Le lait de la tendresse humaine 

de Dominique Cabrera

France 2001
Couleurs
35 mm
1h35
Format 1,66
Dolby SRD
N° de visa :
Sortie nationale : le 19 septembre  2001

 
 

Un jour, Christelle est soudain prise de peur panique devant son bébé. Elle disparaît. Son mari, Laurent, la cherche partout, interrogeant père, mère, sœur, amis. Que s’est - il passé ? Où est - elle ? Elle est tout près, c’est la voisine du dessus qui l’a recueillie. Elle l’écoute, prend soin d’elle…Sa vie en sera bouleversée. La disparition de Christelle dévoilera en effet à chacun la vérité de ses amours, et le chemin de la tendresse humaine.

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L’âme, voilà peut-être ce qui intéresse Dominique Cabrera. C’est justement à l’âme que Christelle (magnifique Maryline Canto qui trouve enfin là un rôle à sa mesure) a mal. Pleine de bleus à l’âme. Des bleus à l’âme qui ne se disent pas, des bleus à l’âme qui se disent dans le corps et dans le refus obstiné de ne pas rentrer à la maison. A la maison, il y a la petite famille. La naissance de la petite dernière (celle qu’on a vraiment désirée comme dira le mari Laurent, interprété par Patrick Bruel, dirigé merveilleusement) a rompu le charme, le fil, le cours de la vie. Et Christelle ne peut plus, ne peut pas rentrer chez elle. On pourrait croire que le film traite du baby blues. Fausse piste. Il s’agit plutôt de la dépression ordinaire d’une femme tout à fait ordinaire. Et Dominique Cabrera filme en cinémascope (ses personnages de tous les jours sont des Héros) la nécessaire régression de Christelle réfugiée chez la voisine (comme une mère pour elle) dans un appartement, (dont on ne voit aucun paysage de la fenêtre), véritable ventre de la mère, où la voisine (interprétée par la toujours excellente Dominique Blanc) la nourrit, la soigne, lui parle, la lave. Un espace hors du temps. Autour de ce point d’obstination qu’est le personnage de Christelle, c’est toute la constellation de la famille qui va briller d’un autre éclat. Ainsi, le lait, qui circule tout au long du film, de personnage en personnage (dans un verre, dans le biberon, dans les seins de Christelle) dit tous les liens qui se tissent et se défont jusqu’à la re-naissance.

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"Le Lait de la tendresse humaine" : la mère en fuite
Une femme plonge au plus profond d'elle-même. Éblouissant.

Mais qu'est-ce qu'elle fuit ? Christelle (Marilyne Canto) abandonne son enfant nouveau-né sans savoir s'il est encore en vie. Elle sort en courant de son appartement, tente vainement de parler à ses parents et sort du champ de vision de sa famille. Mais au lieu de partir au loin, elle se cache tout près, dans l'appartement d'une voisine, Claire (Dominique Blanc).

Là, dans un univers étrange, presque féerique, aux couleurs douces et vives, Christelle tente d'abord de survivre, puis de se rassembler, guidée par Claire, espèce de bonne fée suburbaine (tout se passe dans un immeuble modeste d'une petite ville de montagne). On a donné le meilleur (et l'essentiel) du Lait de la tendresse humaine dès le début. Tant qu'elle s'attache aux pas de Christelle, à la relation forte et douce qui se lie entre les deux femmes, Dominique Cabrera trouve un ton, celui d'une fiction qui s'éloigne du réalisme pour trouver la vérité de son personnage central tout en en préservant le mystère.

Retirée au plus profond d'elle-même, Marilyne Canto montre la folie sans renoncer à l'humanité de son personnage, pendant que Dominique Blanc arrive à faire croire qu'un professeur des collèges et une bonne marraine peuvent coexister dans la même enveloppe charnelle. Cette grâce se communique à la famille immédiate de Christelle, à Laurent (Patrick Bruel), son mari, d'abord. La vedette de la chanson et de l'écran se dépouille de tous ses attributs de vedette pour ne laisser voir qu'une infinie tristesse, un désarroi à peine contenu par l'accomplissement de petits gestes quotidiens. Ce renoncement permet à Bruel d'être convaincant et émouvant comme il ne l'avait jamais été au cinéma.

Ce n'est pourtant qu'une bonne moitié du Lait de la tendresse humaine. Le reste suit les fissures qui se dessinent après la disparition de Christelle, dans sa famille, chez ses amis. Par la grâce d'on ne sait quel saint patron du casting, Dominique Cabrera a réuni une distribution éblouissante, rassemblant des acteurs de toute provenance, de Mathilde Seigner, étoile montante du jeune cinéma populaire qui joue la sœur de Christelle, à Yolande Moreau, naguère chez Jérôme Deschamps, ici en collègue de travail.

Mais l'éblouissement ne facilite pas la vision. La multiplication des seconds rôles (beaux-frères et belles-sœurs, amants, maîtresses et maris) et l'enthousiasme avec lequel les acteurs s'en saisissent virent à la bousculade. Prises individuellement, les scènes qui réunissent ces acteurs sont au-delà de tout reproche - scène d'amour entre Olivier Gourmet et Yolande Moreau ou repas de famille qui permet à Mathilde Seigner de se faire plus peste qu'on ne le tolère généralement autour d'une table. Mais l'addition de ces épisodes, l'espèce de brouhaha qu'ils génèrent empêchent souvent d'entendre la vraie musique du Lait de la tendresse humaine, celle que jouent Marilyne Canto, Dominique Blanc et Patrick Bruel. Dès qu'elle se fait assez forte, le film de Dominique Cabrera retrouve sa voie.

Thomas Sotinel Le Monde daté du mercredi 19 septembre 2001