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MON PÈRE EST INGÉNIEUR Robert Guédiguian 2004 –France –1h48 Distribution : Diaphana – Sortie le 18 août Avec Ariane Ascaride, Jean Pierre Daroussin, Gérard Meylan
Tandis qu’une voix-off nous raconte la Pastorale, cette vision de la naissance du Christ en Provence, Natacha s’imagine en Vierge Marie portant Jésus dans son ventre, sur les quais désaffectés de Marseille. Son Joseph, c’est Jérémie, son amour de jeunesse, son amour de toujours. Jérémie qu’elle n’a pas revu depuis de nombreuses années, sauf quand il passe à la télé aux côtés du ministre de la Santé : Jérémie est devenu quelqu’un d’important, il parcourt le monde tandis que Natacha est restée médecin de quartier, dans la ville où elle est née, dans la cité où elle a grandi. Jérémie, pourtant, se tient près d’elle, mais elle n’en sait rien. Elle ne sait plus rien, Natacha. Un jour, son père l’a trouvée comme ça, inerte, muette : "sidération psychique" disent les professeurs. On la lève, elle se lève… on l’assied, elle s’assied… on lui donne à manger, elle mange… Jérémie s’installe chez Natacha. Il s’assied là où elle s’asseyait, écoute la musique qu’elle écoutait… et les souvenirs affluent : ils avaient 14 ans et en cours de russe, Jérémie n’arrivait pas à prononcer "mon père est ingénieur". Ils se sont aimés. Passionnément aimés. Tous les ans, lors d’un rituel, ils décidaient ou non de continuer. Un jour, ils n’ont pas continué et Jérémie est parti loin, à travers le monde. Aujourd’hui, Jérémie est de retour et ne sait pas encore qu’il va rester. Son enquête pour découvrir ce qui est arrivé à Natacha va lui faire rencontrer les personnes qu’elle côtoyait, aimer les gens qu’elle aimait, soigner les malades qu’elle soignait… comme un promeneur qui se serait égaré dans une vie qui n’est pas la sienne. *** Depuis DERNIER ÉTÉ, je fais la chronique d’un monde qui disparaît. En parlant de comment ça s’arrête, moi je continue. La volonté de continuer, c’est la volonté d’être, malgré la disparition des choses qui nous ont fondés. Dans MON PÈRE EST INGÉNIEUR, j’ai réussi à reprendre tous les grands motifs de ma propre biographie et à les remettre en forme, au double sens du terme : dans une nouvelle façon et en bonne santé. Je crois finalement beaucoup au répertoire : il est toujours possible de retravailler sans cesse les mêmes thèmes. (…)Il s’agissait pour moi de trouver de nouvelles formes, des formes absolument différentes de ce que j’avais fait jusqu’à présent. Je me suis mis en déséquilibre en mélangeant trois temps, le présent, le flash-back, la pastorale. C’est un peu comme si le récit avançait sur une route à trois voies, passant sans cesse d’une voie à l’autre, sans marquer de pause. Franchement, je n’aurais pas mis ma main à couper que le film fonctionne si bien que ça : la construction théorique marchait, mais la construction émotionnelle affective, je n’étais pas si sûr. (…) J’assume de faire des choses de plus en plus claires, abstraites et dessinées et j’y arrive de mieux en mieux. J’ai un peu repris ici la forme de A LA PLACE DU CŒUR, en mêlant artificiellement trois éléments de décor, pour faire une reconstitution plus vraie que le réel, et en même temps j’ai l’impression d’avoir retrouvé la naïveté, la fraîcheur de mon tout premier film, DERNIER ÉTÉ. Robert Guédiguian |