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Martha...Martha
Sandrine
Veysset
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France
2001
Couleurs
35 mm 1h37
Format 1,66
Dolby SRD
N° de visa :
Sortie nationale : 3 octobre 2001 Pyramide
www.pyramidefilms.com
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De
marché en marché, de coin de pêche en partie de
monopoly, Martha, Reymond et leur fillette Lise vivent
et s'aiment à contre courant… Le bonheur semble à
portée de main. Mais les fantômes de l'enfance
guettent, et Martha, traquée, entraîne son petit monde
au fil d'une dérive sans fin… Sans fin ??
Traumatismes
familiaux, relations oppressantes mère-fille, désordre
du couple, Sandrine Veysset ne se sépare pas d'une
thématique de la souffrance indomptable, celle de
l'enfance, qui imprégnait déjà ses deux précédents
films, singulièrement le premier et très beau "Y
aura-t-il de la neige à Noël ?" On y trouvera la
même atmosphère étouffante, névrotique, le même
style alternant onirisme cauchemardesque et naturalisme
pointilleux, dans un paysage campagnard de marais et de
brouillard. […]
L'Humanité
Martha…
Martha est dédié "à notre besoin de
consolation". La dédicace s’inscrit sur l’écran
après le dernier plan du film. Après plus d’une
heure trente de tension inouïe, de déchirures, de
tristesse infinie, ces quelques mots simples viennent
soulager le spectateur bouleversé, tombé dans un drôle
d’état. Ils viennent formuler pour lui un sentiment
qui l’a gagné au cours du film et sur lequel il n’a
encore mis aucun mot : une tendresse profonde pour
celle qui en est l’héroïne, pour la Martha du titre,
un personnage fêlé et fragile sur qui on a envie de
porter toute son affection. Martha, c’est-à-dire Valérie
Donzelli, l’actrice sauvage qui lui donne un corps et
une voix, désormais inoubliables. Le dernier long métrage
de Sandrine Veysset a cette force rare (qui donne
confiance dans la puissance du cinéma) : l’effet
de réel qui porte le film de bout en bout finit par
affecter notre regard et nos sentiments pour les
choses de l’écran. Face à nous, il n’y a plus
seulement un film mais un morceau de vie qui nous
tourmente vraiment. Comme on dit, on est "entré"
dans le film. Et l’on n’en sort pas comme ça !
Cette empathie profonde avec le
film, cette incapacité qu’on ressent très vite de
mettre à distance les émotions fortes où il nous
plonge ne relève pas de l’effet-miroir, stratégiquement
mis en œuvre dans tant d’œuvres françaises reposant
sur le mensonger "retour du naturel". Au
contraire, la mise en scène de Veysset ne relève
d’aucune stratégie narrative : pas de cadenas scénaristique
avec énigme à résoudre, pas de découpage obligé
avec évolution du personnage. Il y a un début et une
fin (comme à tout), mais entre les deux, on suit le
rythme de la vie. D’autre part, si le film tend un
miroir au réel, ce n’est pas pour le refléter -naïveté
et imposture naturalistes- mais pour le déformer, pour
en donner l’image la plus intérieure, la plus fantasmée
aussi. Si Martha… Martha nous implique
tellement, c’est qu’il touche avec beaucoup de
justesse à notre relation imaginaire au monde, c’est
que la réalisatrice sait mettre dans le même plan, la
crudité la plus insupportable, le poids écrasant du réel
(c’est la base documentaire si impressionnante de ses
trois films) et le fantasme qui déplace ce poids et
nous porte vers les états les plus limites, vers les
rages les plus primitives. Exemple à l’appui avec
cette séquence de terrible confrontation entre Martha
et sa petite fille de sept ans : le réel (le viol
que Martha vient de subir et sa fille effrayée, qui la
découvre sous la douche, encore marquée par les traces
de violence) laisse vite la place à une vision quasi
fantastique du rapport mère-fille, vision guidée par
le point de vue morbide de Martha. En quelques secondes,
la scène bascule et Veysset enregistre
l’hallucination maladive de la mère qui n’en finit
pas de se voir en coupable, en meurtrière.
Ce dont Sandrine Veysset nous
parle le mieux depuis Y aura-t-il de la neige à noël ?,
c’est de l’enfance, énergie positive qui mène vers
le haut. C’est encore le cas ici. La douleur de Martha,
c’est un souvenir d’enfance qui ne l’a jamais
quitté, un souvenir qu’elle rejoue pour le pire avec
les siens, sa petite fille et son mari. Le film ne dira
jamais explicitement le contenu de cette souffrance
première. Il en raconte seulement la longue portée
dans le présent de Martha : l’impossible considération
pour la vie qu’elle mène, la fuite permanente pour
lui échapper… Evidemment, c’est le lien entre la mère
et sa fille qui constitue l’enjeu du film :
c’est lui qui provoque l’instinct
d’autodestruction du personnage et qui, en même
temps, est le seul moyen de l’en libérer.
www.chronicart.com
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"Martha... Martha"
: le malheur au malheur
ressemble |
Cette sombre chronique de la vie
d'une jeune femme
autodestructrice peine à équilibrer
naturalisme et composition. |
| Il
pleut. Il fait gris, froid,
mauvais. Tout le temps. C'est le
pays de Martha, un pays triste
et sombre. Pourquoi est-il ainsi ?
Parce que la réalisatrice l'a
voulu. Toute stylisation est en
principe légitime :
plonger la totalité d'un film
dans une atmosphère humide et
glaciale est aussi admissible
que tout autre parti pris de réalisation.
Mais ce choix induit, dans ce
cas, une étrange réaction :
celle de plaindre assez vite des
personnages traités, eux, non
avec stylisation mais avec
naturalisme.
Ces
personnages semblent victimes de
ce piège hostile fomenté
contre eux par leur réalisatrice.
Pourquoi cette jeune femme
avenante prénommée Martha, son
mari charmant, leur petite
fille, sont-ils soumis non
seulement à ce climat déprimant,
mais à une succession de
pulsions calamiteuses, d'actes déplaisants
et d'ennuis en tous genres ?
Ce
mouvement de pitié est, bien sûr,
une manière détournée du
spectateur de prendre sa propre
défense devant la succession
d'avanies sinistres auquel il
est convié à assister. Il
existe pourtant nombre de films
magnifiques mettant en scène
des situations peu désirables,
exaspérant les côtés sombres
de l'existence en les
concentrant sur un personnage,
ou un petit groupe.
UNE
SINCÉRITÉ PALPABLE
Il
n'empêche que ce cinéma de la
crise, de la noirceur
quotidienne, de l'élan
suicidaire, est un des plus
difficiles à pratiquer qui
soit. La moindre faiblesse de
mise en scène rompt l'équilibre
délicat entre réalisme et
construction. Cet équilibre est
le prix à payer pour que la
fiction de ces réalités pas
bonnes à dire, moins bonnes à
vivre encore, devienne un film
qui, parfois, bouleverse.
Avec
son premier film, Y aura-t-il
de la neige à Noël ? (1996),
Sandrine Veysset avait assez
miraculeusement réussi cet
exercice difficile. L'artifice
de la composition dramatique et
la vérité des corps, des
gestes et des mouvements
trouvaient ce point
d'intersection instable et
troublant. Devant ses deux réalisations
suivantes, Victor... pendant
qu'il est trop tard (1998)
et, à présent, Martha...
Martha, on voit bien qu'elle
cherche à rééditer le même
exercice.
La sincérité
est souvent palpable dans la
description des rapports, systématiquement
destructeurs, de Martha avec son
mari, ses parents, sa sœur et
sa fille. Cette description de
la difficulté à vivre de gens
qui paraissent avoir à portée
de main tout ce qu'il faut pour
être heureux suscite bien des
échos. De même, la plupart des
contributions, à commencer par
le jeu des acteurs, est de
grande qualité.
L'agencement
cinématographique de ces ingrédients
réels et de cette composition
artistique ne trouve pourtant
presque jamais son point d'équilibre.
Il ne laisse place qu'à la
perplexité attristée face à
ceux qu'on voit ainsi souffrir
à l'écran.
Jean-Michel
Frodon
Le Monde daté du mercredi 3
octobre 2001
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Sur
le plateau de l'émotion, on posera l'engagement et la
justesse des acteurs, les trois, le papa, la maman et la
petite fille, à part égale, et leur inscription dans
un environnement à la fois misérable et beau, fait de
paysages saturés d'eau et d'arbres qui semblent voués
à ne plus jamais revoir le printemps.
Le
Monde , T.S., le 11/5/2001

Une tranche de vie sur une
famille un peu bancale et le portrait d'une femme aussi
dépressive qu'elle est énergique, où les blessures et
les non dits sont décrits avec une précision étonnante,
une parfaite maîtrise des émotions et portés par un
trio de comédiens finement dirigés.
Zurban, V.L.B.,
le 11/5/2
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