RACHIDA

 

de Yamina Bachir Chouik

France - Algérie –– 2002 – 1h40 –- Distribution : Les Films du Paradoxe - Sortie le 8 janvier 2003

Sélection Un certain regard Cannes 2002

Avec Ibtissème Djouabi, Bahia Rachedi, Rachida Messaoui

  

Alger. Rachida a 20 ans. Elle travaille comme institutrice dans un quartier populaire. Un matin , elle est abordée par quatre jeunes hommes. Parmi eux, Sofiane, un de ses anciens élèves, lui ordonne de poser une bombe dans l’école. malgré le peur, elle refuse d’obtempérer. Ils lui tirent dessus et la laissent pour morte. Elle survit et se réfugie avec sa mère, dans un petit village. Elle croit toujours fuir la violence des terroristes…

 

       

     Venu d’un pays si proche de la France, Rachida dénonce certes mais aussi témoigne d’une situation de terreur dont nous avons tellement peu d’images. Pour son premier long métrage, Yamina Bachir Chouik porte un regard féminin sur le monde des femmes, premières victimes du terrorisme qui sévit depuis maintenant de longues années en Algérie. En choisissant un récit individuel, le drame de Rachida n’en prend que plus de portée : on mesure combien le danger est là, omniprésent, prêt à surgir, aveugle. On n’échappe pas au terrorisme en Algérie : d’Alger à un petit village perdu dans la compagne, le danger est partout. En optant pour un point de vue féminin, Yamina Bachir Chouik accuse les hommes (la scène de la bombe, la scène de razzia du village) mais elle pointe aussi les faiblesses de la société algérienne : les jeunes désœuvrés, l’impossible dialogue entre les hommes et les femmes (on est touché par ce jeune homme qui passe son temps à appeler celle qu’il aime au désespoir du père de la jeune fille). Dans une mise en scène sobre qui n’a d’autre ambition que de respecter son sujet, Yamina Bachir Chouik nous donne un des films les plus essentiels de ce début d’année 2003. (circulaire 56/2002)



"Le cinéma algérien fut brutalement stoppé par l'Etat au moment où la population était en proie au terrible drame qui la martyrisait. Les écrans sans images et l'étouffement firent germer en moi l'idée folle de réaliser, à contre-courant, un film. Peut-être par devoir de mémoire ou par douleur. Je voulais sceller sur la pellicule le désarroi des citoyens ordinaires, considérés jusque-là comme des statistiques dans les bilans des atrocités. Un peuple pris en otage entre la violence barbare et une jeunesse sans repères, humiliée et prête à tomber dans les extrêmes.

Rachida est un hymne à la paix, à la tolérance, et au courage de tous les anonymes, nombreux heureusement dans mon pays. Peut-être une infime contribution de ma part pour cicatriser les blessures profondes de mon peuple. Si j'ai montré des personnages ordinaires s'affronter dans le film, j'espère que le public à qui je m'adresse, sera comptable de leurs actes.

J'ai choisi comme personnage principal une des victimes préférées : une femme, une jeune enseignante. Ce choix me permet de souligner aussi la dégradation d'un système éducatif devenu un vivier de violence où l'on cultivait la culture de la haine. Malgré le démembrement du cinéma et les risques d'un premier film, l'histoire de Rachida s'est imposée à moi ; elle est là aujourd'hui, en film. Cela n'a pas été facile".


Yamina Bachir Chouikh, réalisatrice

Festival de Cannes

 

Yamina Bachir dénonce «la culture de la violence» en Algérie

Avec Rachida, portrait d'une jeune institutrice victime d'un attentat, présenté à Cannes dans la section Un Certain Regard, l'Algérienne Yamina Bachir dénonce avec force, dans ce premier film en forme d'hommage à la femme algérienne, «la culture de la haine et de la violence» qui a plongé son pays dans le sang et le chaos.

«J'avais besoin de crier, d'exprimer la douleur et la colère qui étaient en moi», dit Yamina Bachir, une femme frêle et déterminée, qui a dédié ce cri du coeur, inspiré d'un drame réel, à la mémoire de son frère et de tous les autres qui sont tombés en Algérie.

Un jour, Rachida (Ibtissème Djouadi aux magnifiques yeux verts) est entourée par un groupe de jeunes qui veulent l'obliger à déposer une bombe dans l'école où elle enseigne à Alger. La jeune-femme refuse et est très grièvement blessée. Mais elle a protégé les enfants. «Dans la réalité, l'enseignante a été tuée comme l'ont été beaucoup d'enseignantes», précise la réalisatrice dans une interview à l'AFP.

Sortie de l'hôpital, Rachida et sa mère se réfugient dans un petit village où la jeune-femme, hantée par la peur, recommence néanmoins à enseigner. Le cauchemar continue. A l'occasion d'un mariage, les «barbus» attaquent. La fête se termine dans un bain de sang. Pourtant, le lendemain, dans l'école dévastée, les enfants qui ont échappé au massacre sont de retour... «Il y a de l'espoir dans la réalité, dit la réalisatrice. La preuve, je fais un film, les enfants continuent à aller à l'école. Rachida n'est pas un film sur la violence, c'est un hymne à la vie». «Je désirais faire revivre cette fille, raconter son quotidien, parler de son courage, mais pas faire un film militant. Il y a eu plein d'assassinats, j'ai perdu des gens très proches, des amis, des voisins, dit Yamina Bachir, mais cette histoire m'a particulièrement bouleversée».

Monteuse de formation, épouse du réalisateur Mohamed Chouikh (La citadelle, L'arche du désert), mère de quatre enfants qui jouent dans le film, Yamina Bachir a pris sa caméra parce qu'«au milieu de ce drame terrible, j'avais besoin d'en parler avec la seule arme dont je dispose, l'image».

Elle a tourné à Alger et dans les environs. «Cette histoire ne pouvait pas exister ailleurs que dans le pays où je vis» et elle n'a pas peur : «que peut-on craindre de pire que ce qui s'est passé?», demande-t-elle.

Si la violence islamiste est «le summum», selon la réalisatrice, «c'est l'aboutissement de toutes sortes de violences, la violence sur les femmes, l'humiliation de nos jeunes, le chômage, l'ignorance totale de tout ce potentiel... On ne raconte pas l'histoire aux enfants. Malheureusement, pendant 40 ans, nos enfants ont été élevés avec des slogans. Quand les jeunes n'ont plus de repères, ils peuvent tomber dans tous les extrémismes», dit-elle.

Aujourd'hui, la violence est «moins intense peut-être mais c'est aussi ravageur parce que les gens sont moins vigilants. Dernièrement, ma fille a perdu une de ses amies dans l'explosion d'une bombe à un arrêt de bus. Le terrorisme est toujours là».

LeMonde.fr"

Rachida"

LE MONDE | 23.05.02 |

Film algérien de Yamina Bachir. Avec Djouadi Ibtissem, Bahia Rachedi, Hamid Ramas, Abdelkader Belmokadem, Rachida Messaouden. (1 h 40.)

Premier long métrage de Yamina Bachir, ce film évoque, à travers le destin d'une jeune femme et de sa mère, les pires heures du terrorisme en Algérie. Enseignante dans un lycée à Alger, Rachida est abordée dans la rue par un groupe de jeunes gens qui veulent l'obliger à placer une bombe dans l'établissement. Elle refuse et est abattue froidement par l'un des garçons. Sauvée par miracle, mais durablement traumatisée, elle se réfugie dans un village avec sa mère. Mais le terrorisme l'y poursuit inexorablement, comme s'il ne se trouvait plus en Algérie un seul endroit où l'on puisse y échapper. C'est une des principales vertus de ce film, dont la mise en scène manque par ailleurs de vigueur et de distance, que de montrer l'omnipotence de la terreur, en donnant au spectateur à éprouver l'effroi et le dénuement absolus de ses victimes.

Jacques Mandelbaum

 
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