![]() LES MAINS VIDES de Marc Recha France/ Espagne – 2 h 10 - couleur - 2003 - Haut et Court - e 11 Février 2004
SÉLECTION OFFICIELLE CANNES 2003 /UN CERTAIN REGARD
*** Les mains vides, le titre contient le film, assemblage troué et débordant de trop-plein – trop-plein d’amour universel, de confusion, d’ivresses répétées, de réjouissances, de liens qui n’en sont pas, qui se délitent. Qu’est-ce qui fait lien alors ? La circulation – et le spectateur aussi, invité à la fête, circule dans le film, il n’a que ça à faire. On a les mains vides puis pleines puis vides ; l’argent passe et on s’en défait. Mais pendant cette perte, la petite histoire s’est construite ; l’on n’a pas vu le film capitaliser sur toutes ses absences, et son pécule nous saute aux yeux dans un burlesque soudain ; et si ce pécule s’évanouit ensuite, c’est encore au profit d’autre chose – car le film finit bien par nous raconter quelque chose. On se défait de l’argent, bien qu’on soit prêt à se battre pour, et l’on se débarrasse des cadavres : les cadavres circulent d’ailleurs autant que l’argent, et ils sont plus propres. On dirait que l’argent brûle autant les mains que les cadavres ; qu’il est plus facile d’être naturellement embêté par un corps mort que de s’avouer son embarras face à une liasse de billets dont on ne sait que faire, bien qu’elle apporte une jouissance certaine ; qu’avec l’argent il est aussi honteux de désirer, de posséder, que de n’en pas vouloir, de n’en pas profiter (de ce point de vue le film règle trop facilement la circulation de la patate chaude, qui faisait notre plaisir ambigu, en faisant passer l’argent par la machine à laver). Le film a les mains vides et les bras grand ouverts ; il devient une auberge catalane, ce qui est sa grande force et aussi la facilité dans laquelle il verse parfois. Il accueille n’importe quoi (toutes les paresses, opacités, impasses inutiles, mais aussi gadgets visuels) mais aussi l’essentiel : passe qui veut. Car sans cette hospitalité, comment le film pourrait-il nous conduire à la table de Noël où il se termine presque ? On est chez soi, là, puisque le spectateur aussi est inclus d’office, membre de cette famille élargie dont le film se fait l’hôte ; et l’on rit de la dinde pas cuite comme on rirait si on y était, à cette table des nos joyeux amis misérables. Hospitalité rare ; à mon tour, à ma mesure, j’invite qui veut à y passer un moment.
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