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ENFIN
PRIS de
Pierre Carles, 2002,
France, 1h33 Distribution : Cara
M, Sortie le 2 octobre Avec
Jean Paul Abribat, Pierre Bourdieu, Pierre Carles, Serge Halimi |
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Le personnage de justicier incarné
par Pierre Carles dans Pas vu Pas pris, reprend du service. Après
les journalistes vedettes du petit écran, il prend cette fois-ci pour
cible les faux critiques de la télévision à travers la figure emblématique
de Daniel Schneidermann, animateur de l’émission de téléviion Arrêt
sur images. Vraifausse suite (et fin d’un cycle), Enfin pris,
qui creuse l’analyse des mécanismes de censure en œuvre à la télévision,
est aussi une réflexion sur la manière dont le pouvoir change les gens,
sur les ressorts intimes de l’ambition et de la fidélité. Une comédie
cruelle et mordante dont personne ne sort totalement indemne.
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Pierre Bourdieu Professeur-titulaire de la chaire de sociologie au Collège de France depuis 1981, Pierre Bourdieu est considéré comme celui qui a renouvelé la sociologie à partir des années 1960 • Dans les années 1990 et à partir des grèves de l'automne 1995, il s'est engagé publiquement aux côtés des mouvements de contestation de la mondialisation. Né le 1er août 1930 à Denguin (Pyrénées-atlantiques), dans une famille d'origine paysanne, Bourdieu, agrégé de philosophie, débute sa carrière comme professeur au lycée de Moulins (Allier) en 1955. Il enseigne ensuite à Alger (1958-1960), à Paris puis à Lille (Nord). De 1964 à 1980, Pierre Bourdieu est directeur d'études à l'Ecole pratique des hautes études, devenue d'Ecole des hautes études en sciences sociales. Il est parallèlement directeur de la revue Actes de la recherche en sciences sociales. Titulaire de la chaire de sociologie au Collège de France depuis 1981, Pierre Bourdieu avait acquis une certaine renommée dès 1964 en publiant avec Jean-Claude Passeron "Les Héritiers", un ouvrage qui, quatre ans avant Mai 68, formulait une critique fondamentale de l'enseignement supérieur français. Il a ensuite connu un franc succès public avec "La Misère du monde" (1993), une enquête sur la souffrance sociale. En 1996, il fonde l'association "Liber/Raisons d'agir", éditrice de petits livres militants dénonçant le néo-libéralisme, une lutte incessante qui lui tenait au coeur. Bourdieu avait ainsi soutenu la candidature de l’humoriste Coluche à l’élection présidentielle de 1980, puis apporté son soutien aux grévistes et aux sans-papiers en grève de la faim en 1995. Il avait également fondé le Comité international de soutien aux intellectuels algériens (Cisia). Il était notamment l’auteur de "La Distinction" (1979), "Ce que parler veut dire" (1982), "La Noblesse d'Etat" (1989), "Les règles de l'Art" (1992), "Sur la télévision" (1997) et "La Domination masculine" (1998). |
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pris ?" : tel est pris qui croyait prendre ? • LE MONDE | 01.10.02 | Enfin pris ? est le nouvel épisode de la croisade du trublion Pierre Carles contre la télévision. Homme de convictions, Pierre Carles défend depuis des années, avec un acharnement jamais démenti, l'idée selon laquelle le petit écran est la vitrine du pouvoir politique, donc réfractaire par définition à toute forme de subversion. Soit. Après s'en être pris aux journalistes de télévision dans Pas vu à la télé (1994) et Pas vu pas pris (1998), il s'attaque aujourd'hui aux émissions de critique du petit écran. Fidèle à une méthode dont il assume la malhonnêteté (seule stratégie possible face aux représentants d'un organe ontologiquement corrompu, soutenait-il dans Pas vu pas pris), il s'arroge la parole d'autrui par l'enregistrement de conversations téléphoniques et autres messages sur répondeur, auxquels il adjoint ses commentaires. Sans avoir le moindre droit de réponse, ses interlocuteurs font les frais de ce dispositif non démonstratif, exclusivement destiné à servir son opinion. Dans Enfin pris ?, Daniel Schneidermann, présentateur de l'émission "Arrêt sur images", chroniqueur au Monde et ancien collaborateur de Pierre Carles (ils ont coréalisé un documentaire sur la vie des élites en 1992), est pris pour cible. BOUFFONNERIE D'abord un bref retour sur le numéro d'"Arrêt sur images" consacré à Pierre Bourdieu, à la suite duquel le sociologue s'était estimé piégé par le dispositif, typiquement télévisuel, destiné à filtrer toute parole contrevenant au discours dominant. Après cette introduction efficace, on retrouve l'homme qui filmait les répondeurs dans son meilleur rôle, seul dans son bureau, au téléphone. Après une tentative avortée pour organiser un match retour entre Bourdieu et Schneidermann, quelques images tournées dans les locaux de France 5 montrent le présentateur en flagrant délit de non-contradiction vis-à-vis de Jean-Marie Messier. Dans la scène suivante, Carles, de retour dans son bureau, invite son ancien collaborateur à une séance de psychanalyse. Bien sûr, celui-ci refuse, et le film bascule alors dans une bouffonnerie aux relents de confessionnal loftien. Muni d'une caméra DV dans laquelle défilent des images d'archives de Schneidermann à différents moments de sa carrière, Carles s'installe dans le divan à sa place et commente son montage sous l'œil amusé d'un psychanalyste semblant tout droit sorti d'un dessin animé Disney. Contrairement à ce qu'obtient Michael Moore, autre documentariste-justicier auto-mis en scène, l'effet comique recherché disparaît ici, étouffé par la sinistrose du propos. Carles admettra finalement que c'est probablement par jalousie qu'il a fait ce film, mais suggère, pour s'en dédouaner, que les pires intentions produisent parfois les meilleurs résultats. Pas cette fois-ci en tout cas. Isabelle Regnier |