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BARBES…
L’essentiel de l’action se déroule entre le métro la Fourche, la
place Clichy et
Barbès. Un triangle parisien d’où les deux héros de ce film, deux frères
d’origine marocaine mais aux prénoms bien français, Paul et Daniel Smaïl,
ne
veulent pas sortir. Le dix-huitième arrondissement où ils sont nés,
c’est leur île,
leur patrie cosmopolite, le seul endroit au monde où ils se sentent chez
eux.
D’ailleurs, quand Daniel, le cadet, emporté par sa première grande
passion
amoureuse s’arrache à ses racines « barbésiennes », pour rejoindre
dans le
quartier chaud de Hambourg son riche amant qui préside aux destinées de
salles
de gym, de peep-show, de cabarets…, il en meurt.
Cette mort est le point de départ et le point d’arrivée de ce film
empreint de
tendresse mais aussi de gaieté féroce, d’ironie et d’humour. Et
c’est le signe
qu’une fin peut être un début, et que tout espoir n’est pas perdu.
En tous cas
pour celui qui reste : Paul, l’aîné. Même si le chemin qui le mène
à sa propre
vérité est aussi long et périlleux qu’une chasse à la baleine sur un
raifiot qui
prend l’eau de toute part en pleine tempête.
MOBY
DICK…
Paul Smaïl, 27 ans, a fait des études supérieures. Il est titulaire
d’un DEA de
littérature sur Moby Dick d’Herman Melville. En attendant de trouver un
emploi
digne de son curriculum vitae, il livre des pizzas à Barbès.
Paul a deux passions, la boxe qu’il pratique depuis l’enfance, et la
littérature.
Hanté par le désir d’écrire, il est incapable de passer à l’acte,
parasité qu’il est
par ses vélléités de réussite sociale. Il est tout aussi impuissant à
vivre une
relation amoureuse. Il vit seul dans une mansarde face au métro aérien
et n’a
qu’un ami : Diop, un chauffeur de taxi d’origine africaine, qui a
lamentablement
raté sa carrière de boxeur professionnel.
SCWARZENEGGER…
Daniel Smaïl, 21 ans, est moins brillant que son aîné. Il n’a eu son
bac qu’à la
troisième tentative. Il n’a qu’une passion, mais elle le dévore, lui
prend toute son
énergie, son intelligence et son argent : le body-building. L’objectif
avoué de
Daniel est de faire un jour la couverture du Monde du Muscle ou d’Iron
Man.
Son rêve secret est d’être sélectionné pour le plus grand des
concours mondiaux
qui se déroule chaque année à Los Angeles, et, qui sait ? d’y être
sacré Monsieur
Olympia comme son dieu Schwarzie l’a été. Alors pour « grossir »
vite, pour
augmenter sa masse musculaire sans prendre de graisse, pour avoir une peau
transparente comme du parchemin, il n’hésite pas à mettre sa vie en
danger. Il se
pique aux anabos, prend du boldone associé au clebenturol, etc…
Jusqu’à être
foudroyé lors de son séjour en Allemagne par une déficience immunitaire
généralisée. Il meurt sous une tente, comme les Arabes dans le désert…
une
tente stérile en voile plastique translucide.
MYRIAM…
Et puis il y a le grand amour que Paul, qui va de déconvenues en
humiliations
dans ses entretiens d’embauche avec les DRH, croise sur son chemin :
Myriam.
Elle est étudiante. Elle est belle comme une princesse et sa présence
illumine le
centre de ce récit. Mais ce cadeau que lui fait la vie, Paul n’est pas
encore apte à
l’accepter.
« J’ai aimé Myriam, Myriam m’a aimé. Je l’ai quittée… Nous
nous sommes
quittés. Et nous nous sommes bien quittés : haut les cœurs. Sans
violence, sans
cruauté inutile, sans chercher à nous blesser, sans nous dire de ces
mots qu’on
regrette après ».
Paul, après la mort de son frère, comprend qu’il ne sera jamais
directeur de
marketing, ni adjoint du responsable de la communication interne dans le
cadre
d’un processus social d’une grande entreprise. Il n’a pas le profil
requis, et
surtout il n’en a plus le désir. Il touche enfin à sa vérité. Il
prend un poste de
veilleur de nuit au Modern’, un hôtel de Pigalle pour provinciaux et étrangers
en
voyage d’affaires, qui viennent tirer leur coup avec des collègues de
bureau ou
des étoiles filantes.
Là, dans le silence de la nuit, troublé par les apparitions de l’inénarrable
patron
du Modern’, il se met enfin à écrire son premier roman : « Vivre me
tue ».
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