
avec Daniel Brühl, Katrin Saß, Chulpan Khamatova
Distribution : Océan films – Allemagne– 2003 – 1h58 – sortie le 10 septembre
www.ocean-films.com/goodbyelenin/
Prix du film européen Berlin 2003
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Alex, 21 ans, jeune berlinois de l’Est, apprend la chute du Mur, alors que sa mère est hospitalisée dans le coma, à la suite d’un infarctus qui l’a terrassée alors qu’elle traversait la ville en plein bouleversement sans en connaître la raison . Sa mère a toujours été quelqu’un d’actif, participant avec enthousiasme à l’animation d’une chorale. Les mois passent et le coma ne cède pas. Pendant ce temps, la ville se transforme, les voitures occidentales sillonnent les rues, les publicités envahissent les murs. Au bout de huit mois, la mère d’Alex ouvre les yeux dans une ville qu’elle ne peut plus reconnaître. Alex veut absolument lui éviter un choc brutal que son cœur affaibli ne pourrait supporter…. et profitant de son alitement, avec l’aide de sa famille et de ses amis, il reconstruit autour d’elle son univers familier, convoque les jeunes chanteurs de la chorale qui ne chantent plus du tout les mêmes chansons, sollicite l’aide d’un ancien cosmonaute, héros du peuple, reconverti en chauffeur de taxi et s’efforce de faire revivre la RDA dans les 79 m2 de l’appartement, remis aux normes socialistes.. Pour Alex, tout ira bien tant qu’elle ne bougera pas de sa chambre…. |
Good Bye, Lenine est le film qu’on attendait sur la chute du mur de Berlin. Sans didactisme aucun, il décrit la fin d’une utopie. Lucide et intelligent, Good bye, Lénine frappe juste quand il s’attarde sur les efforts d’Alex pour faire durer le mensonge, par amour pour sa mère malade. Dès lors, aux situations comiques et tragiques à la fois, s’impose la question fondamentale du renoncement. A quoi la mère ne peut-elle renoncer ? Qu’est-ce qui faisait la RDA ? Par un subtil jeu de scénario, c’est une description tout à fait singulière qui fait de l’Ex-RDA. Un film étonnant et réjouissant.
refait le Mur
Par Antoine de BAECQUE / mercredi 10 septembre 2003 Libération Le film phénomène du printemps allemand déboule en France bardé de ses succès (6 millions de spectateurs outre-Rhin) et de sa réputation (une fable sur la nostalgie du communisme made in RDA). Il faut oublier les premiers et ne pas croire à la seconde : on peut voir alors Good Bye Lenin ! comme une petite comédie sur l'histoire non-résolue de la réunification allemande. Ce n'est ni une machine à fric, façon grosse production européenne, ni un manifeste de la nostalgie des républiques socialistes ; plutôt tout le contraire. Accusateur. Film fauché, Good Bye Lenin ! ne tient que sur ses acteurs. C'est une satire historique, dont aucun régime ne sort grandi. Ni celui de la RDA, dont les rites et la rhétorique semblent grotesques ou inutiles ; ni celui de la RFA, dont la cupidité et le cynisme sont pointés d'un doigt accusateur. Good Bye Lenin ! est un film qui joue juste et une fable qui rit jaune. Juste avant la chute du Mur, une cadre communiste (Katrin Sass, formidable, lire Libération du 4 juin), plantée par son mari passé à l'Ouest une douzaine d'années auparavant, s'évanouit dans la rue. Attaque cardiaque, coma, respiration artificielle. Quand elle se réveille, six mois plus tard, l'histoire a changé de camp. Mais les médecins sont formels : un choc trop rude pourrait lui être fatal. Ses enfants - un fils et une fille -, décident donc de recréer une mini-RDA, une utopie de régime, dans leur petit appartement, conservant ses teintes verdâtres et ses meubles en mauvais bois, pour que leur mère continue à manger ses cornichons, à écouter des chants socialistes, à dicter ses résolutions et ses slogans à la gloire de Karl Marx. Cette comédie n'est pas un blanc-seing : à aucun moment il n'est dit que la RDA, c'était mieux. Elle est plutôt l'occasion d'en rire, le prétexte à comédie : les jeunes Pionniers du communisme chantent en chemise blanche et foulard bleu, mais personne n'y croit. C'était très exactement le sentiment des Allemands de l'Est à la fin du régime communiste, une sorte de distance ironique, de fatalisme critique. Là réside la justesse de Good Bye Lenin !, film sarcastique quand il le faut, souvent émouvant, submergé par une nostalgie du temps qui passe, celle qui fait redéfiler l'enfance et l'adolescence avec la larme à l'oeil. Modeste et décalé. On peut reprocher ce sentimentalisme un peu fleur bleue au film de Wolfgang Becker, mais tout procès politique semble déplacé. Il va pourtant venir, faisant mousser sur le dos du public français ce film qui ne mérite ni chasse aux sorcières, ni recettes phénoménales. Good Bye Lenin ! mérite mieux : être vu pour ce qu'il est : un modeste essai sur un destin collectif, un regard décalé sur le sentiment d'être exclu de son siècle, un «film d'histoire» comme on ne sait plus en faire en France. |