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ADOLPHE
Benoît Jacquot Avec Isabelle Adjani, Stanilas Merhar, Jean Yanne - Sortie le 30 octobre – 1h42 |
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Distribution : ARP Sélection
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Adolphe,
24 ans, jeune homme désœuvré, décide d'entreprendre la conquête d'Ellénore,
la trentaine, une femme très belle et bien plus vulnérable.
ENTRETIEN De quand date votre découverte d'"Adolphe" ? Benoît Jacquot : Je l'avais lu une première
fois, à seize ans et cette lecture m'avait laissé une impression forte
qui intervenait au moment où mon envie de mettre en scène des films
s'affirmait. J'ai relu ce livre deux ou trois ans après, avec l'idée de
voir quel film on pourrait en faire. Mais à ce moment là, il y a eu une
adaptation contemporaine de ce livre, plutôt ratée, qui m'a ôté toute
envie d'essayer de le faire moi-même. Ensuite, plus tard, je l'ai relu
encore une fois parce que je l'avais donné à lire à une femme que
j'aimais, et donc je l'ai relu, pour voir ce qu'elle allait lire. Je me
suis alors rendu compte que c'était un livre dangereux pour tout le
monde, autant pour celui qui l'offre que pour celle qui le reçoit. C'est
un de ces objets écrits qui ne laisse pas indemne, qui ne laisse rien
intact après sa lecture. Vous avez accepté, parce que c'était le bon moment dans votre vie ? Benoît Jacquot : C'est le désir d'Isabelle, le fait qu'elle me le propose qui m'a fait accepter. Déjà, le fait que ce soit elle, une actrice de cette stature, qui me propose un roman qui s'appelle "Adolphe", dans lequel elle n'a pas le rôle titre, était intéressant. Bien sûr, il y a quelque chose d'oblique à l'œuvre dans le livre, et le biais cinématographique pour adapter ce livre est de la prendre elle, Ellénore-Isabelle, comme objet. Et au cinéma, l'objet c'est le sujet. Elle le savait, c'est son intelligence, et c'est à cette intelligence, immédiatement sensible chez elle, que je m'en suis remis. Entre Adolphe et Ellénore, où avez-vous placé votre regard ? Benoît Jacquot : Moi je me suis mis dans le dos du garçon, pour tenter d'apprendre quelque chose sur la fille. Le film est un peu fait comme ça. Je suis derrière Adolphe, pour tenter d'en savoir plus long que lui sur cette fille qui va l'aveugler : tandis qu'Adolphe ne verra rien, moi, qui suis derrière lui, je peux sans doute voir quelque chose, et faire voir quelque chose. Comment expliquer que ce livre ne soit pas aussi connu que "Les liaisons dangereuses", par exemple ? Benoît Jacquot : Ce livre jouit d'une notoriété secrète. Jusqu'à Proust non compris, - et "Adolphe" est un peu en mince ce que "La recherche…" est en énorme -, jamais avant dans la littérature française, quelqu'un ne s'était aventuré aussi profond dans le corps des sentiments, comme ce livre qui avance jusqu'à l'os. C'était crucial pour Constant d'écrire ce livre, et il est d'une grande honnêteté. En même temps, il y a, comme chez Rousseau, une façon de se montrer du doigt en coupable qui l'innocente et le valorise. C'est très masculin, ce désir de se rendre intéressant, comme Adolphe, qui veut se rendre intéressant à ses propres yeux. Il le dit au début du livre : il est dans une sorte de vacance de lui même, et, pour se rendre intéressant, il décide de conquérir une femme imprenable. Mais dès qu'il la possède, il sent bien que cela n'a aucun intérêt, et il ne sait plus pourquoi il est là, il ne sait plus quoi faire de son corps avec cette femme. Pourtant, il est irrésistible pour une femme, par sa vulnérabilité, cette façon d'être absent de lui même, d'avoir à la fois besoin d'être séduit et protégé. Comment adapter une oeuvre réputée inadaptable ? Benoît Jacquot : Le piège pour moi est toujours le même, quand il s'agit d'une adaptation. Avec Fabrice Roger-Lacan, on a écrit ce scénario comme un point de ralliement, en se gardant la liberté de tourner ce que le livre nous inspirait. De même qu'on chevauche un cheval à cru, on a chevauché ce livre sans la selle de l'adaptation. Le scénario était un instrument qui dessinait la figure du roman, sans essayer de "faire cinéma", donc, ne pas prétendre oublier le livre, au contraire, le prendre dans le sens du poil. Fabrice s'occupait essentiellement des dialogues et moi de la construction. Au départ, on craignait que la voix-off soit littéraire, donc, anti-cinématographique, mais on a vite compris qu'elle a en fait une fonction dramaturgique irremplaçable. Puisque je me plaçais derrière Adolphe, il fallait que je l'entende pour pouvoir le suivre. Ce qu'il dit dans la langue de Constant, - ce qui n'est pas n'importe quelle langue ! -, réagit sur ce que je suis en train de montrer et donne du relief au sentiment. Balzac disait que ce livre est hermaphrodite... Benoît Jacquot : Moi qui prenait cette œuvre pour le livre définitif sur l'humanité masculine, je me suis aperçu, Isabelle et le film aidants - et c'est à peu près la même chose, Isabelle et le film - je me suis aperçu que quelque chose passe par cet Adolphe qui permet de montrer une femme sous un jour inédit. Certaines femmes qui ont vu le film voient dans Ellénore une réminiscence d'Anna Karénine, ou de la Cathy des Hauts de Hurlevent, c'est aussi Isabelle qui apporte quelque chose de ces héroïnes romanesques. Je ne sais pas quel effet la lecture de ce livre a sur les femmes. Sur les hommes, n'importe quel garçon plus ou moins jeune ressent de l'effroi mais aussi une certaine jubilation. Si on peut faire souffrir jusque là, quelle force on a ! C'est très documentaire sur les hommes, et à ce titre, cela peut fasciner les femmes. Adolphe, c'est Constant lui même, tandis qu'Ellénore est une fiction, composée à partir de plusieurs femmes que Constant a connues. Les hommes croient toujours que les femmes trouvent une certaine jouissance à être malheureuses. Ils ne comprennent leur erreur que lorsqu'il est trop tard. C'est ce que raconte Adolphe, le trop tard du réel des femmes pour les hommes, et comment ils sont toujours pris de cours. Est-ce que la lecture de ce livre rend meilleur, ou plus vigilant ? Benoît Jacquot : Il rend plus vigilant, car il met l'accent comme rarement sur des points charnière de l'existence qu'on préfère passer. Mettre ces points là en lumière devrait rendre plus vigilant, les hommes en tout cas. Les femmes ne sont jamais vigilantes. Les femmes lisent ce livre et s'engouffrent ensuite dans ce type d'histoire, persuadées qu'elles sauront relever le défi. La grande différence, c'est la faculté d'oubli qu'ont les hommes, et que n'ont surtout pas les femmes. Pour Adolphe, ce qu'il dit et ce qu'il écrit est sans conséquence, alors que chaque mot est pour Ellénore comme une marque de feu. Chez Adolphe comme souvent chez les hommes, les sincérités sont successives. On dit des femmes qu'elles sont changeantes, alors que profondément, ce sont les hommes qui changent. Le protocole social, la langue sociale font que toute la vérité des sentiments est comme inversée. Pour aimer, il faut retourner le discours convenu comme un gant. C'est ce que fera Ellénore, et ce qu'Adolphe ne parviendra jamais à faire. Ce film semble être d'une autre nature que vos films précédents... Benoît Jacquot : Je n'étais absolument pas sûr du résultat, du rendu du film, en le tournant. Plan par plan, je savais très bien ce que je voulais faire, mais je n'avais aucune idée précise de l'ensemble. Je me laissais souvent faire par ce qui se déroulait dans la journée, sur le plateau, je restais ouvert à ce qui pouvait arriver. J'avais le sentiment qu'avec ce livre là, plutôt que d'essayer de contraindre l'arbre, il fallait commencer par regarder comment il poussait naturellement avant de le tailler. De fait ce film est sans doute plus vibrant que les autres. C'est peut-être simplement que son cœur bat plus vite. Entretien réalisé par Michèle Halberstadt
L'image ENTRETIEN Comment Benoît Jacquot vous a t-il parlé de ce film ? Benoît Delhomme : La première fois que
Benoît m'a présenté ce projet, je n'avais pas encore lu le livre de
Benjamin Constant, et le scénario était en tout début d'écriture. Benoît
m'a beaucoup intrigué lorsqu'il m'a dit qu'il désirait que le film
terminé semble quasiment à "l'état de rushes", que les plans
soient comme issus d'une intense prise unique à laquelle on aurait
seulement enlevé le clap. Je pense qu'il voulait trouver le moyen de
conserver cet état d'étonnement constant, ce sentiment de re-découverte,
cette fébrilité, que génère la vision quotidienne des rushes pendant
un tournage. Il y avait en un sens quelque chose d'impossible à atteindre
dans ce concept esthétique. Mais c'est exactement grâce à ce genre de
commande qu'un metteur en scène vous porte dans l'énergie du film à
faire, et vous dirige vers la direction qu'il souhaite prendre. Je préfère
qu'il ne subsiste qu'une trace subtile de cette idée dans le film terminé,
plutôt qu'un dispositif trop expérimental. Comment s'est déroulé le tournage ? Benoît Delhomme : J'ai retrouvé, comme
sur "Sade", ce plaisir de travailler avec un metteur en scène
qui sait exactement "où aller". Jour après jour, le tournage
doit apporter la confirmation que tout ce qui était déjà là, dans sa tête,
fonctionne en tant que film. La vraie difficulté vient du fait que comme
Benoît Jacquot ne cherche pas sur le plateau, il avance très vite, et,
en quelque sorte, il vous force à trouver des solutions fulgurantes pour
le suivre. Comment avez-vous abordé l'image de ce film ? Benoît Delhomme : J'ai tout de suite été
frappé par la très grande complexité psychologique du roman et la très
grande abstraction des situations géographiques et temporelles. Constant
évite bien précautionneusement de livrer des images, des descriptions
trop précises : il laisse toute la place à ses deux portraits "vus
de l'intérieur" : Adolphe et Ellénore… En un sens ce livre paraît
très mental, très peu visuel et pourtant, il suffit de lire : "un
château en France" ou "un château en Pologne" et des
images très différentes arrivent à votre cerveau. Que vous inspire la vision du film, aujourd'hui ? Benoît Delhomme : Je suis heureux que ce film soit aussi fiévreux, hanté, abstrait, intemporel, irréel et violent que le roman de Constant.
FILMOGRAPHIE
1991 Madame Bovary Claude Chabrol 1992 Le bal des casse-pieds Yves Robert Indochine Régis Wargnier 1993 La sévillane Jean-Philippe Toussaint Pétain Jean Marboeuf Profil bas Claude Zidi 1994 Chacun pour toi Jean-Michel Ribes Regarde les hommes tomber Jacques Audiard 1995 Le hussard sur le toit Jean-Paul Rappeneau 1996 Fallait pas ! Gérard Jugnot La belle verte Coline Serreau Des nouvelles du bon Dieu Didier Le Pecheur Enfants de salaud Tonie Marshall Désiré Bernard Murat Beaumarchais l'insolent Edouard Molinaro 1997 Tenue correcte exigée Philippe Lioret 1999 Je règle mon pas sur le pas de mon père Rémi Waterhouse Belle maman Gabriel Aghion 2000 Les acteurs Bertrand Blier 2001 Le pacte des loups Christophe Gans 2002 Adolphe Benoît Jacquot ROMAIN DURIS - D'ERFEUIL 1994 Le péril jeune Cédric Klapisch Mademoiselle personne Pascale Bailly 1996 Mémoire d'un jeune con Patrick Aurignac Chacun cherche son chat Cédric Klapisch 1997 Dobermann Jan Kounen Gadjo Dilo Tony Gatlif Déjà mort Olivier Dahan 1998 La cigogne Tony Gatlif Les kidnappeurs Graham Guit 1999 Peut-être Cédric Klapisch 2000 Le petit poucet Olivier Dahan Being light Jean-Marc Barr Pascal Arnold Schimkent Hotel Charles de Meaux C.Q Roman Coppola 2001 L'auberge espagnole Cédric Klapisch 17 fois Cécile Cassard Christophe Honoré 2002 Adolphe Benoît Jacquot
ADOLPHE © ARP - FRANCE 3 CINEMA 2002 Durée : 1h42
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