Quand on sera grand

Renaud Cohen

 

avec Mathieu Demy

 

Distributeur : Océan Films www.ocean-films.com

sortie le 25/04

Simon, trente ans, jongle dans la vie avec ses problèmes. Il est partagé entre son métier de journaliste à Tabac Magazine, sa copine Christine avec laquelle il ne parvient pas à avoir un enfant et ses amis Fabrice, Léa et Roché.

Du coté de sa famille, juive séfarade, il y aurait quelque compte à régler avec son père psy. Mais Simon prend surtout soin de sa grand-mère qui perd la tête et rend la vie impossible à son entourage. La rencontre avec Claire , sa jeune voisine enceinte et délaissée par son mari, va donner un tour d’imprévu à son existence...

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Je voulais parler de tous ces conflits d'ordre familial, amoureux ou bien amical que l'on rencontre, de ces malheurs et de ces épreuves que les gens traversent et qui sont parfois plus dévastateurs qu'on ne le pense. En même temps, ce n'est pas non plus dans mon caractère de ne raconter que des choses tristes ou dures. Le seul moyen pour rendre la vie plus supportable c'est d'essayer d'avoir sur elle un regard décalé et humoristique. Par pudeur aussi. C'est ce que j'ai voulu faire avec ce film. J'aime mêler l'humour et la gravité. D'ailleurs, la profondeur du rire vient souvent de la gravité de ce qu’on raconte… Renaud Cohen

Premier film, sensible et prometteur, de Renaud Cohen.
Un ami de trente ans
  

 


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Avec Quand on sera grand, Renaud Cohen va au plus simple, au plus immédiat lorsqu'on a une trentaine d'années et que l'on réalise son premier film: parler de ses copains, de ses amours, dresser à grands traits son premier bilan existentiel, tenir la chronique de ses appréhensions (paternité, boulot, responsabilités). Et fixer ce sentiment naissant et encore flou que le temps passe, et que, si la jeunesse est encore là, malgré tout, lentement, elle s'écoule. Le propos est familier et l'ambition, modeste. Mais à l'intérieur des limites, forcément un peu étroites, qu'il se trace, Renaud Cohen touche juste.

Simon (Matthieu Demy) a 30 ans. Il est reporter à Tabac magazine. Il vit avec une fille installée en province, et il ne la voit donc qu'à intervalles espacés. Il n'arrive pas à avoir avec elle un enfant ­ sans savoir si cette impossibilité tient à lui ou à elle. Il communique mal avec son père psychanalyste. Il est le seul, en revanche, à supporter les frasques de sa grand-mère, atteinte de la maladie d'Alzheimer. Enfin, il s'intéresse de près à sa charmante voisine, délaissée par son mari depuis le début de sa grossesse.

Alchimie. Bref, tout dans sa vie est un peu flottant et mal assuré. Simon n'est pas tout à fait sûr d'être un adulte, c'est un Antoine Doinel d'aujourd'hui. Le personnage, vraiment attachant, n'existerait pas avec autant d'évidence sans la grâce fragile de Matthieu Demy, son air endormi et lunaire, mi-Claude Melki mi-Gaston la Gaffe. Renaud Cohen manifeste une envie constante de le filmer, d'écrire des scènes à son tempo, de jouer avec sa façon toute particulière de ne manifester aucune réaction sinon une mine vaguement ahurie, l'œil un peu rond et le visage impassible (en contrechamp de n'importe quelle action, l'effet comique est immédiat). Entre l'acteur atypique et le cinéaste débutant, une rencontre a lieu et quelque chose d'un peu électrique circule (probablement de l'ordre de la reconnaissance réciproque).

Malgré cette alchimie, Quand on sera grand n'est pourtant pas un film à un seul personnage. A ce portrait en plan serré de garçon, Cohen combine celui en plan large d'un petit groupe humain, et réussit à tenir l'un sans lâcher l'autre.

Petite humanité. Autour de Simon, d'autres expériences dessinent des contrechamps, des lignes de fuite, d'autres perspectives. On y voit à la fois une naissance et une mort, de l'hétérosexualité et de l'homosexualité, des juifs et des Arabes, des Français et des Portugais, des couples qui se prennent la tête et des célibataires qui rament, des jeunes et des vieux... Sans jamais tomber dans le catalogue énumératif, Renaud Cohen dessine une petite humanité grouillante, rassemblant en miniature la somme des expériences quotidiennes. Le film séduit par ce goût du brassage, ce sens naturel du métissage et de la pluralité des expériences. D'autant plus qu'il ne tombe jamais dans les considérations approximatives sur tout et sur rien, les propos un peu pontifiants sur la vie en général. Renaud Cohen reste léger, jusque dans la gravité qui, par pointes, finit par percer.

Par ailleurs, le film n'est pas sans défaut. Certaines scènes oniriques sont assez ratées. Sa façon de suspendre la plupart des scènes sur une gifle, un éclat de rire, une chute comique, est un peu trop voyante. Mais ce qu'il réussit est suffisamment touchant et drôle pour que ces défauts de facture ne pèsent pas lourd dans la balance. Renaud Cohen est d'ores et déjà prometteur; il a bien le temps de devenir grand.

JEAN-MARC LALANNE