| Zaza est
au pied du mur. Il a presque 32 ans et sa famille souhaite
qu’il se marie au plus vite. Comme le veut la tradition,
il est de son devoir de choisir une jeune fille vierge,
belle, de bonne famille et, de préférence, riche.
Yasha et
Lily, les parents de Zaza, sont persuadés que leur fils
est une pure merveille. Il est intelligent, charismatique
et beau. Yasha et Lily lui organisent des rendez-vous
avec des épouses potentielles et leurs familles. Zaza
n’a pas le choix. Alors il embobine sa famille, plaide
en faveur des traditions étouffantes de son héritage
géorgien mais se débrouille toujours pour échapper à
des fiançailles en bonne et due forme.
Ce que
les parents de Zaza ignorent, c’est qu’il est déjà amoureux.
Judith est une femme sensuelle, forte et mystérieuse.
Elle est aussi divorcée et mère d’une petite fille de
six ans. C’est la raison pour laquelle Zaza n’a jamais
parlé d’elle à sa famille.
Zaza est
sur le point de vivre une expérience critique inattendue,
pleine de rires et de larmes. Un moment crucial dans
la vie de tout être humain. Il va être obligé de choisir
entre le respect des codes stricts imposés par la tradition
familiale et l’amour de sa vie.
Le choix
de Zaza
Zaza est
perdu. L’idée de devoir choisir le paralyse. Il est
incapable de se décider, de savoir quelle femme l’emporte
sur les autres car pour lui, elles sont toutes aussi
attirantes. Et qu’importe, qu’elles soient jeunes et
vierges ou bien divorcées avec des enfants, il préfère
les avoir toutes en théorie plutôt que de n’en posséder
qu’une en pratique. La pression que ses parents et la
société exercent sur lui pour le forcer à faire un choix
n’a d’autre conséquence que de le rendre encore plus
débrouillard.
Les entremetteuses
Le recours
aux entremetteuses est chose courante sans doute pour
une bonne moitié de la population israélienne issue
de pays comme l’Iran, l’Arménie, la Géorgie, etc. mais
aussi dans d’autres groupes sociaux tels que les Juifs
orthodoxes et les Arabes. En général, ceux qui n’y ont
pas recours méprisent la pratique.
Des dialogues
en hébreu et en géorgien
Dans mon
film, les personnages sont interprétés soit par des
acteurs professionnels de langue hébraïque qui ne parlent
pas le Géorgien soit par des Géorgiens qui n’ont aucune
expérience d’acteur. Les acteurs professionnels ont
passé cinq mois à apprendre leurs dialogues en géorgien
mot à mot, ce qui interdisait toute improvisation. Ainsi,
même si j’avais voulu improviser en cours de tournage,
je n’aurais pas pu. Au stade-même de l’écriture du scénario,
je choisissais les mots avec un soin tout particulier.
Il fallait que chacun ait un sens bien précis sans quoi
je n’y voyais pas d’intérêt. Je suis convaincu que l’on
n’obtient pas d’émotion plus intéressante de la part
des acteurs en jetant les mots au hasard.
La situation
inextricable de Zaza
La situation
inextricable dans laquelle se trouve Zaza - celle d’un
homme qui tente de réduire le fossé qui le sépare de
la génération précédente - est le lot de toutes les
familles nombreuses et ce, quelles que soient les différences
en matière de forme et de codes de chaque sous-groupe
social. Les jeunes générations trouvent souvent les
traditions de leurs aînés dépassées. MARIAGE TARDIF
ne fait pas l’étude des traditions culturelles d’un
groupe social déterminé, le thème qu’il aborde est plutôt
le droit à la liberté d’un individu au regard des devoirs
qu’il a envers ceux qu’il aime.
La dynamique
de groupe
Plus un
groupe est soudé, plus un individu se sent en sécurité.
Il sait qu’il y aura toujours quelqu’un sur qui compter
même dans les situations les plus difficiles. Et puis,
plus le groupe est soudé, plus le groupe lui-même se
sent fort. Il arrive toujours un moment où chacun est
amené à aider l’autre. C’est un échange permanent entre
plus forts et plus faibles. Mais si le groupe est trop
interventionniste, l’individu s’en trouve diminué. Aussi
bien dans sa sphère privée que dans l’accomplissement
des devoirs qu’il a envers les autres. Un groupe social
soudé exerce une pression sur l’individu. Toute tentative
qui vise à briser un des codes sociaux du groupe est
vécue comme une menace par le groupe tout entier. En
essayant de se démarquer, l’individu signifie au groupe
auquel il appartient qu’il lui est supérieur. Cette
volonté est considérée par le groupe comme égoïste mais
elle est également vécue comme une faiblesse, voire
une tare. Une tare qui heurte les plus forts dans une
structure où il est d’usage que le fort porte secours
au faible. Dans ce cas, le groupe décide de contrer
le "criminel" soit en le poussant à changer
de comportement soit en l’excluant.
Juge et
jury
J’espère
que MARIAGE TARDIF ne laisse pas le champ au jugement
des personnages, que celui-ci leur soit favorable ou
non. J’espère au contraire que les spectateurs pourront
seulement s’identifier aux personnages et aux situations.
Le travail du policier est d’arrêter les criminels et
celui d’un tribunal de les juger. Un réalisateur n’est
ni policier ni juge. Son rôle est de comprendre et d’accepter
ses personnages et, quelle que soit la cruauté des situations,
de leur pardonner.
Film autobiographique
ou pas
Chaque
fois que je prétends que MARIAGE TARDIF n’est pas un
film autobiographique, les gens qui me connaissent bien
éclatent de rire. Le fait que je ne sois pas marié ou
que ma famille n’ait jamais assiégé l’appartement d’une
femme ne réussit à convaincre personne. Mes amis soutiennent
que mes parents connaîtraient l’existence de ma petite
amie et que j’aurais fréquenté les entremetteuses avec
eux il y a quelques années. Donc, je suppose que l’on
peut considérer le film comme à demi autobiographique.
Sa mère
à l’écran
Après avoir
cherché vainement pendant des mois dans tout Israël
une comédienne susceptible de jouer le rôle de Lili,
la mère géorgienne de Zaza, je n’avais pas d’autre choix.
C’est comme ça que je me suis retrouvé en train de diriger
ma mère et de lui apprendre à devenir une star. Si j’avais
su ce qui m’attendait au moment où je faisais le casting,
je ne lui aurais probablement jamais proposé le rôle.
Connaissez-vous quelqu’un qui ait envie d’aller tous
les jours au boulot avec sa mère ? Quelle qu’ait été
la qualité de son jeu, mon actrice n’ayant aucun secret
pour moi, j’ai toujours trouvé à y redire et j’ai toujours
exigé d’avantage d’elle. Parfois, il lui arrivait d’avoir
tellement peur de nuire à la carrière de son fils, qu’elle
finissait par fondre en larmes.
La chemise
jaune de Zaza
C’est la
chemise jaune de Zaza qui a décidé de toute la décoration
de MARIAGE TARDIF. Le reste : les couleurs, les accessoires,
les costumes, les meubles et les décors ont été conçus
autour de cette chemise. Le postulat de départ veut
que le jaune symbolise l’incapacité de Zaza à choisir
entre sa tête et son cœur. Cette incapacité fait de
lui un homme quasi indifférent à son sort doublé d’un
philosophe sceptique.
Une tasse
de thé
Une tasse
de thé dans la main d’un acteur ne signifie pas forcément
qu’il va effectivement boire du thé. Au cinéma, en dépit
de leurs apparences, les actes ordinaires portent en
eux un message caché. Dans le cas de MARIAGE TARDIF,
s’il s’agissait simplement d’une scène où quelqu’un
boit du thé, on pourrait la comparer à celle d’un film
porno où ce que l’on voit à l’écran est ce qui est.
Dans mon film, le sexe n’est pas traité en habituelle
scène érotique supposée exciter le spectateur. Ce serait
plutôt le contraire. D’ailleurs, les personnages eux-mêmes
ont du mal à prendre du plaisir, car ils sont trop préoccupés
par ailleurs. Le but de cette scène est de souligner
la forme de solitude qui les habite en dépit de l’amour
véritable qu’ils éprouvent l’un pour l’autre. La longueur
de la scène ajoutée à la nudité complète des acteurs
étaient le prix à payer pour mettre en évidence cette
solitude.
Drame ou
comédie
Je ne crois
pas en un film qui ne soit que comédie ou que drame.
Un réalisateur qui choisirait de traiter soit l’un soit
l’autre, ne montrerait qu’une face de la réalité. Bien
qu’il y ait des moments dans mon film qui puissent apparaître
comme uniquement comiques ou uniquement dramatiques,
je me suis toujours efforcé de ne jamais laisser l’un
ou l’autre de ces aspects l’emporter et de glisser dans
chaque scène du film un peu du gène de l’humour qui
veille à mon destin.
Les acteurs
LIOR LOUIE
ASHKENAZI - Zaza
Né en 1970,
Lior Louie Ashkenazi apprend son métier d’acteur à la
Beit Zvi School of Performing Arts dont il sort diplômé
et muni d’une prestigieuse bourse israelo-américaine
en 1994. Depuis, il partage sa carrière entre théâtre,
télévision et cinéma. Au théâtre où il se produit régulièrement,
son répertoire compte des productions aussi différentes
que Qui a peur de Virginia Woolf ou Songe d’une nuit
d’été. Mais le public de la télévision le connaît également
très bien puisqu’il tient fréquemment le rôle principal
dans de nombreux téléfilms et séries tels que The Battle
of Tel-Hai, Noyman, Campaign ou Enemy Zone. Parmi ses
rôles au cinéma, on peut citer dans les derniers en
date, ELECTRICITY MAN de Eli Cohen et bien sûr MARIAGE
TARDIf de Dover Kosashvili. Il est actuellement à l’affiche
de la pièce de Donald Margulis Dinner with Friends et
s’essaye lui-même à la mise en scène de théâtre avec
Hurlyburly.
RONIT ELKABETZ
- Judith
Le public
connaît Ronit Elkabetz, pour l’avoir vue récemment dans
le film de Zakia et Ahmed Bouchaala, ORIGINE CONTROLEE
(2000), dans lequel elle interprète le rôle de Sonia,
le travesti. Actrice de théâtre accomplie, Ronit Elkabetz
joue aussi bien Beckett que Shakespeare, que ce soit
en Israël ou en France où elle a résidé ces trois dernières
années. On se souvient notamment de son interprétation
de Martha, figure légendaire de la danse, dans le one-woman
show de Ellen Melaver Martha Graham. Toujours au théâtre,
Ronit Elkabetz vient d’achever une tournée en France
de Ubu Roi. En 1994, sa performance dans le film de
Shmulik Hasfari, PRACTICAL MAGIC (Sh’chur) lui vaut
le prix de la Meilleure actrice décerné
par l’Académie israélienne. Toujours sur la scène israélienne,
elle tient également le rôle titre dans THE APPOINTED
(Hameyu’ad) de Danny Wachsmann (1990) ainsi que dans
EDDY KING de Gidi Dar (1992) et SCAR (Tzaleket) de Haim
Bouzaglo (1996).
MONI MOSHONOV
- Yasha, le père de Zaza
Diplômé
du département d’art dramatique de l’Université de
Tel-Aviv, Moni Moshonov est une figure du théâtre et
du cinéma en Israël. Voilà bientôt trente ans qu’il
se produit sur les scènes les plus prestigieuses de
son pays et compte à ce jour plus de cinquante rôles
du répertoire classique et moderne dont Roméo et Juliette,
Mort d’un commis voyageur ou Je ne suis pas Rappaport
pour n’en citer que quelques-uns. Par ailleurs, il occupe
la vedette depuis vingt ans dans une des séries satiriques
les plus populaires d’Israël : This Is It. Il était
également l’un des partenaires du duo comique Moni et
Baraba. Le cinéma lui a offert plusieurs rôles importants
dans des films tels que : PARACHUTISTES (Journey of
the Stretchers - Mas Alunkot) de Yehuda Ne’eman (1977),
THE MAN WHO FLEW IN TO GRAB (Ha ish she ba lakahat)
de Prosper Pariente (1981), EVERY TIME WE SAY GOODBYE
de Moshe Mizrahi (1986) ou plus
récemment BESAME MUCHO de Joseph Pitchadze (2000). À
l’heure actuelle, Moni Moshonov interprète et met en
scène Les Chaises de Ionesco.
LILI KOSASHVILI
- Lili, la mère de Zaza
Née en
1949 en Géorgie, Lili Kosashvili est mère et grand-mère.
Elle se présente ainsi : "Je me suis mariée avec
Yasha en 1965 avec qui je partage toujours ma vie. En
1966, j’ai donné le jour à mon fils aîné, Dover, un
an plus tard à son frère David et en 1968, à ma fille,
Maya. Nous nous sommes installés en Israël en 1972 et
pour la première fois de ma vie, j’ai dû travailler.
En 1976, naissait ma plus jeune fille, Ilana. Actuellement,
je travaille dans la cantine d’un pensionnat et j’ai
deux petits enfants."
Le réalisateur
& scénariste
DOVER KOSASHVILI
Né en Géorgie
en 1966, Dover Kosashvili vit en Israël depuis 1972.
À l’issue de ses études de philosophie et de cinéma
à l’Université de Tel-Aviv, il réalise un court-métrage
de trente-cinq minutes intitulé : WITH RULES qui reçoit
le deuxième Prix de la Cinéfondation cannoise en 1999.
Le film qui constitue son travail de fin d’études est
par ailleurs maintes fois couronné dans de nombreux
festivals internationaux. Dover Kosashvili travaille
actuellement au scénario de son prochain film, UN CADEAU
DU CIEL dont il achève l’écriture. Avec MARIAGE TARDIF,
il signe son premier long-métrage.
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