Royaume Uni - Distribution : Bac Distribution

 Sortie le 13 novembre – 2h08

Avec Timothy Spall, Lesley Manville,

Alison Garland , James Corden, Ruth Sheen, Marion Bailey

 

Sélection officielle Cannes 2002

 

L’amour de Penny pour Phil s’est tari et la joie s’est envolée de leur vie quotidienne. Gentil et plutôt philosophe, Phil est chauffeur de taxi. Penny est caissière dans un supermarché. Leur fille Rachel fait le ménage dans une maison de retraite, tandis que son frère Rory, vit mal son chômage. Quand Rory doit être hospitalisé d’urgence, Phil et Penny se retrouvent et redécouvrent leur amour.

 
La peinture sans idéologie des habitants d'une cité prolétaire, par le réalisateur britannique Mike Leigh.

 


"All or Nothing" : portraits de paumés dans une Angleterre en crise profonde LE MONDE | 18.05.02 
 
Mike Leigh n'est pas Woody Allen. Encore que l'humour à froid du réalisateur anglais, cette manière sereine d'envisager le désespoir, en fasse moins un cousin de Ken Loach, enfermé dans cette veine du réalisme social anglais, qui a pourtant fait son image de marque, de Bleak Moments à Naked, qu'un héritier direct d'Ernst Lubitsch. C'est donc à l'aune de The Shop Around the Corner, où Lubitsch décrivait avec acuité la précarité des habitants d'un petit quartier de Budapest et la menace diffuse qui pesait sur leur emploi, qu'il faut regarder les personnages de la cité-dortoir londonienne de All or Nothing.

On aurait tort de se priver d'un moment de comédie aussi bien écrit que cette séquence du début de All or Nothing. Phil, un chauffeur de taxi dépressif, donne à sa femme un immense sac en plastique rempli de pains pour hamburgers remis par un client, qui a payé sa course en nature. "Comment va-t-on faire pour garder aussi longtemps ces pains sans devoir les jeter ?" Bonne question, qui trouve immédiatement sa réponse sur la date de péremption inscrite sur l'emballage : ces pains restent valables cinq mois ! Mais cette question en appelle une autre. Si ces pains se conservent aussi longtemps, c'est par une adjonction de produits chimiques aux noms ésotériques, synonymes de poison pour le consommateur angoissé. Cette angoisse trouve rapidement sa traduction à l'écran. Il suffit pour cela de jeter un regard sur la progéniture de Phil : Rachel, employée dans une maison de retraite, souffre d'obésité maladive ; Rory, son frère, encore plus massif, mange comme quatre et avale sa nourriture tel un aspirateur, avant de s'allonger sur le divan pour regarder une télévision qu'il ne quitte pour ainsi dire jamais.

All or Nothing multiplie à l'infini les portraits déprimants d'une Angleterre prolétaire rongée par le libéralisme, heurtée de plein fouet par le thatchérisme, déprimée par le blairisme et gavée de junk food et d'alcool. D'où l'absurdité apparente d'un titre, All or Nothing (Tout ou rien), qui semble poser une alternative là où, précisément, il n'y en a pas. Regardez les autres voisins de palier de la cité, et vous ne trouverez qu'une somme de destins à l'horizon bouché, de personnages prostrés qui ne possèdent même plus les mots pour décrire leur misère : Carol, une mère alcoolique ; Samantha, sa fille au chômage ; Craig, un garçon paumé qui passe ses journées à la scruter au milieu du terrain de jeu de la cité ; Donna, une serveuse dans une cafétéria régulièrement tabassée par Jason, son petit ami, qui lui tape encore plus fort dessus quand il apprend sa grossesse.

L'IMAGINAIRE COMME ENJEU

S'il comprend une dimension critique, le cinéma social de Mike Leigh - c'est sa grande force - n'est jamais soumis à une idéologie. Il préfère construire des personnages que faire passer un message. La capacité du réalisateur à maîtriser un aussi grand ensemble de personnages, d'où émerge le chauffeur de taxi interprété par un Timothy Spall exceptionnel, et à montrer des vies sans cesse plus complexes, n'a d'égale que celle, peut-être, de Robert Altman. Il est frappant de voir à quel point le film précédent de Mike Leigh, Topsy-Turvy, consacré aux deux compositeurs d'opérettes Gilbert et George, rejoint, dans ses préoccupations, All or Nothing, pourtant a priori si différent.

Le malaise existentiel envisagé par Mike Leigh ne se réduit jamais à un problème de classe. Dans Topsy-Turvy, c'est en repoussant les limites de leur imaginaire, en regardant du côté du Japon, que les deux musiciens trouvent une solution à leur impasse créatrice. L'imaginaire est le principal enjeu de All or Nothing. Il se trouve dans les romans que dévore Rachel la nuit tombée, dans ces chansons qu'interprète à la perfection Penny dans un karaoké de fortune, sur ce bord de mer où se rend Phil entre deux courses, ou encore dans ce moment très fort où Helen réalise qu'elle va devenir une mère. A ce moment précis, ils possèdent tout. Mike Leigh a su dans ce film admirable transformer leur quotidien en légende. Samuel Blumenfeld

Photos de 'All or nothing'

"A l’instar de son compatriote Ken Loach, Mike Leigh replonge dans le quotidien de la working class pour dessiner plusieurs portraits. En arrière-plan, des HLM crasseux et tristes où la vie ne peut plus s'accrocher à rien, additionnée dans des carrés de béton où chacun vivote, résigné et meurtri. En gros plans, quelques caractères qui entourent Phil et Jenny : la nymphette allumeuse qui guette le mec d’une autre, la mère qui s’évade et s’abrutit dans l’alcool, la fille qui tombe enceinte avant d’être rejetée par son amant, un demeuré amoureux, des gosses qui s’amusent, des vieux qui attendent de mourir, des passagers pressés ou maniaques… Mike Leigh ne nous épargne rien. (…) Il faut un choc pour réveiller tout cela. Alors il leur invente à leur mesure. Le fils de Phil et Penny a un malaise. Face à ce nouvel événement, de la disgrâce peut parfois naître la grâce, murmure ce film lumineux."  Le Figaro, mai 2002"