage nous avons une responsabilité vis-à-vis de ces jeunes comédiens et leurs familles. C’est un accompagnement très spécial. Il faut essayer de préparer l’enfant à plusieurs éventualités de situations. Il s’agit d’un travail délicat qui repose principalement sur le talent spontané des comédiens. Les parents ne sont pas présents sur le tournage ; il faut donc gérer cette situation dans l’affectif. Une personne est entièrement dédiée à ce travail sur le tournage. Elle récupère les jeunes comédiens après le tournage et s’en occupe pendant les pauses.»

Christophe Ruggia : « Il est en effet très important pour ces jeunes comédiens de trouver des plages de repos et de calme. Qu’ils aient une vie en dehors du tournage et qu’ils puissent se déconnecter. La personne qui s’occupait d’eux sur le tournage des Diables était quelqu’un de très proche mais qui ne participait pas au film, quelqu’un d’extérieur. Elle les prenait en charge avant et après le tournage. Avec les enfants nous avons un temps de tournage limité à respecter. Souvent j’étais plus fatigué qu’eux à la fin de la journée ! »

Jouer la comédie pour un enfant : quelles conséquences ?

Christophe Ruggia : « L’enfance en soi est une période extrêmement violente : le rapport aux autres enfants, à l’école, aux adultes, à la famille etc… Il ne faut pas confondre ce que l’on voit à l’écran et la réalité. Les enfants adorent jouer, c’est le principe même de l’enfance. Jouer des émotions très dures ce n’est pas forcément quelque chose de douloureux pour eux, mais au contraire une façon de nourrir un contentement. Malheureusement, certains réalisateurs, que j’admire par ailleurs, ont une manière de travailler que personnellement je n’accepte pas car ils entrent dans une sorte de manipulation de l’enfant. »

Maguy Aimé: « Les scènes d’un film ne sont pas forcément tournées dans l’ordre chronologique, ce qui permet aux enfants de garder un certain recule. Entre les différentes prises ils reviennent à leur univers d’enfant. Quand ils ne tournent pas ils s’amusent entre eux. Dans Mademoiselle Mumu il y a des scènes dramatiques et ni Blathazar, ni Valentin, n’ont été traumatisé. Ils avaient naturellement cette distance et ils retournaient instinctivement à leur propre univers dès lors que le tournage prenait fin. »

Vincent Rottiers : « Après le film j’ai fait un cauchemar, je ne voulais plus faire de cinéma, j’avais besoin de prendre mes distances. C’est au bout d’un an que j’ai ressenti le manque du tournage et du plateau. Il m’a fallu du temps pour me remettre de cette expérience, jusqu’au jour où l’envie de faire du cinéma est revenue, comme une évidence. »

Christophe Ruggia : « Au final, c’est le « libre arbitre » qui est primordial. Il est important de leur apprendre que le succès n’est pas une fin en soi. C’est l’amour du travail que je veux leur transmettre plus que le résultat. Les études sont également nécessaires. Adèle par exemple a eu un coup de foudre pour le scénario du film La Naissance des pieuvres. Elle a négocié de façon à faire le film sans arrêter sa prépa HEC, ça a été un choix. Vincent de son côté a fait beaucoup d’autres films depuis. Aujourd’hui je suis heureux de constater que tous les deux sont devenus des personnalités très fortes et affirmées. Vincent choisit ses scénarios lui-même, il décide des films qu’il veut faire ou non. C’est cette liberté là que je leur ai transmise et j’en suis très fier ! »

 

CARTE BLANCHE
Présentation du Lux Scène Nationale et du site Image par Catherine Batôt-Rossi directrice.
Après avoir retracé l’histoire de ce lieu, d’abord appelé CRAC, fondé en 1965 et héritier d’un mouvement extrêmement important, celui des ciné-clubs, puisque c’est à Valence en 1946 que le ciné-club « Jean-Michel » premier de l’histoire a été créé, Catherine Batôt-Rossi a exprimé les différentes missions de ce projet singulier recentré aujourd’hui sur l’Image et le Cinéma :
-      Les relations Danse/Image : projections et rencontres autour du spectacle vivant.
-      Les Arts plastiques contemporains : résidences d’artistes autour de l’Art photographique et créations de nombreuses expositions en lien avec l’Histoire du Cinéma.
-      Le fonds de documentation : des dossiers à destination des animateurs, des ouvrages, des catalogues et une vidéothèque liée à l’histoire du cinéma et de la danse, sont en consultation libre pour les adhérents et les professionnels.

Lux Scène Nationale propose également une programmation mensuelle axée sur le cinéma de patrimoine, ainsi que deux programmations annuelles pour le Jeune Public et les adolescents, intitulées « Regards d’enfants » et « Regards d’adolescents » qui associent films, ateliers et visites guidées d’expositions.

Depuis 10 ans, Lux, aussi Pôle régional d’éducation artistique aux images, est chargé par le CNC de la rédaction et du développement du Site national dédié à la transmission du cinéma www.site-image.eu qui est cette année accompagné d’un blog consacré aux 20 ans de collège au cinéma. Renommé « Transmettre le cinéma » au 1er janvier 2010, le site conçu pour accompagner les dispositifs École, Collège et Lycéens et Apprentis au cinéma, constitue une base de données sur le Cinéma qui peut aussi servir de manière individuelle à l’ensemble de la profession, comme l’a souligné Catherine Batôt-Rossi lors de cette carte blanche.

 

ATELIERS PRATIQUES
Organisés à la Cartoucherie de Bourg-Lès-Valence en collaboration avec Folimage, l’Equipée et la Poudrière, les trois ateliers pratiques ont remporté un grand succès auprès des professionnels participants.

Atelier n° 1 : « Dans les coulisses de la fabrication du film d’animation Mia et le migou de Jacques-Rémy Girerd »

Nous avons été accueillis dans la salle de projection-réunion de Folimage par Dominique Templier, directrice de la distribution à Folimage. Ce studio français fondé par Jacques-Rémy Girerd s’est récemment installé dans des locaux de la Cartoucherie à Bourg-lès-Valence.

Cet atelier était animé par Benoît Chieux, directeur artistique. Benoît Razy, directeur de l’image sur le film Mia et le migou est intervenu ponctuellement au cours de l’atelier.

Benoît Chieux a d’abord indiqué son parcours : il a toujours dessiné, travaille à Folimage depuis 20 ans après une formation dans une toute jeune section « dessin animé » à l’École de Roubaix, puis à l’École Emile Cohl à Lyon.

Il a travaillé à Folimage en tant que Directeur artistique notamment sur :

Actuellement, il travaille sur le prochain film de Jacques Remy Girerd.

Le directeur artistique est celui qui permet (à travers un certain nombre de choix de toute nature à effectuer) le passage d’un univers artistique (l’univers visuel d’un illustrateur) à un dessin animé, à l’animation. Cela revêt des aspects techniques multiples et lourds.

Le directeur de l’image est un équivalent dans le cinéma traditionnel du « chef opérateur ou directeur de la photo ». Dans l’animation, il est chargé de tout le traitement de l’image, comme les effets spéciaux et la lumière. Ce travail est réalisé sur ordinateur. Benoît Chieux défini son collègue Benoît Razy comme un « artiste-informaticien ».

Mia et le migou est un film particulier car il est le film d’un réalisateur qui ne dessine pas. J-R Girerd se charge du texte, est présent sur la direction de l’animation et du montage et assure la production du film. Isao Takahata ne dessine pas non plus ; une raison d’après B. Chieux qui fait que Takahata est le seul réalisateur japonais à proposer des films qui, de l’un à l’autre, ne se ressemble pas.

B. Chieux a évoqué quelques différences entre l’animation américaine/européenne et celle venue du Japon. Aux Etats-Unis comme en France (c’est le cas sur Mia et le migou) les voix sont enregistrées avant la réalisation du dessin animé. L’intention passe d’abord par la voix du comédien avant de passer par l’expression du visage que traduit le dessinateur. Au contraire, au Japon, l’intention passe par le dessin, et par le corps du personnage, peu importe souvent l’expression du visage (les voix sont enregistrées après). Dans l’animation américaine ou française, donner ainsi la première place au comédien peut être un risque de déresponsabilisation pour l’animateur.
B. Chieux cite un passage qu’il aime beaucoup parce que c’est aussi ça le dessin animé : le loup de Princesse Mononoké qui parle, bouche fermée. Il explique aussi son admiration de l’animation japonaise à savoir tout animer, la pluie, le vent… Il explique aussi qu’il a été très influencé à ses débuts par l’École d’animation russe.

Nous sommes ensuite entrés dans les coulisses de la fabrication, à partir d’un logiciel qui nous a permis d’aborder les différentes étapes d’un film d’animation en s’appuyant sur des illustrations et des exemples concrets.

En voici les grandes lignes :
La recherche graphique des personnages :
Il faut veiller à l’unité graphique des personnages les uns avec les autres afin de garantir la cohérence de l’ensemble. Plusieurs dessins successifs vont permettre d’arriver à l’esquisse finale.
Se pose à cette étape la question du coût, il est important de dessiner des personnages simples, sans détails trop précis qui entraîneraient un travail trop important lors de la reproduction de chaque planche.  Ex : Les ombres portées aux personnages ont été supprimées sur tous les dessins où cela n’était pas spécifiquement nécessaire afin d’alléger le travail des dessinateurs et donc le coût du film.
La recherche graphique des personnages d’enfants est plus délicate et demande au contraire une précision toute particulière.

La recherche des couleurs :
Benoit Chieux avait une référence graphique forte sur ce film : le peintre Raoul Dufy qui l’a beaucoup influencé pour le choix des couleurs et l’aspect graphique. Illustrateur qui déstructure l’espace et utilise le trait noir.

Le story board
Cette phase est centrale et définit tout le film. Ce doit être précis et juste. Il s’agit de mettre des mots en image. Benoit Chieux parle de « mise en scène ». Il a réalisé les 2 000 dessins du story baord seul (avec beaucoup de déchets car certaines imperfections du scénario ont été détectées de l’exécution). Travail titanesque et fondamental qui entraine un débat au sein de l'animation concernant la place du story border et du réalisateur. Lorsqu’un film d'animation est achevé, le réalisateur est souvent le seul "responsable" identifié, alors que le directeur artistique est largement responsable de la qualité et de l'originalité de l'illustration comme de l'animation.

Benoit Chieux est attentif à trois aspects qui définissent selon lui les enjeux du Story Board :

Il essaie de faire varier d’un plan à l’autre les trois critères afin de donner dynamisme et mouvement au film, à la mise en scène et à l’animation.

Les décors :
L’animation de Mia et le migou a été pensée avec deux spécificités graphiques :

Les effets spéciaux
Le feu, la glace, la fumée de la fin du film ont été ajoutés informatiquement, ainsi que l’unique élément 3D du film : l’hélicoptère, qu’il a fallu insérer dans un document 2D avec un travail de lissage des mouvements de façon à ne pas heurter l’animation.

CONCLUSION :
Les enjeux de l’animation aujourd’hui : un métier en pleine mutation avec l’arrivée du numérique, le développement de l’animation pour adulte, les évolutions du marché (1 200 000 entrées pour La Prophétie des grenouilles et 700 000 entrées pour Mia et le migou)…
L’artisanat a un coût et Folimage se pose la question de sa place dans ce nouvel univers.

Rapporteurs Sylvie Buscail et Pascal Robin.

 

Atelier n°2 : « En direct de l’atelier spécial Mia et le migou ; un atelier de sensibilisation à l’écoute ». Atelier animé par Loïc Burkhardt, ingénieur du son, à partir du film Mia et le migou. (Lieu : L’Equipée)
Cet atelier était une exposition de la création sonore d’un film, abordé de manière ludique et interactive.

1er point : Création du son

2ème point : Quand apporte-t-on le son sur un film ?

3ème point : Les sons d’ambiance

4ème point : La cohabitation musique/bruitage :

 

5ème point : Travail sonore sur « Une vie de chat » actuellement en cours de création

6ème point : Sons d’ambiance/sons d’effets

7ème point : Démonstration de bruitage

8ème point : Addition des sons

9ème point : Mixage

Fin d’atelier : l’intervenant a distribué des sacs plastiques avec lesquels nous avons imité le son de la pluie d’averse à la pluie fine.
Rapporteurs Maryline Sécher et Claire Morot-Sir.

 

Atelier n°3 : « Découverte du cinéma d’animation à travers un parcours original : celui d’Izabela Bartosik » animé par Izabela Bartosik.

Nous avons été accueillis dans les locaux de la Poudrière par Annick Teninge, directrice de la Poudrière, qui nous a présenté cette école de cinéma formant à la réalisation de films d'animation.
Créée en 1999, implantée à proximité des studios Folimage et de l'association l'Equipée, la Poudrière est une véritable école de cinéma et dispense une formation d'enseignement supérieur en 2 ans à des étudiants âgés d'au moins 23 ans et provenant du monde entier. Les enseignements sont assurés par des intervenants extérieurs, au nombre d'environ 80 par an, choisis autant pour leurs compétences que pour la diversité de leurs spécialisations professionnelles. Au cours de leur 1ère année, les étudiants réalisent un film court d'environ une minute, sur un thème imposé, à réaliser en trois mois. En seconde année, ils réalisent deux courts métrages : un film de commande (par exemple d'une chaine de télévision) sur un thème imposé, et un film de fin d'étude de 3 à 4 min, sur un thème et avec une technique libre.
Les films d'école de la Poudrière sont essentiellement diffusés en festivals et très peu en salles, en accompagnement de longs métrages par exemple. La Poudrière ne dispose pas en effet de moyens de distribution pour ces films d'école, la diffusion de ceux-ci étant parfois contraintes par des contrats passés avec d'autres diffuseurs (notamment dans le cas de films de commande). L'école refuse également la diffusion en salles sur support DVD et privilégie le support Beta, ce qui limite le nombre de salle à même de programmer ces films. L'arrivée progressive de la projection numérique devrait cependant lever cet obstacle. Se pose également la question de la « mise en concurrence » de ces films d'école avec d'autres programmes de courts métrages, programmés par l'Agence du Court métrage ou par des distributeurs spécialisés. Les étudiants expriment cependant le souhait de voir leurs films programmés en salles.
Après l'école, une majorité d'étudiants intègrent des équipes de production et de réalisation. Quelques uns développent cependant leurs propres projets. C'est le cas d'Izabela Bartosik.

Izabela Bartosik a suivi en Pologne des études d'Arts plastiques (Beaux Arts, département graphique), en travaillant particulièrement la peinture. Parallèlement, elle a découvert le cinéma français à Cracovie, grâce à l'Institut Français. Elle s'est alors rendu compte que le cadre d’une toile était trop petit pour lui permettre de raconter les histoires qu'elle avait en tête et que le cinéma pouvait lui apporter cet espace.
Elle a donc intégré l'école de la Poudrière pour apprendre à réaliser des films d'animation en continuant à utiliser la peinture. La technique d'animation par la peinture est très longue, d'autant que l'informatique ne révèle pas d'une grande aide car le rendu des images de synthèse ne la satisfait pas. Elle continue donc à travailler de façon traditionnelle. L'enseignement dispensé à la Poudrière lui a paru très exigeant et dur, ceci étant à ses yeux un gage de qualité.
Izabela Bartosik nous a présenté plusieurs de ses films d'école, dont son film de fin d'étude, Accord parfait, qui est un hommage à un luthier. Elle nous a également présenté Petit voyageur, film de 2 min réalisé avec des enfants de 6 et 7 ans à partir de poèmes écrits par les enfants. Elle anime ainsi régulièrement des ateliers avec les jeunes, en utilisant le travail d'écriture de ceux-ci comme base scénaristique, par exemple sous forme de cadavre exquis. Ces ateliers fonctionnent très bien, d'autant que les enfants sont très réactifs et imaginatifs, s'appropriant rapidement la technique et adoptant même parfois des méthodes originales de création. Ces ateliers sont organisés avec l'Equipée.
Izabela Bartosik travaille actuellement sur un projet de court métrage en peinture animée dont elle a montré quelques esquisses. Soutenu par un producteur français, ce projet bénéficie d'un financement français (Régions Rhône-Alpes et Centre, CNC, Arte) et polonais. Les différentes phases de la production sont donc partagées entres les différents territoires qui soutiennent le film. Izabela Bartosik a démarré le projet chez elle, associée avec des techniciens de Folimage, la réalisation se fera dans la région Centre et la musique sera enregistrée en Pologne.

Rapporteurs Fabrice Sécher et Fabienne Weidmann.