Le fils de  Jean-Claude Videau

Frédéric Videau

avec Jean-Claude Videau, Frédéric Videau, Isabelle Moreau

 

Couleurs
35 mm 1h
Format 1,66
Dolby SRD
N° de visa :
Sortie nationale : 26 septembre 2001 

Distribution :Magouric

Cherchez le père… et vous trouverez (peut-être) le fils…

L'idée du film, c'était ça, tenter pour la première fois d'avoir une conversation suivie avec mon père, voir où ça allait nous mener tous les deux, parler de choses dont nous avions jamais parlé (ça c'était le plus facile puisque nous n'avions jamais parlé de rien) et le filmer, quoi qu'il arrive.

Je ne savais pas comment ça se terminerait pour lui et moi, je savais juste que j'allais lui demander à un moment pourquoi il ne m'aimait pas et j'écouterais bien sa réponse.

Je croyais que j'étais venu faire un film sur mon père et j'ai fait un film sur lui et moi.

Frédéric Videau

***

- "FRÉDÉRIC VIDEAU A LONGUEMENT HÉSITÉ AVANT DE CHOISIR SON PÈRE : ALAIN DELON OU GÉRARD DEPARDIEU. IL A FINALEMENT OPTÉ POUR JEAN-CLAUDE… JEAN-CLAUDE VIDEAU.

- Qui est Frédéric Videau ?

- A 17 ans il portait des chemises roses.

- C’est un… ?

- Il veut juste savoir, à "presque 40 ans", si son père a pu pensé qu’il l’était, un…

- Il se pose donc encore la question ?

- Il n’est jamais trop tard pour se demander si son père aime son fils et vice-versa, surtout si le fils aurait pu être ce qu’il n’est pas et réciproquement…

- Peut-être parce que le fils va bientôt avoir lui-même un fils… enfin, s’il n’est pas…

- C’est tout le mystère du retour de ce fils de "presque 40 ans" dans sa famille à Angoulême, dont on ne sait quel terrible secret il va découvrir ou quelle terrifiante nouvelle il va annoncer…

- Et il découvre la normalité déconcertante des choses et des gens.

- C’est Narcisse qui se plonge dans le regard d’un ouvrier, un vrai : son père.

- Il a besoin de savoir comment il était et est perçu par sa famille avant de devenir père à son tour.

- C’est Jean Eustache questionnant des personnages de John Ford (Oh qu’elle est mère, la maman de Frédéric) sur un sujet de Mireille Dumas : "être le fils de..."

- Mais comme les indiens, le cinéma s’est embusqué partout et te tombe dessus sans prévenir.

- C’est si émouvant un fils qui veut être le père de son père…

- C’est toi, c’est moi… c’est nous tous.

- Lorsque Narcisse pose son regard sur son reflet c’est le moins égoïste des hommes.

- Tu crois que ça intéresse les filles ?

- Tu rigoles ! ? Regarde et écoute l’ex-première amante du fils de Jean-Claude. Quel garçon n’a pas rêvé qu’on parle de lui ainsi ? Quelle fille n’a pas rêvé d’un héros aussi solitaire, d’un garçon aussi féminin ? Le fils de Jean-Claude Videau invente sous nos yeux l’homme, le vrai…

-... Et c’est son père, Jean-Claude… tout fier d’être le père de celui qui l’invente.

- C’est un documentaire ou une fiction ?

- Tu veux une baffe ? !

- Et oh ! T’es qui toi ? !"

ARNAUD ET JEAN-MARIE LARRIEU

"Le fils de Jean-Claude Videau" : tout sur mon père

Un documentaire familial chargé de sens et de vie.

Mis à jour le mardi 25 septembre 2001

Film français de Frédéric Videau. Avec Jean-Claude Videau, Frédéric Videau, Jacqueline Videau, Stéphane Videau, Isabelle Moreau. (1 heure.)

C'est qui, lui ? C'est monsieur Videau ? Non, enfin si, mais pas Jean-Claude, Frédéric, son fils, celui qui a fait le film. Un film sur son père, pour essayer d'en savoir un peu plus sur lui. Sur son père ? Non, plutôt sur lui-même, Frédéric. Du moins est-ce peu ou prou ce qu'il explique à la caméra, Frédéric, on ne comprend pas tout tout de suite. Non que ce qui est dit soit compliqué, c'est plutôt que la situation est déroutante, inhabituelle.

Et puis quoi encore ? Si les gens se mettent à se filmer les uns les autres, où allons-nous ? Nous, les professionnels de la fabrication des films (ou "de la profession", selon la formule godardienne), mais aussi bien nous, les "professionnels" de la consommation des films, c'est-à-dire les spectateurs, attachés à une certaine position, un certain partage des rôles et le respect d'un minimum de codes.

Frédéric Videau, cinéaste, montre beaucoup d'estime pour les codes (sans ça il ne serait pas cinéaste, il travaillerait à la télévision). Il tient peut-être ça de Jean-Claude Videau, ouvrier dans des usines d'Angoulême toute sa vie, et qui apparemment a élevé ses fils avec des idées assez arrêtées sur l'existence. Ce qui n'est pas allé tout seul avec son fiston Frédéric. Le voilà, Jean-Claude Videau, il fait visiter l'atelier où il a travaillé les derniers vingt ans. Il montre son lieu de travail un peu à la sauvette, "dans le milieu ouvrier", dit-il, on se fait vite mettre en boîte si on passe pour une vedette de cinéma. Monsieur Videau n'est pas une vedette de cinéma, mais de la manière dont le filme son fils, il en a l'étoffe : une présence physique, une force et une séduction que lui envieraient bien des comédiens professionnels.

Ce ne sont sûrement pas les situations, banalement domestiques, dans lesquelles on le voit qui produisent cet effet, ni l'image vidéo sans apprêt. Plutôt le regard du fils sur son père. A ce moment, pour peu qu'il accepte la mise au rancart de ses habitudes et repères, le spectateur passe de la curiosité amusée sur ce micro-cinoche familial à une relation beaucoup plus intense et émouvante avec le film. Avec une ascétique simplicité de moyens, celui-ci s'en va s'épanouir selon une multitude de pistes. Les rapports familiaux et la manière dont les différents membres d'une famille les perçoivent, les réfractent, les conservent, les enfouissent sont les principaux fils conducteurs de cette histoire qui prend chair à mesure qu'apparaissent la mère, le frère, l'ancienne petite amie.

UNE EXISTENCE DE PERSONNAGE

Avec moins que rien de technique et pas du tout de fiction, Frédéric Videau trouve les cadres, les angles, les longueurs de plan qui respectent ces gens, leur donnent une existence de personnage de cinéma - ce mélange de présence et de mystère, d'existence matérielle et de potentiel symbolique.

Dès lors, tout devient intéressant, chargé d'imaginaire et de sens. Les mains des uns et des autres, les corps tels que la vie les fait, les mots comme chacun peut, ou ne peut pas, s'en servir. Sortir la caravane du garage, se souvenir du titre du bouquin acheté par le père à son gamin. Oser poser la question du regard jadis porté par chacun sur chacun au-delà des conventions des rapports familiaux, rappeler les défis à la vie quotidienne posés par les mœurs des années 1970, laisser monter lentement la question de l'homosexualité telle que le fils a cru la déceler chez son père, dans le trouble des consciences, des inconscients, des mots proférés, retenus, bafouillés, répétés. Et alors ? Alors rien. Rien, et un film qui vit, un film qui tient table ouverte à l'existence.

Jean-Michel Frodon


  Frédéric Videau, un fiston très rugby

Portrait. Le cinéaste s'est lancé dans un film sur son père, dans un geste de rage et d'audace.

Il parle vite, il est tendu, mais d'une tension joyeuse, en éveil. Il dit que faire des films est la chose la plus importante de sa vie, qu'il s'est demandé "c'est quoi les trucs vraiment importants ?", et a répondu : la famille, la représentation de la guerre, le couple. Les métaphores sportives lui viennent aisément à la bouche, lui qui, comme il nous en instruit dans son film au cours d'une séquence hilarante et inaugurale, est né l'année où Anquetil a gagné son cinquième et dernier Tour de France (en 1964, à Angoulême).

Dans sa bouche, "c'est rugby" est le plus bel éloge possible, et il explique les affinités entre le cinéma et ce sport qui exige "l'affrontement et l'esquive, aller de l'avant en se souvenant de qui est derrière". Il botte en touche lorsqu'on lui parle de sa formation (à la Femis), mais provoque volontiers un regroupement de noms admirés (Jacques Demy, Jean Eustache, Michael Cimino) pour expliquer sa propre approche de la mise en scène.

"Mon premier film, vous ne le verrez jamais." Réalisé en 1993, Eux cinq était, déjà, l'histoire de sa famille, mais "en fiction", avec des acteurs : "Le scénario était un bel objet désincarné, trop loin de ce que j'attends du cinéma. Le film que je voulais faire, c'était Le Fils de Jean-Claude Videau, mais je ne le savais pas encore."

Il mettra longtemps à le savoir. Après ce qu'il vit comme un échec, il s'éloigne de la réalisation, jusqu'à ce qu'Arnaud et Jean-Marie Larrieu fassent appel à lui pour travailler à ce qui deviendra leur premier long métrage, Fin d'été, en 1996. Après quoi, Frédéric Videau se fait étriller par l'aîné des futurs signataires de La Brèche de Roland. Jean-Marie Larrieu dans le texte : "Qu'est-ce que tu branles à faire le con à la télé ? Faut que tu fasses des films, toi !" L'apostrophé dit avoir été piqué au vif. La suite est dans le même registre.

UNE PETITE ÉQUIPE

Le film qui sort aujourd'hui sur les écrans est né d'un geste de rage et d'audace : Videau avait été contacté par les producteurs Marc de Bayser et Frank Le Witta, intéressés par un de ses projets. Un premier travail sur le scénario obtient une aide à la réécriture du fonds d'aide au cinéma de la région Poitou-Charentes, le réalisateur est furieux : il voulait tourner tout de suite. "Si c'est comme ça, je fais un film sur mon père", lance-t-il par défi. "Chiche !", répond Marc de Bayser. Sans une ligne de scénario, avec 25 000 francs (3 811,23 EURO ) de budget initial et une caméra vidéo numérique, il se lance dans l'aventure. "Ensuite, tout s'est enchaîné miraculeusement", constate-t-il, perplexe. "Chaque fois qu'on a eu besoin d'un nouveau partenaire, on l'a trouvé." Tournage ultraléger, mais tournage de cinéma, avec une chef opératrice (Catherine Pujol), un preneur de son (François Mereu, frais émoulu de la Femis), une monteuse (Françoise Dutertre).

"Il était important de montrer aux membres de ma famille qu'il s'agissait d'un vrai film. Je n'aurais de toute façon pas pu faire le film seul, je tenais à être dans l'image avec eux, à égalité avec eux. Et je tenais à me voir à côté de mon père. De toute façon, le cinéma, pour moi, n'a pas de sens en solitaire. Ni, à l'inverse, avec une équipe trop lourde : rien n'est plus bloquant sur un film que l'esprit de sérieux." Il a un scénario prêt à tourner, Variété française, à nouveau une histoire entre père et fils sous le signe de ce qu'il nomme "la combustion des genres", un autre en cours d'écriture, Sauf Hélène, autour de deux sœurs. Et une seule devise : "Que ce soit joueur."

J.-M. F.