Vivre me Tue

 

 Un film de Jean Pierre Sinapi

 
 
Cinétévé Distribution
Matthias WEBER

Tél : 01 42 72 02 89 Fax : 01 48 04 70 38
e-mail : distribution@cineteve.fr 4, quai des Célestins 75004 Paris

www.cineteve.fr/vivremetue  1h25/  Sortie nationale le 18 Juin 2003

 

BARBES…

L’essentiel de l’action se déroule entre le métro la Fourche, la place Clichy et
Barbès. Un triangle parisien d’où les deux héros de ce film, deux frères
d’origine marocaine mais aux prénoms bien français, Paul et Daniel Smaïl, ne
veulent pas sortir. Le dix-huitième arrondissement où ils sont nés, c’est leur île,
leur patrie cosmopolite, le seul endroit au monde où ils se sentent chez eux.
D’ailleurs, quand Daniel, le cadet, emporté par sa première grande passion
amoureuse s’arrache à ses racines « barbésiennes », pour rejoindre dans le
quartier chaud de Hambourg son riche amant qui préside aux destinées de salles
de gym, de peep-show, de cabarets…, il en meurt.

Cette mort est le point de départ et le point d’arrivée de ce film empreint de
tendresse mais aussi de gaieté féroce, d’ironie et d’humour. Et c’est le signe
qu’une fin peut être un début, et que tout espoir n’est pas perdu. En tous cas
pour celui qui reste : Paul, l’aîné. Même si le chemin qui le mène à sa propre
vérité est aussi long et périlleux qu’une chasse à la baleine sur un raifiot qui
prend l’eau de toute part en pleine tempête.

MOBY DICK…

Paul Smaïl, 27 ans, a fait des études supérieures. Il est titulaire d’un DEA de
littérature sur Moby Dick d’Herman Melville. En attendant de trouver un emploi
digne de son curriculum vitae, il livre des pizzas à Barbès.
Paul a deux passions, la boxe qu’il pratique depuis l’enfance, et la littérature.
Hanté par le désir d’écrire, il est incapable de passer à l’acte, parasité qu’il est
par ses vélléités de réussite sociale. Il est tout aussi impuissant à vivre une
relation amoureuse. Il vit seul dans une mansarde face au métro aérien et n’a
qu’un ami : Diop, un chauffeur de taxi d’origine africaine, qui a lamentablement
raté sa carrière de boxeur professionnel.

SCWARZENEGGER…

Daniel Smaïl, 21 ans, est moins brillant que son aîné. Il n’a eu son bac qu’à la
troisième tentative. Il n’a qu’une passion, mais elle le dévore, lui prend toute son
énergie, son intelligence et son argent : le body-building. L’objectif avoué de
Daniel est de faire un jour la couverture du Monde du Muscle ou d’Iron Man.
Son rêve secret est d’être sélectionné pour le plus grand des concours mondiaux
qui se déroule chaque année à Los Angeles, et, qui sait ? d’y être sacré Monsieur
Olympia comme son dieu Schwarzie l’a été. Alors pour « grossir » vite, pour
augmenter sa masse musculaire sans prendre de graisse, pour avoir une peau
transparente comme du parchemin, il n’hésite pas à mettre sa vie en danger. Il se
pique aux anabos, prend du boldone associé au clebenturol, etc… Jusqu’à être
foudroyé lors de son séjour en Allemagne par une déficience immunitaire
généralisée. Il meurt sous une tente, comme les Arabes dans le désert… une
tente stérile en voile plastique translucide.

MYRIAM…

Et puis il y a le grand amour que Paul, qui va de déconvenues en humiliations
dans ses entretiens d’embauche avec les DRH, croise sur son chemin : Myriam.
Elle est étudiante. Elle est belle comme une princesse et sa présence illumine le
centre de ce récit. Mais ce cadeau que lui fait la vie, Paul n’est pas encore apte à
l’accepter.

« J’ai aimé Myriam, Myriam m’a aimé. Je l’ai quittée… Nous nous sommes
quittés. Et nous nous sommes bien quittés : haut les cœurs. Sans violence, sans
cruauté inutile, sans chercher à nous blesser, sans nous dire de ces mots qu’on
regrette après ».

Paul, après la mort de son frère, comprend qu’il ne sera jamais directeur de
marketing, ni adjoint du responsable de la communication interne dans le cadre
d’un processus social d’une grande entreprise. Il n’a pas le profil requis, et
surtout il n’en a plus le désir. Il touche enfin à sa vérité. Il prend un poste de
veilleur de nuit au Modern’, un hôtel de Pigalle pour provinciaux et étrangers en
voyage d’affaires, qui viennent tirer leur coup avec des collègues de bureau ou
des étoiles filantes.

Là, dans le silence de la nuit, troublé par les apparitions de l’inénarrable patron
du Modern’, il se met enfin à écrire son premier roman : « Vivre me tue ».

 

Avec Vivre me tue, il ne s'agit pas pour moi de raconter une histoire mais de la retrouver. Je veux parler du dedans. De la chair. Des corps. Ce corps instrumentalisé que Daniel le cadet body-builder muscle, violente et gonfle jusqu'à en crever. Ce corps avec lequel l'aîné intellectuel, Paul, a tant de mal à vivre et qu'il exténue dans les salles de boxe. Corps social qui les étouffe tous les deux. Daniel mourra de n'avoir su trouver d'autre territoire que sa carcasse meurtrie. Paul choisira celui de l'écriture.

Daniel et Paul ne sont pas des « porte paroles ». Au-delà de leurs particularités culturelles et sociales, ce sont deux jeunes hommes dont la vie apparemment banale rejoint le mythe et l'universel, comme n'importe laquelle de nos vies. Vivre me tue c'est la liaison impossible entre deux violences, celle de la vie, et celle de la mort.

Pour moi, faire ce film, c'est ma façon de dire nous.

propos du réalisateur, Jean Pierre Sinapi