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Mercredi, folle journée Pascal
Thomas
Avec Vincent Lindon, Victoria Lafaurie,
Olivier Gourmet, Isabelle Carré, Clara Alvaro, Christian Morin, Catherine
Frot, Alessandra Martines, Anne Le Ny, Isabelle Candelier, Armelle.
Distributeur : Euripide
sortie le 28/03/01 2h07
Mercredi, le traditionnel jour des enfants. Un mercredi
comme les autres mais aussi riche et varié que l' éxistence des nombreux
personnages du film. Dans la ville de Nantes ( véritable personnage plus
que simple décor et qui n'avait jamais été si bien filmée depuis Demy et
sa Lola), des destins vont se croiser , s'entrecroiser autour de Victoria et
de son père séparé Martin (Vincent Lindon), responsable d'un jour de la
garde de sa fille. Des adultes pas si adultes que ça et des enfants bien
plus adultes qu'on ne croit, vont transformer une journée ordinaire en une
journée extraordinaire pleine d'imprévus, d'incidents, de surprises,
d'émotions et de rires. Tous partagés.
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Après
l'heureux succès de "La Dilettante ", Pascal Thomas ( "Les
zozos"," Pleure pas la bouche pleine", "Les maris, les
femmes, les amants"...) signe un film d'une grande liberté créatrice,
une œuvre de vagabondage ( à la Rozier) comédie riche d'une judicieuse
alternance des genres, gaieté et gravité, humour et réflexion. Le monde
des enfants est restitué avec naturel, drôlerie, grâce et subtilité.
Rarement, depuis Truffaut, le cinéma français avait porté un regard aussi
lucide et tendre. Avec l'univers des adultes, le cinéaste brosse une série
de portraits masculins et féminins attachants où chacun, dirait Renoir, a
ses raison;s. Pascal Thomas ne dissimule pas une tendresse pour eux, qu'il
ne juge pas, ne méprise pas, même si le trait et le dialogue sont parfois
caustiques, voire cruels. Mais le réalisateur donne à pratiquement chaque
personnage sa chance et tout le lait de la tendresse humaine irrigue les
rapports psychologiques, sociaux, familiaux, amoureux, qu'ils soient
conflictuels ou amicaux. Cette comédie douce-amère comme la vie offre
également une scène d'accouchement en plein champ devant un TGV qu'on a
dû stopper en urgence, véritable morceau d'anthologie, là encore,
spirituel et chaleureux à la fois....
Un film
d'aujourd’hui mais dont on se demande si on en fera encore longtemps de
semblable ....
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| Martin
(Vincent Lindon),divorcé toujours en retard d'une pension
alimentaire, et Victorine, qu'il a eue d'Antonella,
bourgeoise lessivée. |
Ayant tourné à
Nantes, cité marquée une fois pour toutes du sceau de Jacques
Demy, Pascal Thomas en cinéphile délicat a bien entendu évité
la citation et le passage Pommeray. Ce qui ne l'empêche pas de réaliser
un film enchanté où à plusieurs reprises le dialogue frôle le
duo, et le mouvement, la chorégraphie. De même pour l'intrigue,
comédie effrénée et surpeuplée qui n'oublie jamais un arrière-monde
de profonde mélancolie. Comme la Loire «qui n'est jamais là
où on l'attend».
Monde parallèle. Le mercredi étant le jour des
enfants, la folle journée de Pascal Thomas est d'abord la
leur. Vingt-quatre heures dans la vie de quelques zozos de plus ou
moins dix ans que l'oisiveté scolaire incite à quelques
facéties plaisantes (kidnapping, fugue, glande) et à une corvée
fondamentale: s'occuper des parents. Papa Martin, agent immobilier
un brin désordonné, divorcé toujours en retard d'une pension
alimentaire, flambeur plus soucieux de tiercé à Auteuil que de
baby-sitting, au point de pratiquement parier sa fille Victoria
gagnante dans la cinquième. Mais aussi maman Antonella,
bourgeoise lessivée qui traverse la vie sur des pattes de
colombe, guidée par la canne blanche d'une toute petite
fille-courage.
Pascal Thomas se penche sur l'enfance mais n'y tombe jamais, évitant
ainsi quelques désastres consubstantiels aux films «à enfants»:
le pittoresque publicitaire, le gâtisme régressif ou le cirque
des singes savants. Pour lui, l'enfance est bel et bien un monde
parallèle dont il se garde de percer les mystères bien qu'il
adore en suçoter les boules de gomme. Pour preuve, une des plus
belles échappées du film: la virée de quatre gamins à bord
d'une péniche à vapeur, sorte d'Atalante des enfants où
soudain, tout de grâce, c'est le monde qui frémit et ses utopies
encourageantes: «Tu sais ce qui serait bien plus tard? Ce
serait de vivre ensemble sur un bateau.»
C'est plutôt du côté des grands (en taille) que l'on
retrouve la patte griffue de Thomas: drôle de zèbre, ouistiti
amusant, Babar balourd, perruche hallucinée, folle vache. Quand
Thomas épingle, ça pique (cf. le Chaud Lapin ou la
Dilettante).
Impromptus. Mais cet exercice de zoologie amusante est
heureusement plus compliqué qu'il n'y paraît. S'il a le don de
retourner le gant des clichés (un commissaire de police plus
gardien d'enfants que gardien de la paix), il sait surtout
transformer ces inversions en impromptus cinématographiques: le
plus souvent pour le plaisir d'en rire, notamment à l'occasion
d'une anthologique scène d'accouchement dans un champ de maïs où
l'on apprendra qu'on peut être capitaine et néanmoins femme.
Mais Pascal Thomas, tendre rêveur, a cependant les pieds sur
terre. Et voilà que nous cueille, surprise angoissante, une
gamine qui, littéralement tragique, assiste à la mort de sa mère.
Au bonheur du film, les acteurs sont au paradis: Vincent Lindon,
papa cool exténuant de justesse, Olivier Gourmet, flic débordé
idoine, ou Isabelle Carré, femme en perdition qui effectivement «a
le visage aussi changeant que le ciel de Nantes». Et les
autres, les maris, les femmes, les amants et les enfants qu'il est
impossible de tous citer mais qu'il convient de tous embrasser
avec une petite prime d'affection pour Armelle, cleptomane «révolutionnaire»
de premier ordre. Sans se délier, Mercredi folle journée
se termine sur un point d'exclamation: une jeune femme qui soigne
une crise d'hypoglycémie la tête en bas, les pieds en l'air, sur
le capot d'une Fiat 500 aussi rouge qu'improbable. «Je suis
bien, là!», dit-elle. Et nous donc! .
GERARD LEFORT
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| "Mercredi folle
journée !" : amours, délices et horlogerie de précision |
Les tribulations de parents et d'enfants
durant une journée sans école.
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| Nantaise, cette folle
journée n'est pas l'une de celles que la capitale des ducs de
Bretagne consacre chaque année à la musique. Celle-ci retrace
les événements et les chassés-croisés affectant un grand
nombre de protagonistes de tout âge durant ce jour pas comme les
autres qu'est le mercredi dans la vie des élèves de l'école
primaire, ainsi que de leurs maîtres, parents et autres catégories
de personnes plus ou moins directement concernées par leurs
activités, dont la police, fréquemment sollicitée.
Au centre de ces tribulations est placé
Vincent Lindon en père absent, malhonnête et joueur invétéré,
flanqué pour la journée de sa gamine de dix ans, Victoria, dont
il est censé s'occuper chaque semaine et qu'il n'a pas vue depuis
six mois. Parmi les condisciples de Victoria, on suivra l'histoire
de quatre mômes fuguant pour une virée poétique et sentimentale
sur l'Erdre, de quatre autres recueillant un tout petit garçon
perdu dans la rue, de la copine de Victoria et de sa maman, dont
le comportement étrange connaîtra une issue tragique, de la mère
qui néglige ses rejetons pour essayer de pallier les bêtises de
sa sœur, des efforts du commissaire pour endiguer les petits
ruisseaux d'âneries des uns et affronter les tragédies qui
parfois s'y mêlent, tout en s'inquiétant pour son épouse, par
ailleurs capitaine d'infanterie de marine, très très enceinte et
qui nonobstant refuse de se tenir tranquille.
FARANDOLE TRAGI-COMIQUE
Menée avec vivacité, cette farandole
tragi-comique frappe d'emblée par sa capacité à croquer des
personnages et des situations, à les mettre en scène avec verve
et humour. D'autant que le film est émaillé de petits sketches
impeccablement exécutés : celui où l'instit anar
(Christian Morin) explique à ses élèves qu'il n'est rien de
plus utile à apprendre que ce qui semble inutile, comme le
pluriel d'amour, délice et orgue ; celui du vieux prof de
musique (Roger Trapp) démontrant les vertus de la cantate à de
jeunes amateurs de rap ; Luis Rego génial en joueur congénital
et mélancolique négociant avec son épigone Lindon ;
l'avocat de celui-ci dans ses procès pour pensions alimentaires
impayées (Hervé Pierre) se la jouant ténor du barreau ; et
Catherine Frot pour une homérique scène de rupture avec le même
Lindon, qui a ajouté l'infidélité à ses innombrables
turpitudes.
Avec ce genre de carburant, il suffit de
bien contrôler le régime du moteur, et ça avance tout seul.
C'est le sentiment qu'on commence à ressentir au bout de trois
quarts d'heure, passé les effets plutôt joyeux de cette opération
menée à la baguette. Dans le dossier de presse figure une
citation attribuée à La Bruyère : "C'est un métier
de faire un film comme de faire une pendule."Pour le
meilleur et pour le pire, ce Mercredi est effectivement
fabriqué comme une pendule, avec agencement précis des rouages
qui font sourire et des ressorts qui font s'émouvoir, morale
passe-partout (les adultes sont des enfants comme les autres, oh ?),
équilibre de scénariste-épicier qui fait naître un bébé pour
rendre acceptable la mort d'une femme. On peut en reconnaître le
savoir-faire, on peut aussi espérer un peu plus d'un film :
du souffle, de l'espace, du risque.
Ce regret ira en s'aggravant à mesure
que s'accumulent les répliques calibrées, les scènes à effet
et les coups de coude pour faire rire et pleurer selon les
recettes les mieux éprouvées. Il est amplifié par le fait que
cette mécanique utilise des enfants dans la plupart des rôles.
Les petits acteurs sont tous impeccables, mignons, touchants,
efficaces, ils méritent tous une note excellente à la sortie de
la classe de Pascal Thomas. Rien chez eux ne trouble ni n'inquiète.
Ou plutôt si : dans un petit rôle, un enfant parmi tous,
visiblement choisi pour rappeler le Jean-Pierre Léaud des 400 Coups
(Antoine Chamaillard), porte l'unique principe d'incertitude de ce
film réglé comme un automate. Sa présence ne fait qu'accuser le
contraste, et la limite, de cette Folle Journée bien
remplie, où ne manque que la liberté.
Jean-Michel Frodon , Le Monde du 28
mars
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Après
La
Dilettante, Pascal Thomas revient à ses premières amours, le
portrait de groupe, tendance pointilliste. Dans la très cinématographique
ville de Nantes, on assiste à la vie d'une quarantaine de personnages
durant 36 heures. Une flopée de gens ordinaires dont le dénominateur
commun serait l'irresponsabilité des adultes face à des enfants souvent
plus matures. Le cas extrême étant celui incarné par le personnage
principal Martin Socoa (Vincent Lindon). Joueur invétéré, criblé de
dettes, Martin est censé passer la journée (le fameux mercredi du titre)
avec Victoria, sa fille. Une lourde responsabilité pour un homme qui
cumule les emmerdes -compagne excédée par ses frasques qui le met à la
porte, créanciers impatients à sa recherche, procès pour pension
alimentaire non versée- et dont la fille est pour le moment le cadet de
ses soucis.
Cinéaste singulier, Pascal Thomas réussit admirablement à donner vie
à cette communauté où le moindre petit rôle a son importance. Des
gestes insignifiants et des micro-événements remplissent une journée de
36 heures assez vide. Le film parvient pourtant à y distiller une belle
douceur de vivre, en particulier dans les scènes avec les jeunes fugueurs
descendant une rivière en bateau et traversant des paysages bucoliques
superbement éclairés. Et dans cette comédie de moeurs touchante, les
rares ruptures tragiques du récit -notamment l'histoire d'une droguée
interprétée par Isabelle Carré- n'en sont que plus poignantes. Dommage
que dans ce plaisant papillonnage tragi-comique, les personnages soient un
peu trop en quête de mots d'auteur. Des répliques exagérément écrites
gâchent ce naturel qui fait tout le prix des films de Pascal Thomas. Et
si ce dernier est l'un des rares cinéastes à s'abstenir de toute
niaiserie lorsqu'il filme des gamins, il tombe ici parfois dans l'excès
inverse : une vision par trop idyllique et nostalgique de ce fameux esprit
d'enfance, subtil mélange d'innocence et de sagesse. Ce que l'on
retiendra avant tout, c'est la simplicité et la tendresse d'un cinéaste
pour ses personnages qui font de Mercredi folle journée !
un film on ne peut plus attachant.
Nathalie Piernaz pour www.chronicart.com
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LES INROCKUPTIBLES
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Si
l'apprivoisement réciproque entre Martin Socoa et son adorable
gamine constitue le fil rouge de Mercredi folle journée !,
cette trame principale se fait volontiers digressive, et trouve
d'innombrables échos dans les autres facettes du film. Nulle
tentation de bouclage scénaristique ne vient amoindrir cette
structure éclatée. Sans doute sous le charme un peu languide de
Nantes, Thomas se permet des moments de contemplation pure qui
enrichissent les motifs fictionnels au lieu de les affaiblir. Tandis
que les personnages poursuivent des aspirations aussi
contradictoires et incertaines que le bonheur, le monde ne cesse de
frémir, de rappeler sa bienveillante présence comme sa douce
indifférence. Mercredi… est certes une comédie, pleine de
situations farcesques, de figures hautes en couleurs et de tirades
d'anthologie, mais c'est une comédie qui ne fait pas l'économie du
contraste fécond entre univers enchanté, utopie à portée de
main, et poids du tragique. Le désarroi, la lassitude et la
souffrance rôdent dans les recoins de cette cavalcade. Comme chez
Demy. Même si ici, l'instinct vital reprend (presque) toujours le
dessus sur la tentation d'arrêter les frais, de rendre les armes
face au chaos.
Thomas évite la mièvrerie unanimiste comme le typage au profit
d'une générosité de regard qui provoque une douce euphorie. Et
c'est en accumulant les petites formes libres que la partition prend
du souffle et de l'ampleur. Ce système de modestie conquérante
fait la part belle aux comédiens, tous admirables de drôlerie et
de justesse. Lindon joue l'épuisement comme personne, Alessandra
Martines est rayonnante de sensualité brute, et la jeune Victoria
Lafaurie est toute au plaisir de son nouveau jeu. Ce ludisme généralisé
fait que le film peut se permettre à peu près tous les détours
sans craindre de se perdre. Et conduit son spectateur vers une
empathie non forcée qui le laisse libre de rêvasser à son aise,
de laisser certains éléments de la figure d'ensemble pour mieux
s'emparer d'autres motifs. Précieux sont les films qui parviennent
à faire oublier leur fabrication et préfèrent la suggestion poétique
à la manipulation consommatrice. 
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