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"Le cinéma algérien fut brutalement
stoppé par l'Etat au moment où la population était en proie
au terrible drame qui la martyrisait. Les écrans sans images
et l'étouffement firent germer en moi l'idée folle de réaliser,
à contre-courant, un film. Peut-être par devoir de mémoire
ou par douleur. Je voulais sceller sur la pellicule le désarroi
des citoyens ordinaires, considérés jusque-là comme des
statistiques dans les bilans des atrocités. Un peuple pris en
otage entre la violence barbare et une jeunesse sans repères,
humiliée et prête à tomber dans les extrêmes.
Rachida est un hymne à la paix, à la tolérance, et au
courage de tous les anonymes, nombreux heureusement dans mon
pays. Peut-être une infime contribution de ma part pour
cicatriser les blessures profondes de mon peuple. Si j'ai
montré des personnages ordinaires s'affronter dans le film,
j'espère que le public à qui je m'adresse, sera comptable de
leurs actes.
J'ai choisi comme personnage principal une des victimes préférées
: une femme, une jeune enseignante. Ce choix me permet de
souligner aussi la dégradation d'un système éducatif devenu
un vivier de violence où l'on cultivait la culture de la
haine. Malgré le démembrement du cinéma et les risques d'un
premier film, l'histoire de Rachida s'est imposée à moi ;
elle est là aujourd'hui, en film. Cela n'a pas été
facile".
Yamina Bachir Chouikh, réalisatrice
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Yamina Bachir dénonce «la culture de la violence» en Algérie
Avec Rachida, portrait d'une jeune institutrice victime d'un
attentat, présenté à Cannes dans la section Un Certain Regard,
l'Algérienne Yamina Bachir dénonce avec force, dans ce premier
film en forme d'hommage à la femme algérienne, «la culture de
la haine et de la violence» qui a plongé son pays dans le sang
et le chaos.
«J'avais
besoin de crier, d'exprimer la douleur et la colère qui étaient
en moi», dit Yamina Bachir, une femme frêle et déterminée, qui
a dédié ce cri du coeur, inspiré d'un drame réel, à la mémoire
de son frère et de tous les autres qui sont tombés en Algérie.
Un jour, Rachida (Ibtissème Djouadi aux magnifiques yeux verts)
est entourée par un groupe de jeunes qui veulent l'obliger à déposer
une bombe dans l'école où elle enseigne à Alger. La jeune-femme
refuse et est très grièvement blessée. Mais elle a protégé
les enfants. «Dans la réalité, l'enseignante a été tuée
comme l'ont été beaucoup d'enseignantes», précise la réalisatrice
dans une interview à l'AFP.
Sortie de l'hôpital, Rachida et sa mère se réfugient dans un
petit village où la jeune-femme, hantée par la peur, recommence
néanmoins à enseigner. Le cauchemar continue. A l'occasion d'un
mariage, les «barbus» attaquent. La fête se termine dans un
bain de sang. Pourtant, le lendemain, dans l'école dévastée,
les enfants qui ont échappé au massacre sont de retour... «Il y
a de l'espoir dans la réalité, dit la réalisatrice. La preuve,
je fais un film, les enfants continuent à aller à l'école.
Rachida n'est pas un film sur la violence, c'est un hymne à la
vie». «Je désirais faire revivre cette fille, raconter son
quotidien, parler de son courage, mais pas faire un film militant.
Il y a eu plein d'assassinats, j'ai perdu des gens très proches,
des amis, des voisins, dit Yamina Bachir, mais cette histoire m'a
particulièrement bouleversée».
Monteuse
de formation, épouse du réalisateur Mohamed Chouikh (La
citadelle, L'arche du désert), mère de quatre enfants qui jouent
dans le film, Yamina Bachir a pris sa caméra parce qu'«au milieu
de ce drame terrible, j'avais besoin d'en parler avec la seule
arme dont je dispose, l'image».
Elle a tourné à Alger et dans les environs. «Cette histoire ne
pouvait pas exister ailleurs que dans le pays où je vis» et elle
n'a pas peur : «que peut-on craindre de pire que ce qui s'est
passé?», demande-t-elle.
Si la violence islamiste est «le summum», selon la réalisatrice,
«c'est l'aboutissement de toutes sortes de violences, la violence
sur les femmes, l'humiliation de nos jeunes, le chômage,
l'ignorance totale de tout ce potentiel... On ne raconte pas
l'histoire aux enfants. Malheureusement, pendant 40 ans, nos
enfants ont été élevés avec des slogans. Quand les jeunes
n'ont plus de repères, ils peuvent tomber dans tous les extrémismes»,
dit-elle.
Aujourd'hui, la violence est «moins intense peut-être mais c'est
aussi ravageur parce que les gens sont moins vigilants. Dernièrement,
ma fille a perdu une de ses amies dans l'explosion d'une bombe à
un arrêt de bus. Le terrorisme est toujours là».
"
Rachida"
LE MONDE | 23.05.02 |
Film algérien de Yamina Bachir.
Avec Djouadi Ibtissem, Bahia Rachedi, Hamid Ramas,
Abdelkader Belmokadem, Rachida Messaouden. (1 h 40.)
Premier long métrage de
Yamina Bachir, ce film évoque, à travers le destin d'une
jeune femme et de sa mère, les pires heures du terrorisme
en Algérie. Enseignante dans un lycée à Alger, Rachida
est abordée dans la rue par un groupe de jeunes gens qui
veulent l'obliger à placer une bombe dans l'établissement.
Elle refuse et est abattue froidement par l'un des garçons.
Sauvée par miracle, mais durablement traumatisée, elle se
réfugie dans un village avec sa mère. Mais le terrorisme
l'y poursuit inexorablement, comme s'il ne se trouvait plus
en Algérie un seul endroit où l'on puisse y échapper.
C'est une des principales vertus de ce film, dont la mise en
scène manque par ailleurs de vigueur et de distance, que de
montrer l'omnipotence de la terreur, en donnant au
spectateur à éprouver l'effroi et le dénuement absolus de
ses victimes.
Jacques Mandelbaum |
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