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L’annonce de la fermeture de l’usine Epéda, à Mer, provoque la stupeur des ouvriers qui, le mois dernier, faisaient encore des heures supplémentaires. Le travail s’arrête lentement. Dans les murs de l’usine malade, c’est désormais le temps qui travaille les individus. Autour des machines silencieuses naissent des conversations spontanées. L’incompréhension puis la colère s’expriment. La lutte prend forme. Entre les temps morts, qui préfigurent le chômage, et les temps forts de la lutte, les ouvriers, livrés à eux-mêmes, cherchent en vain un interlocuteur. |
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Luc Decaster a passé six mois dans l’usine Epéda, filmant au fil des jours les ouvriers, leurs réactions, leurs comportements. Assemblées, portraits individuels, rôles distribués (le délégué syndical, le patron, les ouvriers), autant de figures imposées du monde du travail que le cinéaste film à bras le corps. Si le film touche, c’est par sa formidable honnêteté à filmer la difficile cohésion des ouvriers. Si la colère est là, les mots pour le dire, les actions pour changer le cours de événements sont maladroits et incertains. Et c’est ce désarroi qui est bouleversant. Rêve d’usine est le contre-champ indispensable du libéralisme triomphant. Un film poignant, utile, nécessaire.
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Luc Decaster : " des regards qui parlent " Rêve d'usine, tourné à l'usine Epeda de Mer, dans le Loir-et-Cher devrait sortir en salles au début de l'année 2003. " Jean-Luc Godard a dit qu' "on ne rêve plus dans les usines". Il y a de quoi s'étonner de voir ces ouvriers à la chaîne, singulièrement ces ouvrières, se mettre à évoquer leurs rêves, qui sont plutôt des cauchemars, au moment où ils vont être privés de travail. Les lieux du pouvoir et ceux de la production sont les plus difficiles à filmer. J'ai eu la chance de pouvoir filmer longtemps, depuis l'annonce du premier plan social et jusqu'après la fin, avec le déménagement des machines. J'ai toujours vécu dans ce milieu ouvrier à Saint-Nazaire et je me souviens des grandes grèves dans ma jeunesse. Mais là, à Mer, du jour au lendemain la maîtrise et les cadres ont disparu. On demandait en août aux ouvriers de faire des heures supplémentaires pour leur annoncer en septembre la fermeture mais le directeur du site, lui, n'est jamais revenu de vacances. J'ai donc été accueilli par les responsables du comité d'entreprise. Et j'ai pris le temps qu'il fallait pour expliquer aux ouvriers ce que je voulais faire. Je voulais travailler sur un lieu clos, un lieu d'enfermement où l'on est obligé de se rendre chaque jour. Rêve d'usine est l'histoire d'une usine malade qui s'éteint dans des soubresauts. J'ai été très surpris par ce rituel du pointage jusqu'au bout, chaque jour à 13 heures et 20 heures, alors qu'il n'y a plus de maîtrise, comme une manière de dire "j'existe" pour des gens qui ont des conditions de vie inacceptables et doivent l'accepter quand même. J'ai voulu montrer cela sans explication afin que le spectateur s'interroge et suive leurs démarches pas à pas pour comprendre ce qui se passe. Ils n'avaient jamais connu de grève depuis 68. Ils découvrent tout et le spectateur avec eux. Dans cette petite ville du Loir-et-Cher, qui va s'éteindre à petit feu avec la fermeture de cette usine, Ils ne se sont pas rendu compte qu'ils étaient passés d'une structure paternaliste à une des multiples entreprises d'une multinationale qui pouvait, depuis Zurich, la fermer sans même savoir ce qu'est un matelas. Je voulais évoquer le temps aussi, le temps de la lutte collective et le temps des interrogations personnelles. D'où le choix de silences qui durent et de regards qui parlent. " Propos recueillis par M. G. |
| Luc
Decaster
Luc Decaster a grandi à Saint-Nazaire, capitale des constructions navales. Pendant son adolescence durant laquelle il prépare un brevet industriel de chaudronnier, il a été marqué par les grèves dures, les affrontements des ouvriers des chantiers de l’Atlantique avec les CRS. Devenu dessinateur industriel chez Chausson en région parisienne, il découvre derrière le mur du bureau d’études, le taylorisme qui règne dans les ateliers de presses : les mains calleuses, les visages creusés des OS derrière la chaîne. Parallèlement, il entreprend des études d’histoire et se spécialise dans les recherches sur le mouvement ouvrier. En 1976, il devient professeur d’histoire. Il reprend des études de cinéma à l’université. En 1991, il quitte l’enseignement et réalise ses premiers films : des documentaires qui parlent des gens qui lui sont proches, à Argenteuil, où il réside. Il prépare actuellement un documentaire et un premier long métrage de fiction. filmographie
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