Un couple epatant Cavale Apres la vieLucas Belvaux

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Trois films de Lucas Belvaux  Avec l'Association Française des Cinémas d'Art et d'Essai 


Making-Of Vidéo

 

Un couple épatant

Une comédie de Lucas Belvaux

France - Distribution : Diaphana - Sortie le 1er janvier 2003 – 1h37

avec Ornella Muti et François Morel

Cécile et Alain vivent ensemble depuis vingt ans. C’est un couple modèle, épatant et uni. Pourtant, Cécile est persuadée qu’Alain lui cache quelque chose. Alain de son coté pense qu’il va mourir : il soit subir une opération que son ami médecin qualifie de bénigne. La couple épatant se cache l’un à l’autre quelque chose…Cécile va alors demander de l’aide à Pascal, le mari de sa copine Agnès, un policier un peu fragile…

 

 

Cavale

Un thriller de Lucas Belvaux

France - Distribution : Diaphana - Sortie le 8 janvier 2003 – 1h51

Avec Catherine Frot et Lucas Belvaux

Après quinze années passées derrière les barreaux, Bruno Le Roux s’évade enfin. Bras le plus armé du bras armé de la révolution prolétarienne, il s’est évadé pour continuer la lutte, faire sortir ses camarades de prison, libérer les masses de leurs chaînes, encore et toujours. Si en quinze Bruno n’a pas changé, le monde, lui, oui. Y compris Jeanne, ancienne alliée, aujourd’hui mariée, mère d’un enfant et professeur dans un lycée…

 

 

 

Après la vie

Un mélodrame de Lucas Belvaux

France - Distribution : Diaphana - Sortie le 8 janvier 2003 – 2h03

Avec Dominique Blanc et Gilbert Melki

Pascal Manise est policier à Grenoble. Un policier sans état d’âme. Ses problèmes sont réglés depuis longtemps, ses problèmes de flic en tous ca, car le problème de Pascal, c’est que la femme qu’il aime est morphinomane.

 

 

 

      

Lucas BelvauxLa trilogie de Lucas Belvaux est un diamant à trois facettes que l’on peut admirer séparément et dont on ne se lasse pas de regarder les reflets, les échos, les correspondances. Un scénario, plusieurs personnages aux motivations différentes qui se croisent au fil de l’intrigue, au final trois films qui chacun développe un des versants du récit. Ce qui pourrait apparaître comme un exercice de style est, o plaisir, un grand moment de cinéma. Tout d’abord, un manifeste politique. Si Cavale raconte la fuite d’un ancien militant d’extrême gauche (sa déroute, son obstination), Un couple épatant relate les doutes d’un couple bourgeois de province dans la même ville, dans le même temps. Opposition de préoccupation et d’univers qui porte l’empreinte politique de Lucas Belvaux. Après la vie, dénonciation du cynisme de notre époque, complète la troisième face de ce diamant de cinéma avec un couple détonnant, celui de l’inspecteur, et de la toxicomane, symbole d’une désespérance. 

 

Ensuite, la trilogie Belvaux est un formidable pari sur l’intelligence du spectateur. Si chaque film peut se voir seul, il prend quand on en voit plusieurs, une épaisseur tout autre. Certains personnages antipathiques dans un opus s’éclairent d’un tout autre jour quand on les voit dans un autre film. C’est le cas du policier qui dans Un couple épatant semble véreux, calculateur et borné et qui dans Après la vie apparaît comme un amant magnifique et un homme de valeur. C’est le cas du personnage joué par Dominique Blanc (dont la prestation est encore à noter) qui dans Cavale semble un personnage de toxicomane paumé et qui dans Après la vie prend une autre dimension incarnant une morale qui fait la part belle aux actes plutôt qu’aux discours. A travers la trilogie, c’est tout la question du point de vue au cinéma qui est posée et, par voie de conséquence, celle du jugement. On saluera également la formidable énergie des interprètes, tous remarquables. Reprenant à son compte, la morale du maître Jean Renoir (tout le monde a ses raisons) Lucas Belvaux livre une véritable œuvre de celles qui disent toute la complexité de la vie et toute la force de l’amour.

 



Né le 14 novembre 1961 à Namur (Belgique)
   
   
PARFOIS TROP D'AMOUR 1991
  Long métrage avec Joséphine Fresson, Bernard Mazzinghi et David Martin. Sortie mars 1993  
  POUR RIRE ! 1996
  Long métrage avec Ornella Muti, Jean-Pierre Léaud, Antoine Chappey et Tonie Marshall. Sortie janvier 1997  
  MÈRE DE TOXICO 2000
  Téléfilm pour M6 dans la collection "Combats de femmes".
Scénario d'Olivier Massart. Avec Valérie Mairesse et Jérémie Rénier.
 
 

Lucas Belvaux
Passe de trois réussie

Quand le cinéaste belge abat les cartes, cela donne trois plis : comédie, thriller, mélo. Une performance étonnante.

En ce début d'année, il est permis de prendre de bonnes résolutions. Découvrir par exemple le triptyque de Lucas Belvaux. Plutôt que de vous disperser, concentrez-vous sur cette passe de trois, aventure exceptionnelle et réussie qui fera date dans le cinéma français. Intrigante performance ! Un seul film est déjà un exploit. Belvaux, en six mois de tournage grenoblois, en a bouclé trois d'un coup : la comédie « Un couple épatant », le thriller « Cavale » et le mélodrame « Après la vie ». Trois films qui ne forment ni une trilogie chronologique à la « Marius », « Fanny », « César », ni un trio thématique façon « Bleu », « Blanc », « Rouge » de Kieslowski, ni même un seul récit raconté selon trois points de vue. Mais alors quoi ?

Il s'agit d'abord de personnages : principaux dans un opus, ils deviennent secondaires dans le suivant. Et réciproquement. La roue tourne, comme un manège. Jeu qui pour Belvaux n'en est pas un. « Qu'arrive-t-il aux personnages secondaires d'une fiction ? Ils ont aussi leurs vies. Pour les décrire, j'ai fait trois films où trois couples de personnages avancent tour à tour dans la lumière puis reculent dans l'ombre. » On devine chez Belvaux un calme résolu. Une rigueur austère mais aussi de la passion. Sans doute faut-il un peu de tout cela pour croire si fort aux pouvoirs du cinéma et de ses protagonistes. Rien pourtant, chez ce cinéaste belge de 40 ans, ne laissait présager un tel coup de force. Des débuts d'acteur chez Boisset, Rivette, Chabrol. Puis deux longs-métrages dont « Pour rire ! », comédie prometteuse revisitant le triangle amoureux, mais qui n'augurait pas d'une telle ambition.

Un ouvrage de haute précision

Six personnages, donc. Souvent inquiets, parfois tendres, toujours attachants. Ils alternent premier et second plan. Au centre d'« Un couple épatant », Alain - François Morel - et Cécile - Ornella Muti - : Cécile, persuadée qu'Alain la trompe, le fait suivre par un policier, Pascal - Gilbert Melki -, qui traque Bruno - Lucas Belvaux -, terroriste révolutionnaire évadé de prison. Bruno et Jeanne - Catherine Frot -, ex-sympathisante devenue collègue de Cécile, forment le couple principal de « Cavale » : dans sa fuite, Bruno demande de l'aide à Jeanne, elle aussi surveillée par Pascal. Bruno croise également Agnès - Dominique Blanc -, une amie de Cécile, épouse de Pascal et héroïnomane. « Après la vie » se focalise sur Agnès et Pascal, qui lui procure sa drogue en se fournissant auprès d'un parrain local. En échange, celui-ci exige de Pascal qu'il tue Bruno, gênant et dangereux. Tout se déroule en dix jours. Un ouvrage de haute précision.

Film après film, chaque histoire prend le pas sur l'autre. Un spectateur paresseux se contentera d'un seul volet : chaque film se suffit en effet à lui-même. Mais il se privera de l'écho troublant de trois récits qui se recoupent, s'éclairent et s'enrichissent. Certaines séquences reviennent d'un film à l'autre. Loin de faire doublon, les scènes revues ont un autre goût : tel personnage principal est devenu secondaire, l'éclairage, l'angle de vue, la musique ont changé. Tout est relativisé. Einstein fait soudain du cinéma.

Relativité, mais aussi contamination des genres : dans la comédie surgit la mélancolie du mélo ou la tension du thriller. Et vice versa. Quel que soit l'ordre. Mais quel ordre ? « Chaque nouveau film modifie la perception de ce qu'on a déjà vu, mais est aussi influencé par les films précédents », affirme le réalisateur, qui plaide pour une géométrie libre et variable. Avant d'avouer : « "Après la vie" a été conçu comme troisième film. »

On tient là une montée en puissance à apprécier en dernier. On s'est familiarisé avec le récit et les personnages. Parvenu à l'état d'excitation cérébrale et sensorielle maximale, on perçoit toujours plus de relations dans le temps, dans l'espace et entre les personnages. S'installe alors une fascinante communion avec Gilbert Melki et Dominique Blanc, tous deux bouleversants. Rarement on aura cru aussi bien à des personnages. Belvaux a réussi son pari, ingénu mais impérieux

François-Guillaume Lorrain / le point 10/01/03