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SWEET SIXTEEN de Ken Loach Royaume Uni - Distribution : Diaphana - Sortie le 11 décembre – 1h46 Avec Martin Compston, William Ruane, Annmarie Fulton, Michelle Abercromby Sélection officielle Cannes 2002
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Dans quelques jours, Liam aura 16 ans. Sa mère, Jean, qui est en prison, doit être libéré à temps pour l’anniversaire de son fils. Liaa compte bien saisir l’occasion pour que, cette fois enfin, tout se passe bien. Il rêve d’une famille comme il n’en a jamais eue et redoute l’influence de son grand-père, comme celle de Stan, le compagnon de Jean. Il veut un foyer, un endroit sur pour sa mère, sa sœur Chantelle et lui-même. Encore faut-il trouver l’argent et, pour un adolescent fauché, ce n’est pas une mince affaire. Avec ses copains, Liam enchaîne les combines mais, rapidement, les ennuis commencent. Liam sent bien que la situation devient grave et qu’il perd pied. Il faudrait partir pais peut-être est-il déjà trop tard.
Pour son nouvel opus, Ken Loach a choisi le cadre des quartiers déshérités d’une ville industrielle d’Ecosse (Greenock, près de Glasgow). C’est, pour lui, l’occasion de renouer avec le plus sensible de son art, celui qu’il déployait déjà dans Kes. Soit le portrait d’un adolescent, un laissé-pour-compte du " miracle libéral " britannique en rupture de socialisation. Sweet sixteen n’appartient pas à la veine " films-dossiers " mais plutôt à la veine " films-portraits ". Toujours avec ce regard qui n’appartient qu’à lui, Ken Loach donne à voir, dans la plus grande proximité, un personnage, bloc d’énergie, de détermination et de puissance (coup de chapeau à l’interprète principal du film Martin Compton) qui tente exister au milieu d’une architecture de béton et de bitume, parmi une famille déglinguée. Comme souvent chez Ken Loach, le personnage principal est à relier à son environnement familial et social. Liam, jeune adolescent porteur d’exigence de bonheur va utiliser tous les moyens (le trafic de drogue) pour parvenir à ses fins. Jusqu’où peut-on aller ? Tous les moyens sont-ils bons ? Telle est la question qui se pose à Liam et, par voie de conséquence, à Ken Loach. Avec Sweet sixteen, c’est toute une attention à la jeunesse qui se dessine, celle faite d’interrogations plutôt que de jugements.(circulaire 55/2002)
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"Sweet Sixteen" : les laissés-pour-compte du blairisme en quête de regard et d'avenir
LE MONDE | 22.05.02 |
Le réalisateur de "Raining Stones", Ken Loach, au-delà de la critique sociale.
Film britannique de Ken Loach. Avec Martin Compson, William Ruane, Annmarie Fulton, Michelle Coulter. (1 h 46.)
Des quartiers déshérités d'une ville industrielle d'Ecosse (Greenock, près de Glasgow) où survivent avec vaillance et violence les laissés-pour-compte du "miracle libéral" britannique, des adolescents en rupture de socialisation, des tours de vache joués au flic du coin, des trafics, des familles explosées, des coups, la came. A mesure que le film plante son décor et présente ses protagonistes, on se retrouve en terrain de connaissance : même si la ville a changé, l'univers social et affectif est bien toujours celui du Ken Loach de Raining Stones, de Ladybird et de My Name is Joe. La compétition cannoise comporte (légitimement) tant de noms d'habitués - ceux des "grands auteurs internationaux"- qu'à la vision de leurs œuvres de cette année, il est possible de les classer en trois catégories.
Il y a ceux qui donnent une nouvelle œuvre dans une veine déjà connue - ainsi Oliveira, dont il n'y a pas plus de raison de se plaindre que le sublime Principe de l'incertitude "ressemble à du Oliveira" qu'il y en aurait de s'offusquer lorsque Cézanne peignait un nouveau Cézanne. Il y a ceux qui changent de style, explorent une voie nouvelle (Assayas, Cronenberg). Et il y a ceux qui travaillent la variation au sein de leur approche globale (Elia Suleiman et Kiarostami, pour ne continuer à citer que des films déjà montrés, et très réussis). Il semble d'abord que le nouveau Loach se range fermement dans la première catégorie.
VOIE SANS ISSUE
Tandis que le jeune Liam se démène entre copains, gangsters, et membres de sa famille en lambeaux, le film paraîtra durant les trois quarts de son cours confirmer cette impression. On y retrouve la grande force de la "veine sociale" de l'auteur, la présence immédiatement forte des corps, des visages, des bâtiments : alliant une grande adresse dans le choix de ses interprètes et de ses lieux de tournage à une intensité peu commune de la puissance d'enregistrement de sa caméra, Ken Loach sait filmer une déambulation dans les ruelles, une virée à la campagne aspirée comme une goulée d'air, un face-à-face entre ados révoltés et adultes contaminés plus profondément par la corruption morale et le désespoir. Au sein de cette veine sociale et britannique (par opposition aux "grands sujets" - Fatherland, Hidden Agenda, Land and Freedom, Carla's Song, Bread and Roses - l'autre volet de l'œuvre de fiction du cinéaste), la réussite se joue essentiellement sur la fable que l'auteur entreprend, ou non, de faufiler dans ses chroniques. Celle de Sweet Sixteen est limpide : jusqu'à quel point est-il acceptable que ce garçon de 15 ans se fasse trafiquant de drogue intégré à une mafia pour aider sa mère à échapper à son destin de junkie, de taularde, de victime du beau-père, et pour réunir la famille en réconciliant Mummy et la grande sœur ? La vaillance du garçon et celle du réalisateur font de leur mieux pour faire avancer l'histoire, sans trouver ni l'un ni l'autre de solution satisfaisante.
Il faudra attendre pour comprendre que Sweet Sixteen appartient en fait à la troisième catégorie de films, celle du renouvellement à l'intérieur du genre : comme presque jamais auparavant (si on excepte le magnifique Ladybird, sans doute le plus beau film de Loach), il apparaît que la dénonciation ne concerne pas vraiment la situation matérielle et morale de Liam et des siens, mais le regard que le spectateur porte sur leur monde, sur la nature de ce qu'il tend à considérer comme "une bonne solution" pour eux tous. Ce dispositif critique, ouvert, généreux et dérangeant fait revenir ce qui est véritablement nié avec la "modernisation" à la mode Thatcher-Blair : l'existence d'une culture et l'espoir d'autres formes d'avenir que l'acceptation du conformisme consumériste.
Ce dispositif a beau devoir davantage au scénario qu'à la mise en scène, il n'en recèle pas moins un puissant appel à se demander de quel œil on regarde sur un écran l'inadmissible quotidien de millions de personnes, ici et maintenant. A Cannes peut-être encore plus, la question est d'une indéniable nécessité.
Jean-Michel Frodon
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Ken
Loach censuré pour 200 «fuck»
Son dernier film a été
interdit aux moins de 18 ans au Royaume-Uni.
Par Christophe BOLTANSKI /samedi 05 octobre 2002 / LIBERATION
Londres
de notre correspondant
es
adolescents défavorisés des environs de Glasgow ont prêté leurs voix
rocailleuses et leurs jurons à la dernière fresque sociale de Ken Loach,
Sweet Sixteen. Mais ils ne pourront pas s'entendre parler sur les écrans du
Royaume. La commission britannique de la censure, le British Board of Film
Classification (BBFC), a jugé leur langage «grossier». Et, à la colère
du réalisateur, interdit aux moins de 18 ans le film qui, au festival de
Cannes, a reçu le prix du meilleur scénario.
«Très agressif». Les censeurs de la couronne ont relevé qu'en 105 minutes, les acteurs, en majorité des non-professionnels, prononcent 200 fois le mot «fuck». Mais c'est surtout l'emploi de «cunt» (chatte) qui vaut cette mise à l'index. Un terme «très fort, très agressif», selon la commission, qui abrite sa décision derrière un sondage effectué auprès du public britannique. «S'il avait été utilisé à une seule occasion, nous aurions peut-être fixé la limite d'âge à 15 ans, mais il revient à vingt reprises», explique son porte-parole. Ken Loach dénonce un préjugé de classe : «Vous vouliez que je leur fasse dire "Juste ciel !", a-t-il lancé à l'un de ses détracteurs. C'est le parler de la rue, de la cour de récréation. La plupart des jeunes emploient ces mots plusieurs fois par jour (...) Ces gosses n'ont pas le droit d'entendre leur propre langage. Ils peuvent être choqués par le gore sanglant de la propagande américaine qu'ils sont autorisés à voir, mais pas par ce film.»
Réalité. Comme toujours, Ken Loach colle au plus près d'une réalité écossaise très éloignée des tartans et des cornemuses. Liam, le personnage principal, escamote et revend l'héroïne de son dealer de beau-père pour acheter un petit cottage à sa mère qui sort de prison. Le film, en salle jeudi au Royaume-Uni, sera sous-titré pour permettre aux Anglais de comprendre le dialecte de l'Ecosse industrielle. La population locale a été étroitement associée à la préparation du film. «Je me demande quel message le BBFC veut transmettre à ces gens en leur disant qu'ils tombent dans la même catégorie qu'un porno», s'insurge le metteur en scène. Plus direct, son scénariste Paul Laverty, lors de la première, a adressé à tous ses censeurs un geste interdit aux moins de 18 ans.