Réalisation : Ken Loach
Scénario : Rob Dawber
Image : Barry Ackroyd Mike Eley
Montage : Jonathan Morris
Musique : Georges Fenton
Interprétation : Joe Duttine, Steve Huison, Tom Craig, Dean Andrews, Venn Tracey, 

Grande Bretagne-Allemagne-Espagne/ 2001/ couleur/ 35mm/ 1h32


Distribution : Diaphana Distribution

Paul, Mick, Len et Gerry travaillent au dépôt de chemins de fer de Sheffield, dans le Yorkshire. Ils s'occupent de l'entretien et de la signalisation des voies. Malgré les difficultés quotidiennes, l'ambiance est bonne et tout le monde travaille main dans la main. C'est Len, le plus âgé du groupe, qui dirige les opérations. Il a passé toute sa vie à travailler six jours par semaine sur les voies ferrées. Gerry, délégué syndical, s'active à améliorer le quotidien des employés mais la direction n'est pas particulièrement coopérante. C'est en arrivant un matin au dépôt que tous apprennent la privatisation des chemins de fer. Le travail est désormais partagé entre sociétés privées concurrentes. Lors d'un séminaire, un film d'entreprise annonce triomphalement aux ouvriers que la privatisation, source de nouvelles richesses, offrira à chacun la garantie de son emploi au sein du nouveau système. Paul, Mick, Len et Gerry sont plutôt sceptiques et pensent aux répercussions immédiates sur leur travail de tous les jours. Très vite, ils deviennent aux yeux de la nouvelle direction des "semeurs de troubles".

 

"Suivre les personnages sur leur lieu de travail, c'est un moyen trop souvent sous-exploité de montrer comment ils fonctionnent ensemble et comment ils réagissent aux conflits." (…) "Les ouvriers sont obligés d'entrer en compétition les uns avec les autres. Ça détruit toute solidarité. C'est ce qui se passe dans presque toutes les industries en Europe." Ces quelques propos de Ken Loach résume bien la tonalité et l’enjeu du nouvel opus d’un des plus grands cinéastes anglais. A partir d’un exemple typiquement britannique, la privatisation des chemins de fer anglais, (qui risque de devenir européen) Ken Loach continue de tracer son sillon : une attention fine et précise de la vie des petites gens dans une apparente simplicité de narration où le rire côtoie la cruauté des situations (licenciement, rapports de force, renoncement, quotidien du monde du travail…). Certains peut-être penseront que c’est un film de Ken Loach de plus. Mais ce serait oublier qu’il y a peu de cinéastes au monde dont l’œuvre entière constitue un véritable témoignage sociologique, économique et politique de son pays.

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Ken Loach est le grand cinéaste des problèmes sociaux de l'Angleterre, il aborde l'actualité avec une sagacité et une pertinence qui font de lui un grand témoin de la crise économique anglaise et des conséquences de la politique érigée par la Dame de fer, témoin qui restera parmi les plus lucides et les plus engagés dans un combat en faveur de la classe ouvrière de son temps.

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À la Mostra de Venise, Ken Loach, le militant, s'en prend au gouvernement Blair Le lundi 03 septembre 2001 AFP

Le cinéaste britannique Ken Loach, qui présente «The Navigators», en compétition pour le Lion d'or à la Mostra de Venise, un film consacré aux travailleurs du rail victimes de la privatisation, s'en est pris lundi au gouvernement de Tony Blair «qui soutient les grandes corporations».

«C'est un moment critique pour la classe ouvrière», a déclaré, très applaudi, le réalisateur engagé de «Bread and roses», «My name is Joe» ou «Raining stones». Les syndicats sont «dans la poche du gouvernement. Ils ont cessé d'être la force qu'ils étaient autrefois. Leurs dirigeants ont abandonné le champ de bataille».

«Qui organisera la résistance?», a demandé Ken Loach, prêt à transformer la conférence de presse du Lido, rituelle et minutée, en un meeting politique. Un jeune représentant du Forum Social de Gênes, le mouvement qui a organisé les manifestations lors du sommet du G8, en juillet dernier, a d'ailleurs pris la parole affirmant «ce n'est pas fini. Cet automne, il y aura des manifestations dans les rues et aucune interdiction ne pourra l'empêcher, cher Berlusconi» (le chef du gouvernement italien).
Pour le réalisateur britannique, le «vieux projet social-démocrate, où coexistaient entreprises privées et nationalisées, n'existe plus. Il est mort». La privatisation et la place croissante des corporations dans nos vie «ont détruit une grande partie du tissu social», a souligné Ken Loach, évoquant la pénurie d'enseignants et d'infirmières au Royaume-Uni.
Le cinéaste a précisé qu'il avait commencé à faire des recherches à Glasgow pour un nouveau projet de film. «J'y ai rencontré des adolescents de 16, 17 ans, qui sont censés être au collège et qui travaillent à temps partiel comme des adultes parce que leurs parents sont au chômage. Mais ils sont sous-payés, parce qu'ils sont trop jeunes», a-t-il dit.
Ken Loach a aussi évoqué le destin tragique de Rob Dawber, 44 ans, le scénariste du film, mort au début de l'année, victime de l'amiante. Il avait travaillé pendant 17 ans dans les chemins de fer britanniques et il a été licencié au moment de la privatisation. C'est lui qui a pris l'initiative d'écrire au réalisateur pour lui parler de son expérience du rail.Le jour où on lui a demandé de travailler pour nous sur ce scénario, son médecin lui a appris qu'il était condamné, a raconté Ken Loach, précisant qu'il avait pu voir le film avant de mourir.

58E MOSTRA DE VENISE

Caméras au poing levé

Par DIDIER PÉRON Le mardi 4 septembre 2001 Libération

Social britannique. Le nouveau film de Ken Loach, The Navigators, est tout à fait raccord avec cette volonté d'y voir plus clair dans les enchaînements des causes et des effets de plus en plus inéluctables entre, d'un côté, la mise en place d'un ordre libéral et, de l'autre, des hommes et des femmes instrumentalisés et privés de toute possibilité de revendication. L'histoire se situe dans le milieu ferroviaire britannique au moment de la privatisation du réseau national. Suppression des acquis sociaux, flexibilité ubuesque des horaires, manquements graves aux consignes de sécurité par pur souci de rentabilité, intériorisation progressive par les individus des lois du marché comme autant de petits Traités de la servitude volontaire, le film, tragi-comique, resserré, est proche du Loach de Riff-Raff (1991). Abandonnant sa tendance souvent roublarde à appuyer à fond sur le champignon du mélo, le cinéaste refuse d'exhausser le naturalisme social au rang de grand spectacle sacrificiel. Du coup, le film est moins immédiatement payant mais le spectateur ne se retrouve pas dans la position paradoxale d'être manipulé au nom d'une dénonciation de tout ce qui socialement déjà nous manipule. Le scénario a été écrit par Rob Dawber, employé pendant dix-huit ans à la British Rail à Sheffield (Yorkshire). Il est mort en février dernier des suites des cancers provoqués par l'exposition à de l'amiante pendant ces années de travail au chemin de fer. Il a porté l'affaire devant les tribunaux qui ont reconnu la responsabilité de ses patrons dans la maladie. Le fatalisme mélancolique du film porte évidemment la trace de ce deuil.Filmographie :


1965 : Up the Junction

1965 : The End of Arthur's marriage
1965 : The coming out party
1966 : Poor Cow
1969 : Kes
1971 : Family Life
1979 : Black Jack
1981 : Looks and Smiles
1986 : Fatherland
1990 : Hidden Agenda
1991 : Riff-Raff
1993 : Raining stones
1994 : Ladybird, Ladybird
1995 : Land and Freedom
1996 : Carla's Song
1998 : My Name Is Joe
2000 : Bread and Roses
2001 : The Navigators