2h04 / 35 mm / 1.66 / couleur / Dolby SR, en arabe sous-t
2001 / Tunisie, France

Scénario : Khaled Ghorbal.

Interprétation : Awatef Jendoubi et Bagdadi Aoum.

MK2

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 Fatma a 17 ans. Sa mère est morte. Dans la maison, il y a son père, ses frères et ses sœurs. Et un cousin, Taher, hébergé pour quelque temps. Une nuit, son cousin la viole. La vie continue... mais Fatma ne rêve bientôt que d'une chose : aller étudier loin, à Tunis. Tunis. Fatma fait la connaissance de Mourad. Elle finit par être séduite et, un soir, elle fait l'amour avec lui. Fatma est reçue à ses examens. Elle décide pourtant, à nouveau, de partir. Elle quitte Mourad et arrête ses études. Zannouch. Fatma se fait conduire par son père dans ce village perdu, pour y être institutrice.
Surgit Aziz, un jeune médecin. C'est le coup de foudre. Fatma et Aziz se marient. Mais, avant la nuit de noces, Fatma décide de se faire recoudre l'hymen. Une opération bénigne selon le médecin, trois points de suture. Fatma et Aziz forment, en apparence, un couple parfait. Pourtant, Fatma n'est pas vraiment heureuse..

***.

" Venu à la mise en scène sur le tard, après combien de persévérance, Khaled Khorbal (ancien directeur de salle Art et Essai) nous livre là un portrait tout en retenue d’une femme victime malgré elle et définitivement. Dans une Tunisie qui oscille entre tradition et modernité, dans une Tunisie des villes et des campagnes, Fatma tente de construire son bonheur sur les séquelles d’une expérience douloureuse (le viol), une expérience qui à jamais la met du coté des intouchables. Loin de donner une image univoque de la Tunisie, Khaled Khorbal dénonce cette classe moyenne adoptant tous les signes de la réussite sociale à l’occidentale mais refusant d’évoluer sur la place de la femme et de son corps. Cette dénonciation passe par une esthétique de la retenue et de la mesure où violence du rejet (que Fatma subit) est d’autant plus effroyable : la caméra à la fin du film suit Fatma dans les rues de la ville. Elle est seule.(circulaire AFCAE)


Khaled Ghorbal
Né en 1950 en Tunisie.
Études théâtrales à Tunis, à Paris, puis à l'Ecole de Mime Jacques Lecoq. Directeur de la troupe de Théâtre de Sfax. Metteur en scène, scénariste et réalisateur. Réalise un court-métrage El Mokhtar (1996). Fatma est son premier long-métrage, présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes 2001.

"Cette histoire est basée sur des faits réels. (...) La femme tunisienne reste confrontée à l'urgence de la prise de parole, laquelle est le meilleur rempart à toute tentation d'un retour nostalgique à des pratiques d'asservissement de la femme......." Khaled Ghorbal

 
Fatma      www.CHRONICART.com 

Inspiré de faits réels -le viol d'une jeune Tunisienne à l'âge de 17 ans par son propre cousin-, Fatma aurait pu aisément sombrer dans la démonstration. Rien de plus facile, en effet, que d'utiliser ce fait divers pour élaborer une lourde thèse sur la condition de la femme arabe, son asservissement. Tout le contraire de la démarche adoptée par le cinéaste, Khaled Ghorbal, qui au-delà du factuel, de la dénonciation, s'intéresse avant tout à l'affrontement permanent entre l'intime et le social dans son pays.

Fatma (Awatef Jendoubi, très convaincante pour son premier rôle au cinéma) sait que la perte de sa virginité fait d'elle une "intouchable", elle opte donc pour le silence. Dès lors son histoire sera avant tout celle d'une prise de parole et de la réappropriation d'un corps. Un long et douloureux cheminement que le cinéaste sait filmer tout en retenue. Et à travers le parcours de Fatma se dessine progressivement le portrait en creux d'une Tunisie tiraillée entre modernité et réflexes archaïques. Oscillant entre ces deux pôles, le film ne cesse de se mouvoir d'un camp à l'autre, sans jamais s'attarder (à l'image de Samira, l'amie de Fatma, qui après avoir mené une vie insouciante à Tunis se voit, de retour dans sa famille, écrasée par les bouffées intégristes d'un frère). De ce mouvement naît un très beau film sur la contradiction, celle qui règne dans un pays où la classe moyenne adopte tous les signes extérieurs de la modernité et de la réussite à l'occidentale mais qui refuse d'évoluer réellement en ce qui concerne la place de la femme dans la société. Un comportement à la limite de la schizophrénie qui conduit à une pratique d'une éclatante hypocrisie : "les trois points de suture" (avant leur mariage plutôt que d'avouer qu'elles ne sont plus vierges, les femmes préfèrent se faire recoudre l'hymen). Le constat n'est pas spécialement optimiste -possibilité de libération il y a, même si elle conduit forcément à la solitude- mais Fatma, avec sobriété et intelligence, a le mérite de mettre les choses à plat.

Nathalie Piernaz

Lors du Festival de Cannes 2001, "Fatma" a reçu le Prix Art et Essai de la CICAE (Confédération internationale des Cinémas d'Art et d'Essai).

 

Le destin d'une jeune femme violée.
«Fatma», une vie de fuite
Par Antoine DE BAECQUE  Le mercredi 27 février 2002 libération

Ce film tunisien, mine de rien, avec ses plans simples et ses personnages forts, touche parfois à la densité romanesque des grandes sagas américaines : quelque chose du Parrain y croise subrepticement des sentiments arrachés aux êtres ballottés au fil d'Il était une fois en Amérique. Pourtant, nous sommes à Sfax, petite ville tunisienne : une jeune lycéenne, Fatma, est violée par son cousin, la nuit, dans la maison familiale. Elle n'en dira rien, cloîtrant dans son mutisme et ses regards noirs la meurtrissure intime. Awatef Jendoubi, la comédienne, excelle à cette retenue sourde, singulière beauté.

Le film raconte la vie quotidienne de cette jeune fille, ses travaux et ses jours, son père et ses frères. Fatma ne dit rien mais décide de fuir au plus vite cette famille qui ne la comprend pas. Vers Tunis, l'université et quelques rencontres de passage. Peureuse, elle s'y refuse longtemps ; abîmée, elle désire se réparer dans les bras d'un homme qu'elle ne trouve pas. Bientôt institutrice, en poste dans un petit village, c'est le médecin du coin qui la recueille, fruit mûr comme une offrande. Avant de l'épouser, cependant, elle tient à refermer son corps sur ce secret qui la mine et l'anime tout à la fois. Un chirurgien recoud son hymen, «trois points de suture»...

Vierge à nouveau, elle peut continuer à ne rien dire, comme le mensonge nécessaire à sa vie sociale, à sa vie de femme. Elle est une belle femme, désormais, accompagnant l'ascension de son mari, de médecin de province devenu médecin capital. Les belles robes, échancrées, rouge vif, succèdent aux voiles de la jeune fille, aux jeans de l'étudiante, mais le secret est toujours le même, là, assourdissant de silence. Elle se décide enfin à l'arracher, comme un défi, et parle à son mari pour se libérer, quitte à en payer le prix. Car il est lourd : la virginité est un trésor comme le pire des fardeaux. Répudiée, bannie, elle erre dans la ville quand le film se clôt. Film à thèse, film à thème, Fatma n'évite pas toujours les pièges de la démonstration. Mais, film d'un destin, Fatma ressemble à son héroïne : une vaillance à toute épreuve qui emporte l'histoire sur son passage.

 

Afin de mieux soutenir les films et de favoriser la fréquentation des salles adhérentes à l’AFCAE par le biais de rencontres avec le public, le groupe Action Promotion apporte son soutien sur ces deux films en finançant le déplacement des réalisateurs dans les petites et moyennes villes. Pour bénéficier de cette nouvelle procédure, il faut évidemment que la salle soit adhérente (et à jour de ses cotisations), que soit mise en place une tournée du réalisateur dans un minimum de trois salles et qu’une demande soit formulée auprès de l’équipe de l’AFCAE.

Contact : Malika Ait Gherbi, coordinatrice nationale