Jeune Public

Titre
Auteur

Programme de courts métrages d’animation

dont Loulou de Serge Elissalde (27 mn) , d’après l’œuvre originale de Grégoire Solotareff (Editions L’Ecole des Loisirs) Musique et chansons composées par Sanseverino

Année / durée/ pays

France –2003 – 50 minutes – Couleurs

Distributeur

Distribution : Gebeka Films      Sortie le 26 mars

 Histoire

Temps d’été au pays des lapins. Mais, tandis que Tom se prélasse à la plage, un drame se joue dans le sous-bois. Loulou, le jeune loup, se retrouve seul au monde. Comment survivre quand on ne sait ni ce qu’on est ni ce qu’on est censé manger ? Adopté puis répudié par des lapins, Loulou va faire son apprentissage entre le confort douillet du terrier et les périls de la forêt. Au-delà des différences, une grande histoire de tolérance et d’amitié

En complément de programme : 

  • Marie K et le loup de Marie Caillou (7 mn) : Top-model, joli job. Mais gare à la concurrence si le loup qui vous sert d’accessoire à votre place rêve de s’asseoir.
  • Micro loup de Richard Mac Guire (6 mn) : Montrer le plus petit loup du monde à New York, OK. Encore faut-il veiller à ce que le goulu ne croque pas la grosse pomme.
  • T’es où Mère-Grand ? de François Chalet (6 mn) : C’est l’heure du goûter et Mère-Grand a disparu. Loup et chaperon partent à sa recherche. Ca va swinguer sur la planète.
  • Pour faire le portrait d’un loup, hommage à Jacques Prévert de Philippe Petit-Roulet : Il faut des poils, des yeux, des pattes, des oreilles, une queue, sans oublier les dents, sûrement le plus important

 

Personnage clé du conte, le loup est dans ce programme tourné en dérision et décliné dans des univers différents et inventifs. Loulou, le clou du programme est une petite merveille. Tiré d’un classique de la littérature pour enfants, c’est une adaptation réussie : tout en étant fidèle au livre, Serge Elissalde a développé le trio des lapines, un sens de l’humour savoureux et il a choisi une musique moderne et entraînante. Le brio des couleurs et la clarté du récit confèrent à ce film parfaitement adapté aux tout-petits toutes les qualités que l’on peut exiger pour les jeunes spectateurs.

 

A noter qu’une exposition de 20 panneaux format A3 sera disponible dès la fin février. Pour tout renseignement, s’adresser à Gebeka Films.

Critique

LOULOU ET AUTRES LOUPS...

Note des auteurs

Le loup est un personnage clé du conte traditionnel. Il y incarne la peur du noir, la terreur nocturne, l'effroyable rétribution de l'imprudence ou de l'indiscipline des enfants. En partant de Loulou, l'album classique de Grégoire Solotareff, nous avons souhaité inverser cette proposition, nous intéresser pour une fois, non aux émotions que suscite le loup, mais à celles qu'il peut éprouver, afin de casser un stéréotype et d'ouvrir de nouvelles perspectives à la perspicacité de nos jeunes spectateurs.

Loulou, c'est en somme l'histoire de la raison triomphant de l'instinct. Tout oppose le loup et le lapin, l'un est naturellement le prédateur du second, mais que faire quand ce dernier est aussi son meilleur, son seul ami ? Dépasser ses pulsions archaïques, surmonter sa violence, la canaliser vers des buts plus élevés. Apprendre à vivre dans la société de l'autre. Viser l'harmonie. C'est l'expérience que fait notre jeune loup au fil d'une aventure qui évite soigneusement le prêchi-prêcha et la morosité.

En complément de programme, nous avons développé "Autres Loups", une suite de quatre courts métrages animés réalisés selon la technique dite vectorielle — création et animation directement sur ordinateur. Là encore, l'humour, le clin d'œil, le contre-pied ont été mis à contribution. Qu'il conteste au Petit Chaperon son statut de top-model, soit injustement soupçonné d'abus de Mère-Grand, dévore son créateur ou carrément New York, le loup y apparaît comme un personnage hautement rigolo. 

 

La rencontre avec les illustrateurs-réalisateurs - Marie Caillou, François Chalet, Richard McGuire, Philippe Petit-Roulet, tous familiers des modes de création graphique les plus avancés - s'est révélée féconde. A sa façon, chacun de ces petits films explore une voie particulière de l'animation et invente une nouvelle manière de raconter l'une des plus vieilles histoires du monde.

Le loup reprend du poil de la bête
Cinq films d'animation qui dépoussièrent le mythe avec humour et vista technique.

Par Michel BOUDEVITCH / mercredi 26 mars 2003/ liberation

Loulou
et autres loups...
Cinq films d'animation écrits
par Jean-Luc Fromental et Grégoire Solotareff, réalisés par Serge Elissalde, Richard McGuire, Marie Caillou, François Chalet
et Philippe Petit-Roulet.

Qui craint le grand méchant loup ? Peu soucieux de courser les porcelets, plus affamé de tendresse que de chair fraîche, un loupiot plutôt empoté, orphelin, est trop content de copiner avec une bande de lapins. Une convivialité parfois compromise : parties de pêche, bals, aubades au clair de lune et bamboches ne vont pas sans quelques horions et embrouilles. Parents et enfants retrouveront avec délice le Loulou du conteur-illustrateur Grégoire Solotareff (publié à l'Ecole des loisirs, traduit dans le monde entier), adapté à l'écran par le cinégraphiste Serge Elissalde. Dans son sillage, d'autres cinéplasticiens ont été invités à dépoussiérer le mythe du rôdeur retors avaleur de grand-mère...

Cela va du conte de Perrault ravigoté en road-movie ­ un noiraud moins affamé que son rouge chaperon à l'heure du goûter (T'es où mère-grand ? de François Chalet) ­, à la comédie musicale : la belle, qui se pavane et se pomponne en top model, n'en est pas moins éclipsée par la bête (Marika et le loup de Marie Caillou). Dans une alerte pantomime perçue en plongée, on suit à la loupe le plus petit loup du monde (Micro Loup de Richard McGuire), encagé, embarqué, exhibé par un chasseur jusqu'à New York, observé à vol d'oiseau comme dans un tableau de Mondrian. Avant de papillonner comme Prévert : Pour faire le portrait d'un loup de Philippe Petit-Roulet.

La réussite de ce Loulou peut en cacher une autre, celle de l'animation à la française, qui se porte bien, ainsi qu'en a témoigné le récent Forum du long métrage d'animation européen aux studios Babelsberg de Potsdam, près de Berlin. On a pu y voir une quarantaine de pilotes d'une douzaine de pays et une dizaine de films achevés. La France l'emporte avec 13 titres devant l'Espagne (10), l'Allemagne et l'Angleterre (4 chacune). Et Didier Brunner, catalyseur de Kirikou, a reçu un satisfecit de ses pairs en tant que producteur de films d'auteurs.

Les sorties prévues dans les salles hexagonales se multiplient comme jamais auparavant, des Enfants de la pluie, féerie écologique de Philippe Leclerc, aux Triplettes de Belleville, comédie burlesque de Sylvain Chomet (en juin), via Kaena, heroic fantasy en images de synthèse (une première française). En attendant, mais pas avant Noël, la Prophétie des grenouilles de Jacques-Rémy Girerd.

Solotareff, dessins et sons
Comment l'auteur d'histoires pour enfants a trouvé écho au cinéma.

Par Anne DIATKINE
mercredi 26 mars 2003

Grégoire Solotareff, qui a conçu avec Jean-Luc Fromental le programme des cinq courts métrages Loulou et autres loups, comprend les gens qui ne supportent pas les dessins animés. Lui-même n'avait pas grande passion pour le genre, avant d'y travailler. Il a vaguement le souvenir d'avoir pris goût aux premiers Disney, enfant, «sans les avoir vus en salle, car il n'y avait pas de cinéma à Beyrouth, où nous vivions». L'avantage, c'est que les cinq films, réalisés par des auteurs graphiques très différents les uns des autres, ont toute chance de séduire aussi ceux qui sont allergiques au film d'animation, tel qu'on en voit dans les programmes télévisés. Notamment grâce au son.

Autre langue. L'image est surprenante, les couleurs ont une densité rare, mais on peut faire l'expérience de fermer les yeux. La différence alors avec ce qui est communément proposé, saute à l'oreille : pas de voix d'adultes qui imitent celles des enfants, pas de musique tonitruante, pas de dialogues débiles. Aucune marque auditive et souvent uniforme du dessin animé. On entendra une langue qui n'existe pas et une composition gypsy de Sanseverino. Ou encore, un hommage sous forme de parodie à Jacques Prévert, qui nous permettra de savoir comment faire le portrait d'un loup.

Grégoire Solotareff, 50 ans, auteur d'une cinquantaine d'albums pour enfants à l'Ecole des loisirs, avait envie de réaliser un long métrage. Le problème est que les personnages dessinés exigent, en dépit de leur inexistence, beaucoup plus de temps et d'argent que les acteurs en chair et en os ­ au point que ça ne vaut presque pas le coup de ne pas vivre, si c'est pour avoir autant de besoins. Avant même de s'être attelé à l'écriture, il aurait déjà fallu que le futur réalisateur sans aucune expérience vende son film à une foule de pays. Grégoire Solotareff a donc tiré un personnage de ses albums, populaire, «techniquement assez simple à traiter à cause des aplats de couleur et des traits noirs» : Loulou, le célèbre jeune loup orphelin, qui ne sait ni qui il est, ni ce qu'il doit manger, et qu'une bande de lapins recueille. Dans la forêt, on entend le bruit des vagues. On pourrait être «dans les Landes, ou encore au Liban». Souvenir d'enfance, restitution d'émotion antérieure à la mémoire : «J'adore le bruit de la mer à travers les arbres, quand on ne la voit pas.»

Dessins à animer. Pour Grégoire Solotareff, l'avantage de l'adaptation cinématographique sur l'album, et la grande découverte, c'est que «le son donne l'idée de l'espace». Il ajoute : «On doit même tenir compte du son dans un film d'animation, beaucoup plus que du texte dans l'album.» En revanche, l'une des contraintes de l'adaptation, est que «le dessin n'a pas de vie en lui-même». Le loup doit être quasi identique d'un photogramme à l'autre, sinon les 24 images par seconde sautillent. Un effet vibratoire que Grégoire Solotareff ne souhaitait pas explorer. «Il a fallu faire entrer Loulou dans un cadre.» Les dessins d'origine ont été redessinés par le réalisateur Serge Elissalde qui a fait le story-board. Tandis que Jean-Luc Fromental s'est plutôt occupé des dialogues.

Le court métrage de 30 minutes a nécessité la collaboration d'une quarantaine de personnes, rien que pour le dessin. «Pour un long métrage, les producteurs sont obligés d'anticiper un relatif succès. Sans le triomphe inespéré de Kirikou de Michel Ocelot et l'audience des films de Miyazaki, personne ne s'aventurerait à produire des dessins animés originaux, et les enfants n'auraient encore que Disney à se mettre sous les yeux.» .

Filmographie
Outils pour en savoir plus

www.primalinea.com/loulou/