ÊTRE ET AVOIR

de Nicolas Philibert

France – Documentaire – 2002 – 1h44 – Couleurs - Sélection Cannes 2002

Distribution : Les Films du Losange Sortie le 28 août

www.etreetavoir.com

 

 

 

 

 

Il existe encore, un peu partout en France, ce qu'on appelle des "classes uniques" : de ces classes qui regroupent, autour du même maître ou d'une institutrice tous les enfants d'un même village, de la maternelle au CM2. Entre repli sur soi et ouverture au monde, ces petites troupes hétéroclites partagent la vie de tous les jours, pour le meilleur et pour le pire. C'est dans l'une d'elles, quelque part au coeur de l'Auvergne, que s'est tourné ce film.

" Une caméra dans une classe, voilà ce qui pourrait nous donner le sentiment du déjà vu tant cette situation est une de celles qui jalonnent toute l’histoire du cinéma. Dans Etre et avoir, Nicolas Philibert en offre une des plus réjouissantes qui soit rejoignant par là les grands maîtres (Vigo,Truffaut, Kiarostami). Contre toute attente, c’est d’abord la nature, son interaction avec le monde clos et chaud de la classe qui retient toute notre attention. Ce monde de la nature qui bouge, évolue au fil des saisons grâce au travail des parents que nous devinons, que nous voyons parfois. Cette nature immense et pourtant contrôlée comme chaque petit d’homme immense lui aussi et que la tâche de l’adulte est d’amener à un certain contrôle de soi. Présence de la nature permanente saison après saison aussi comme contrepoint au futur de ces enfants qui grandiront et partiront un jour…

Les enfants ensuite. Chacun d’entre eux est en devenir. Que deviendront-ils ? Personne ne peut le prédire mais une chose est sûre : on n’a pas idée comme grandir est difficile…comme être soi-même et vivre avec les autres sont difficiles. Le film Etre et avoir sans aucune démonstration le dit : une caméra tendue et pourtant souple, une caméra qu’on devine à peine, une caméra fondue dans la classe. Une attention pour les petites choses qui font les grands moments de la vie, ceux dont on se souvient tous, ceux qui sont à tous et à chacun en particulier : les mains barbouillés de crayon qu’il faut frotter avec l’éponge verte (du côté où ça gratte), l’ennui de finir un exercice, les demandes d’amour déguisés (es-tu mon copain ?, es-tu ma copine ?)… Quand on connaît le visage et le regard de Nicolas Philibert, on se dit que la caméra devait lui ressembler. Un montage qui construit une pensée et un espace : un lieu du partage sur l’écran. Plus le film avance, et plus les personnages nous donnent à nous spectateurs, plus on saisit cette peur de grandir qui se décline de personnages en personnage. On comprend alors l’obstination de Jojo à rester là où il est bien dans une enfance rêveuse et sans travail (lire, écrire et compter), on comprend alors la réserve de Nathalie, on comprend que nous aussi, on en est là et qu’on n’en a pas fini avec cette question là : entrer ou pas dans le monde ? participer ou pas à la société ?

Et puis, il y a les adultes. Comiques dans la résolution d’une multiplication un soir sur la table de la cuisine, maladroits parfois mais toujours volontaires, attentifs, présents pour les devoirs. On se dit finalement que tout le monde fait ce qu’il peut pour la réussite scolaire de ses enfants et que, sans doute, le vrai problème est ailleurs…Et puis il y a le personnage principal, le maître, celui qui tient comme le soleil les enfants dans sa splendeur. Un point de repère dont il faut se départir aussi. Plus qu’un adulte qui transmet un savoir, c’est un adulte qui donne la possibilité de la parole. Et c’est peut-être le plus beau cadeau qu’il fait à ces enfants. La scène entre les deux garçons en conflit, côte à côte, dans le même plan, est exemplaire. On comprend aussi dans la présentation tardive du maître racontant son enfance et sa famille que tout est là : dans cette conscience de l’adulte qui sait qu’un jour on lui a donné la possibilité d’être lui-même. Le maître a cette expression magnifique : parlant du soutien de ses parents quant au choix de son métier d’instituteur, il dit " Je me suis senti autorisé ". Se sentir autorisé, voilà bien une notion de vie mais aussi de cinéma. Se sentir autoriser à filmer… On retrouve là ce qui fait la beauté des films de Nicolas Philibert : filmer la parole… Une grande question de cinéma que ce cinéaste de grand talent affronte de film en film avec brio en en faisant l’essence même de sa méthode et de son discours. Chapeau ! "(circulaire 29/2002)

Malika Aït Gherbi   Coordinatrice nationale de l’AFCAE

Pour l’opération Nationale Un dimanche au cinéma

AFCAE/Fondation Gan pour le Cinéma le dimanche 1er septembre,

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Un dimanche au cinéma, mode d’emploi