|
 |
|
| |
L'anglaise
et le duc
d'Eric
Rohmer
France
2001
Couleurs
35 mm 2h05
Format 1,66
Dolby SRD
N° de visa :
Sortie nationale : 7 septembre 2001
Pathé
Distribution
|
|

|
|
| |
 |
|
Sous
la Révolution, la vie périlleuse d’une belle
anglaise royaliste résidant en France et ses relations,
tantôt tendres, tantôt orageuses, avec le Duc d’Orléans,
cousin de Louis XVI, mais acquis aux idées
révolutionnaires. Elle parvient à le persuader de l’aider
à sauver un proscrit, mais non à le dissuader de voter
la mort du roi.
***
De la
chambre de Grace Elliott à la chambre de l’Assemblée,
c’est toute une partie de l’Histoire de France qui
se déroule sous les yeux du spectateur. Eric Rohmer
relève un défi fabuleux et fou : avec des moyens
technologiques assumés comme tels, il épouse le point
de vue d’une royaliste anglaise progressiste (ô
paradoxe) dont la fidélité et la rigueur n’ont de
cesse de s’opposer à l’opportunisme des hommes (en
l’occurrence celle du Duc d’orléans, double de l’homme
politique contemporain…). Le hors champ (les nouvelles
que l’on apporte), certaines scènes perçues de loin
(l’exécution du roi), bref l’Histoire, tout se
concentre dans l’appartement de Grace Elliott, centre
du film et centre du monde rappelant que le cinéma d’Eric
Rohmer commence là où deux êtres se rencontrent et se
parlent, là où l’individu est. Le destin de cette
femme hors du commun (encore un paradoxe : une
possible figure du féminisme) est l’emblème d’un
comportement politique prônant la liberté de pensée
plutôt que le suivisme, la tendance et la mode. Un
éloge de la libre pensée.
|
Eric
Rohmer
Cinéaste
français, Maurice Schérer est né en 1920 à
Tulle et prendra le nom d`Eric Rohmer. D`abord
critique de films, il sera rédacteur en chef de
la Gazette du cinéma, puis des Cahiers du cinéma.
Il se lance dans la réalisation lors de la
nouvelle vague («Le Signe du Lion»). Il tournera
de nombreux films, dont «Ma Nuit chez Maud» et
«Le Genou de Claire» (cycle des 6 films Contes
moraux), «La Femme de l`aviateur» et «L`Ami de
mon amie» (cycle des 6 films Comédies et
Proverbes), «Conte d`automne» (cycle des films
Contes des 4 Saisons), «L`Anglaise et le Duc»
(en vidéo numérique). Il a soutenu une thèse
intitulée «L`organisation de l`espace dans le
Faust de Murnau».
|
|
|
Les
articles sur ce film parus dans LE MONDE
|
 |
| "L'Anglaise
et le Duc" : dans le regard
d'une belle étrangère, un monde
s'effondre |
Les tableaux vivants d'Eric Rohmer
mettent en scène le
bouleversement révolutionnaire et
défendent une haute idée du cinéma. |
|
Dessins
et voix off, un petit appareillage
pédagogique présente le lieu
(Paris), le moment (la Révolution
française, de la Fête de la Fédération,
le 14 juillet 1790, à
la chute de Robespierre, le 27 juillet
1794) et les personnages
principaux : Philippe d'Orléans,
cousin du roi, engagé aux côtés
des révolutionnaires, et Grace
Elliott, aristocrate écossaise
installée à Paris, qui écrira
les Mémoires dont est
inspiré le film. Et puis, le
petit dispositif éducatif
s'anime. Les décors sont toujours
peints, mais des acteurs s'y déplacent,
s'y expriment. Il ne s'agit pas du
vieux trucage qui ouvre tant de
films historiques, où un fondu
enchaîné passait de dessins d'époque
à une reconstitution prétendument
réaliste. Il s'agit d'un véritable
décor d'époque, et qui prend
vie.
Cette vie
est aussitôt étonnamment
vibrante. D'abord de la présence
physique de
"l'Anglaise", palpitante
au double sens du terme, celui de
la chair émue et celui du récit
qui rebondit. A partir d'elle, le
reste prend forme et mobilité.
C'est le principe même du cinéma
de Rohmer, depuis les premiers
contes moraux (La Carrière de
Suzanne et La Boulangère
de Monceau, en 1963) : il
n'y a pas d'histoire – ni, ici,
d'Histoire – objective, il y a
le point de vue affirmé,
explicite, de quelqu'un. De son
rapport à ce qui l'entoure naît
le récit (c'est précisément le
sens que le cinéaste donnait au
mot "moral" dans
l'intitulé générique de ses six
films). Et c'est donc à partir de
cette aristocrate
"progressiste" –
dirait-on aujourd'hui –,
favorable au changement mais
terrifiée par ses conséquences (à
la fois les excès sanglants de la
Terreur et la mise en crise de ses
propres privilèges, pis, de sa
vision du monde) que tout le film
se met en mouvement :
mouvement de foule, mouvements
naturels des nuages dans le ciel
et de l'eau dans le fleuve,
mouvements du cœur et des sens.
Dans ce
film, le cinéma, c'est le
mouvement. Ce qui bouge, en
revanche, n'est pas cinématographique,
ne prétend par l'être, pour la
simple raison que le cinéma
n'existait pas au moment du récit.
Ce sont les éléments visuels que
l'Histoire a légués, matériellement
(des tableaux, des gravures, des
images d'Epinal) et
fonctionnellement : des stéréotypes.
Ils sont mis en branle par la
perception qu'eut Grace Elliott
des événements (ou qu'elle écrivit,
plus tard, en avoir eu). C'est peu
dire que sa vision est défavorable
aux révolutionnaires : la
foule y est caricaturalement
vulgaire et brutale, les seuls
bons pauvres sont les serviteurs
restés fidèles à leur maître,
les nobles d'abord acquis aux idéaux
de la Révolution et qui, face à
la Terreur, rejoignent le camp des
émigrés représentent l'honneur
face à la dépravation grimaçante
et agressive des sans-culottes.
Eric
Rohmer se garde d'apporter la
moindre nuance à ce tableau. Sans
doute en partage-t-il lui-même
certains a priori. Mais surtout,
il tire de ce parti pris la
possibilité d'un grand film
politique contemporain et d'une œuvre
d'art magnifique. Sauf à croire
que les ennemis de la démocratie
sont toujours à Coblence, ou à
préférer, pour le plus grand bénéfice
médiatique, mimer un vieux sketch
de la "guerre civile française",
sans enjeu, il y a grand avantage,
et grand bonheur, à considérer
ainsi L'Anglaise et le Duc :
non pas "malgré ses stéréotypes
réactionnaires", mais avec
eux.
Que met
en scène Rohmer ? La révolution
elle-même, comme une mise en scène.
Sur quoi repose-t-elle ? Sur
la transgression, la mise en crise
des distances instituées, le
franchissement inattendu et dérangeant
des frontières, des codes
d'organisation de l'espace où
s'inscrivait un monde en train de
disparaître. Dès les premiers
plans, Orléans, sans s'être
annoncé (donc enfreignant les
rituels en usage), fait irruption
chez Grace, "qui n'a pas
encore fait sa toilette". Dès
lors, toute l'action du film
consistera en irruptions et
franchissements – du plus anodin
au plus tragique –, ruptures de
limites.
Les barrières
de Paris fermées et pourtant passées,
le couvre-feu bravé, la maison où
ne cessent d'entrer des intrus (le
duc sur un mode d'abord badin,
presque boulevardier, puis plus
grave, Champcenetz, le gouverneur
des Tuileries traqué par le Comité
de salut public, les gardes
nationaux à plusieurs reprises).
Le quant-à-soi de la voiture de
l'Anglaise brisé par l'agression
extrême de la tête de la
duchesse de Lamballe au bout d'une
pique, sa chambre à coucher où
des importuns ne cessent de débarquer,
son propre lit qu'elle transforme
en cachette pour un fugitif,
jusqu'à son corps, clairement
menacé lorsqu'elle est arrêtée.
Les odeurs de la promiscuité à
la prison qu'elle tente encore de
tenir à distance avec son petit
sachet de lavande, le contact
paradoxal avec la grosse
aristocrate sur les genoux de qui
elle s'assoit...
Tous ces
épisodes, et d'autres, composent
cette histoire de destruction systématique
d'un ordre spatial hiérarchisé,
que ces aristocrates éclairés étaient
prêts à améliorer à condition
d'en conserver les principes. A
travers le corps de Grace,
admirablement mis en valeur, et en
danger, par le jeu de Lucy Russell
et la manière dont Rohmer filme,
c'est un autre corps qui occupe métaphoriquement
le centre du film : le corps
du roi, objet de débats passionnés
à l'écran, et dont la décapitation
constitue l'acte symbolique irréversible
de la Révolution.
RÉFRACTION
DE L'HISTOIRE
Cette décapitation,
l'Anglaise y assiste de trop loin
pour la voir, elle est à la périphérie
de la grande Histoire. Elle ne
fait pas l'Histoire, elle la réfracte,
et cette réfraction est le film même.
A cet égard, et malgré
l'originalité des solutions
stylistiques trouvées à chaque
fois, il est beaucoup moins intéressant
de rapprocher L'Anglaise et le
Duc des deux précédentes
excursions de son auteur hors du
monde contemporain (La Marquise
d'O en 1976, Perceval le
Gallois en 1978) que de le
relier à l'ensemble de son
travail. Sur tous les modes, l'œuvre
de Rohmer a travaillé ce principe
de déstabilisation de l'ordre
admis par toutes sortes de
hasards, incidents, pulsions, décisions
irraisonnées – ou trop raisonnées.
L'épure en est fournie par le
sketch de Rohmer pour le film
collectif Paris vu par..., La
Place de l'Etoile, en 1965, où
une rencontre dans le métro
jouait le rôle dévolu ici au
soulèvement de la nation, et les
feux rouges de Paris celui d'un
ordre aristocratique qui
s'effondre.
Ce
dispositif – intenable dans
d'autres registres, où il passera
soit pour trop anodin, soit pour
politiquement trop incorrect –
n'est possible que sur le terrain
de l'art. L'évidence de la beauté
plastique et de la musicalité
rythmique de sa mise en œuvre est
indispensable à son
accomplissement. C'est cette réussite
esthétique qui porte les enjeux
politiques contemporains du film.
Pour résumer schématiquement,
son ennemi n'est pas Marat ni
Robespierre, mais Loft Story.
C'est-à-dire un système de représentation
fondé sur l'illusion d'une totale
équivalence des images et des
affects. Un univers où Big
Brother is watching you, mais
où Big Brother et You
se confondent.
Le cinéma
de Rohmer, comme de tout autre cinéaste
digne de ce nom, procède du refus
de cette drogue mortifère. La
mise en scène repose sur l'établissement
de distances, puis de rapports
entre les êtres ou les groupes.
Leur abolition, leur déni par ce
qu'on a (improprement) appelé le
"spectacle" représente
la Terreur moderne. Celle que
combat, à sa manière suprêmement
élégante, Eric Rohmer réalisant
L'Anglaise et le Duc.
Jean-Michel Frodon
Le cinéma
n'aime pas la Révolution
En dehors
de La Marseillaise, de
Jean Renoir, on constate "l'absence
totale de films globalement
favorables" à la Révolution
française, comme le relève Marc
Ferro en introduction à Révoltes,
révolutions, cinéma (Centre
Pompidou). Ce n'est pas le
diptyque commandité depuis par le
Comité du Bicentenaire (La Révolution
française : les années Lumière,
de Robert Enrico, et La Révolution
française : les années
terribles, de Richard Heffron)
qui change grand-chose à ce
constat.
Dans La
Révolution française et le cinéma
(Lherminier), Sylvie Dallet a
décortiqué ce phénomène,
soulignant à la fois la faible
part que joue cet événement dans
les sources d'inspiration des cinéastes,
l'abondance de films étrangers et
en particulier américains (de
Griffith notamment), l'utilisation
de ce décor historique pour des
causes plus contemporaines,
essentiellement anticommunistes.
La Révolution française comme
sujet de film s'avère "moins
événement fondateur que puissant
réactif : révélant
l'historicité la plus présente,
et opérant un incessant
renouvellement des formes",
comme le notent Jean-Claude Bonnet
et Philippe Roger en préface à La
Légende de la Révolution au XXe siècle
(Flammarion).
Le Monde
daté du mercredi 5 septembre 2001
|
|
| Grace
Elliott, aristocrate écossaise,
fidèle du duc d'Orléans et réactionnaire |
| Encore
duc de Chartres - il ne prend le
titre d'Orléans qu'à la mort de
son père en 1785 -, le futur
Philippe Egalité (1747-1793)
passait pour l'un des meneurs de
l'anglomanie mondaine. La fin de
la guerre civile entre le
Royaume-Uni et ses treize colonies
nord-américaines, où
l'intervention française s'était
avérée décisive, donna une
ampleur exceptionnelle au
mouvement. Mœurs paisibles, variété
des inventions et impeccable
finition des produits manufacturés,
tout ce que relevaient avec une
fausse ingénuité ceux qui
faisaient alors le voyage de
Londres conduisait en sous-main à
rappeler l'éloge des libertés et
la sagesse du système politique
du royaume de George III, antithèse
de l'absolutisme des Bourbons. Le
prince dut attendre le règlement
du conflit américain pour connaître
les plaisirs londoniens de la
liberté du simple particulier que
son rang lui interdisait à
Versailles comme à Paris, et
braver ainsi son cousin le roi, très
hostile à une nation coupable
d'avoir fait décapiter son
souverain (1649).
Si les
conseillers politiques du duc
d'Orléans ancreront jusqu'au cœur
de la Révolution le prince dans
la mouvance du parti whig emmené
par le libéral Charles Fox, cette
option politique ne doit rien à
l'aristocrate écossaise Grace
Darlymple Elliott. Elevée en
Flandre, dans un couvent des
environs de Lille, Grace avait
rencontré le prince bien avant
son séjour londonien. Mariée très
jeune au docteur Elliott, elle se
laissa griser par la haute
naissance des admirateurs que sa
beauté lui valait. Une liaison
qui fit scandale, une première
retraite en France, un retour éclatant
dans les milieux galants
londoniens et une succession
d'amants prestigieux : Lord
Cholmondeley, puis sur le
continent Artois et Chartres,
avant, de retour en Angleterre, le
prince de Galles lui-même, futur
George IV, dont elle eut une
fille. Amie fidèle du duc d'Orléans,
elle n'en partage pas le goût réformateur.
Méfiante envers les passions idéologiques,
elle est littéralement réactionnaire,
comme l'illustre le portrait théâtral
que dessine son Journal de ma
vie durant la Révolution.
Journal
of My Life During The French
Revolution serait, à en
croire la préface de l'édition
originale, paru chez Bentley en
1859, trente-six ans après le décès
de Grace. Une sorte de commande du
roi George III, curieux des
anecdotes savoureuses que sa
compatriote rapportait à leur médecin
commun. Rédigé en 1801,
lorsqu'elle eut regagné
l'Angleterre, ce texte dont la
facture comme la sensibilité
inclinent à retarder la date de
composition, est probablement
apocryphe. Les historiens l'ont
utilisé pourtant, avec précaution,
nombre de scènes, très mélodramatiques,
échappant à tout recoupement
fiable. Reste une vision
parfaitement cohérente - trop
peut-être ? - dont la
lecture et le recours à la forme
dialoguée garantissent le plaisir
de la découverte. C'est la
traduction quasi immédiate de
Charles de Baillon (1861) que
reprennent aujourd'hui les
Editions de Paris-Max Chaleil
("Littérature ", 160
p., 14,48 euros - 95F). Une
exhumation ambiguë aujourd'hui
encore : si l'avant-propos inédit
d'Eric Rohmer dit sa fascination
pour un texte adapté à son
combat pour le destin individuel
contre l'aventure collective, il
craint sa disqualification au
regard de l'historien. C'est au
moins lucide.
Philippe-Jean
Catinchi
Le Monde daté du mercredi 5
septembre 2001
|
| Eric
Rohmer, cinéaste : "Seul
l'art permet de voir le monde passé" |
Entretien avec le réalisateur de
"L'Anglaise et le Duc". |
| "Le
film joue sur le mouvement entre
faits historiques réels,
reconstitués de manière méticuleuse,
et le romanesque, l'aventure...
- L'histoire
est inspirée de faits réels, même
si on ne connaît pas le détail
de ce qu'a effectivement vécu
Grace Elliott. Elle a pu mentir,
modifier des faits, en cacher
d'autres, elle a très bien pu ne
pas avoir assisté à certains événements
qu'elle raconte. Je n'en sais
rien, et cela ne m'intéresse pas.
Ce qui m'a attiré est son texte
tel qu'il existe, doté à la fois
de la force d'authenticité d'une
chronique et de la puissance
fictionnelle d'un roman. C'est ce
que j'ai essayé de porter à l'écran.
- Cette
double nature figure telle quelle
dans le livre de Grace Elliott ?
- Oui,
et de plus il s'agit d'un texte déjà
écrit comme un scénario. Je n'ai
pas eu beaucoup de modifications
à faire. J'ai eu à choisir, j'ai
eu en particulier un petit travail
à faire pour le début et pour la
fin. Mais la plupart des scènes
viennent directement du livre,
sans avoir même besoin de
modifier les dialogues, ce qui est
rare avec les textes de cette époque.
- Tous
les dialogues du film viennent du
livre ?
- La
plupart. J'ai ajouté quelques
emprunts à d'autres textes d'époque,
comme les Mémoires de Dumouriez
ou la Correspondance du duc d'Orléans,
et de très rares apports nécessaires
au déroulement que j'ai écrits.
Ce n'était pas difficile, tant le
français d'aujourd'hui est proche
de celui d'il y a deux cents ans.
J'ai juste évité les tics de
langage propres à l'une ou
l'autre époque.
- Avez-vous
demandé une diction particulière
à vos comédiens ?
- La
même que d'habitude : ne pas
parler trop vite et articuler.
- Au-delà
des opinions de Grace Elliott, il
y a un parti pris de votre part,
clairement hostile, dans votre
manière de représenter les gens
du peuple.
- Elle
est témoin de choses horribles,
elle rend compte des moments les
plus violents. Je les ai même
montrés d'une façon un peu édulcorée,
ça aurait pu être plus violent,
le cortège qui portait la tête
de la princesse de Lamballe devait
être beaucoup plus terrible, les
descriptions d'époque sont
atroces, c'est le corps entier
coupé en morceaux et qu'on avait
traîné, et d'autre part les gens
plus ou moins avinés étaient
peut-être plus sales, plus
sanglants. Ce cortège était
constitué d'éléments qu'on
appellerait maintenant incontrôlés,
des gens souvent sans emploi, qui
cherchaient l'aventure, comme les
casseurs aujourd'hui. Certains
agissent ainsi par goût de la
violence, d'autres par intérêt,
il y a beaucoup de pillage à ce
moment-là, des pillards qui étaient
poursuivis par les gardes
nationaux.
- Comment
avez-vous conçu le rapport entre
une fiction, une histoire qu'on
raconte à des gens, et l'Histoire
avec un grand H ?
- Mon
objectif était de renforcer
l'impression de vérité. Dans la
mesure où je montre des toiles
peintes, je voulais établir ce
parti pris d'emblée. Ensuite,
j'ai fait comme si mes personnages
étaient des êtres picturaux, des
êtres de tableaux, qui accèdent
à la vie. Grâce à ce préambule,
on y croit davantage, il justifie
les décors, et que les
personnages aient une façon
d'agir un peu ancienne : on
sait que ces gens viennent de
tableaux, qu'ils sont attachés à
leur époque, et ça permet de ne
pas douter d'eux. On peut croire
en eux parce que les caractéristiques
de l'époque telles qu'on les
connaît par les peintures leur
sont attachées, et elles sont
plus vraies que les caractéristiques
que pourrait leur donner une
reconstitution par la
photographie.
- Le
recours aux tableaux s'explique
par la possibilité de construire
des personnages crédibles ?
- Oui,
mais cela s'applique aussi à
l'espace : un espace peint,
c'est-à- dire artificiel, mais
rendant visibles la continuité et
l'ampleur de l'espace réel qu'il
figure, est plus vrai que l'espace
fait d'éléments réels,
photographiés, comme on fait
souvent au cinéma, en les
empruntant à des emplacements séparés
et hétérogènes - un coin de rue
ici, une fenêtre ailleurs, Paris
prétendument reconstitué avec
des images prises à Pézenas, Uzès
ou au Mans... L'artificialité
de la peinture a été dictée par
la recherche de la vérité.
- Vous
condamnez tous les films
historiques ayant eu recours à
une reconstitution naturaliste ?
- Non,
mais j'ai voulu faire autre chose.
Le rapport au lieu est important,
dans le cas de Paris il y a deux
cents ans il me semblait
impossible de tricher. C'est
important qu'on voit la place de
la Concorde telle qu'elle était.
-
S'agit-il de la mise en œuvre des
"trois espaces" (espace
pictural, espace architectural,
espace filmique) que vous aviez théorisés
dans votre livre L'Organisation de
l'espace dans le Faust de Murnau
(Cahiers du cinéma) ?
- J'y
recours d'une façon particulière,
puisque dans mon film les espaces
architectural et pictural sont
confondus, dès lors que par le
trucage la peinture devient
architecture, tandis qu'au sens
strict je renonce à l'espace
filmique. De ce fait, je renoue
avec l'esthétique des grandes
fresques historiques du temps du
muet, comme Cabiria ou Intolerance.
Dans ce cas, la peinture m'a paru
plus efficace que les outils
proprement cinématographiques,
comme le montage ou le
champ-contrechamp, qui ne
m'auraient rien apporté.
- Ce
parti pris figuratif vous
rapproche aussi de la référence
à des archétypes, à un côté
images d'Epinal. En même temps,
il y une évidente originalité,
et une grande beauté qui émane
de ces plans, beauté d'autant
plus troublante que, du fait des
trucages, vous ne la voyez pas au
moment où vous la fabriquez.
- J'ai
une vision artistique du monde. Je
pense que seul l'art permet de
voir le monde passé, il y a plus
de vérité dans un tableau que
dans une photographie, à moins
que celle-ci ne soit faite par un
artiste. Pour moi, la beauté est
sur le chemin de la vérité, elle
n'empêche pas de voir la vérité,
elle en est la condition.
- Vous
plaidez pour le tableau contre la
photo, mais quand vous faisiez par
exemple Le Rayon vert vous
utilisiez des dispositifs
d'enregistrement, aussi simples,
aussi peu artificiels que
possible.
- La
photo animée dans le cinéma,
c'est l'art que je pratique. Si la
photographie avait existé à l'époque
de la Révolution, elle aurait
montré des choses que la peinture
n'a pas montrées, mais la
stylisation du monde par la
peinture apporte un ton, un esprit
qui est celui de l'époque. Au
contraire des historiens, je prétends
qu'il faut voir le monde non avec
nos propres yeux mais avec les
yeux des contemporains. Cela
engendre non pas la vérité, mais
une vérité, à mon sens la plus
précieuse. Je ne dis pas que tout
le monde doit faire de même, mais
je trouve que le style des
peintures, la lumière des
peintures recèlent une vérité,
celle que je cherche. Peut-être
pas une vérité historique, mais
une vérité artistique."
Propos
recueillis par Jean-Michel Frodon
pour Le Monde
|
|
|
Articles
parus dans Libération
|
Eric
Rohmer défend son idée de
la Révolution:
«J'aurais pu être beaucoup
plus violent»
ANTOINE
DE BAECQUE ET JEAN-MARC
LALANNE
Le
vendredi 7 septembre 2001 in
Libération
|

|
|
|
|
Il nous attend, derrière la
table en bois de son bureau,
81 ans. Quand il se lève
pour nous saluer, on voit
qu'il est immense, tout en
maigreur. Le regard d'un
bleu intense. Rencontre avec
un homme qui aime toujours
autant le cinéma mais ne goûte
guère la Révolution.
Il
s'est écoulé presque trois
ans entre vos deux derniers
films, «Conte d'automne»
et «l'Anglaise et le duc».
C'est long pour un cinéaste
habitué à tourner tous les
ans...
Il
y eut la même préparation
avec Perceval ou la
Marquise d'O. Ce genre
de films, disons
historiques, exige du temps,
de la documentation. La
gestation d'un projet peut
être plus longue encore.
J'ai eu l'idée de la
Femme de l'aviateur en
1945, quarante ans avant sa
réalisation!
Quand
avez-vous découvert les mémoires
de Grace Elliott, qui ont
inspiré votre film?
Je
suis tombé, durant un été
il y a cinq ou six ans, sur Historia,
revue d'histoire où
figurait un article sur
Grace Elliott. Je me suis
procuré ses mémoires (1).
J'ai eu très vite l'envie
d'en faire un film: ces mémoires
sont écrites comme un scénario.
Immédiatement, en les
lisant, des images me sont
venues, avec des scènes, un
découpage... Et tout de
suite, aussi, est venue l'idée
de le réaliser avec les
techniques numériques les
plus modernes. Il fallait
juste attendre que ces
techniques soient bien maîtrisées
en France, pour un coût pas
trop exorbitant.
Pourquoi
le numérique?
C'est
l'histoire d'un personnage
qui se cache, un peu comme
dans le Dernier Métro
de Truffaut. Cette femme ne
voit pas le monde extérieur.
Toutefois, d'un coup, elle
sort et décrit le Paris de
la Terreur. C'est très
saisissant: le massacre de
la princesse de Lamballe, la
place de la Concorde après
la chute du roi, la fuite
vers Meudon. Il fallait
montrer cet effroi qui la
prenait soudain. Je me suis
dit: «Fais du cinéma!»
et j'ai tenté de relever ce
défi. Seul le numérique
permettait cela. L'extérieur
comme on le montre généralement
ne m'intéresse pas. Je
refuse ce genre de
reconstitution idiote, cette
pseudo-fidélité. Au cinéma,
on n'a jamais vu le Paris
ancien mais trop de décors
destinés à le figurer.
Paris a fait la Révolution
et je voulais le montrer
directement, en vue large,
sans reconstitution, ni
recadrage au tournage, ni
recoupage au montage. Seule
la technique de
l'incrustation de
personnages dans les
tableaux d'époque pouvait
concrétiser ce rêve. Il
fallait que les acteurs
sortent de la peinture ou de
la gravure. Leur réalité
est avant tout picturale. Et
la peinture, même
artificielle, donne un bien
plus grand sentiment de vérité
que n'importe quel décor,
qui sonnera toujours faux.
Il
y a un gros travail
documentaire?
On
a travaillé au musée
Carnavalet, sur des peintres
oubliés comme Demachy,
Boilly, Janinet, Prieur,
Hubert Robert, ou des
anonymes. Ce sont ces
peintres mineurs, de genre
urbain. Mais chaque œuvre a
été retravaillée en
fonction de la mise en scène
et des vues de Paris que je
désirais montrer.
Comment
avez-vous tourné?
Beaucoup
d'essais: tout était
nouveau pour moi. Vous
comprenez, chaque scène,
chaque déplacement, chaque
geste, était tourné avec
des personnages «à vide»
qui ensuite étaient incrustés
dans l'image. Il n'y avait
que de purs déplacements.
Il fallait être très précis
pour que tout s'inscrive
ensuite comme prévu dans
les images.
C'est
une technique quasi
abstraite, une mise en scène
de trajectoires, faite de
lignes, de courbes, assez
proche finalement des grands
metteurs en scène américains
que vous admiriez, Fritz
Lang, Hitchcock, ou de ce
que vous avez écrit sur
l'espace chez Murnau.
J'ai
été plus langien que
d'ordinaire... Il y a aussi
Hitchcock: quand l'actrice
doit réagir à la vue d'une
tête coupée, c'est Ingrid
Bergman dans les Amants
du Capricorne. A ce
moment précis, je me suis
aperçu que mon actrice était
géniale. Mais celui qui m'a
définitivement convaincu de
faire ce film, c'est
Griffith. J'ai revu les
Deux Orphelines et je me
suis dit qu'il fallait
filmer tous les extérieurs
en plan fixe. C'est à la
fois plus efficace et plus
économique; ça va de pair
chez moi...
Mais
ces techniques numériques
coûtent cher...
Cela
m'amusait de changer d'échelle.
C'était un paradoxe: on dit
généralement que les
petites caméras numériques
permettent de faire du cinéma
pas cher, chez moi, au
contraire, c'est une sorte
de superproduction...
Vous
portez un intérêt
particulier à la fin du
XVIIIe siècle et à la Révolution
française?
C'est
une époque qui offre
beaucoup de documents. Mais
je n'éprouve pas
d'affection particulière
pour elle.
C'est
le moins qu'on puisse
dire... Votre point de vue
sur la Révolution est sévère:
une régression barbare, un
bain de sang, un torrent qui
emporte tout vers la folie
et la mort...
C'est
le point de vue de Grace
Elliott. Elle défend la
royauté, mais elle a des
amis dans les deux camps,
patriote avec le duc d'Orléans,
royaliste avec d'autres. Ce
qu'elle aime par-dessus
tout, c'est une forme de
courtoisie et de douceur des
mœurs que la Révolution détruit,
incontestablement.
Son
regard est extrêmement
phobique sur le peuple.
C'est
un témoignage direct sur ce
qui s'est passé sous la
Terreur dans les rues de
Paris, massacres, chasses
aux suspects, dénonciations,
perquisitions... Je ne
quitte pas ce personnage, même
si j'ai intégré aussi des
passages des mémoires de
Dumouriez ou du duc d'Orléans.
Mais,
ce personnage, il vous colle
à la peau...
Comment
cela?
La
vision de Grace Elliott est
très proche du discours
contre-révolutionnaire, de
Burke à Taine. C'est une
tradition que vous lisez?
Non,
pas vraiment. Mais je pense
que Grace Elliott a plutôt
raison sur la Révolution...
C'est la fin d'un monde, une
civilisation raffinée. Mais
en même temps, elle cherche
à comprendre, elle discute
avec ses adversaires. C'est
aussi ce qu'intéresse chez
elle.
Ce
qui est très présent dans
le film, et un peu choquant,
c'est la vision du peuple.
Pensez-vous vraiment que
tout le peuple a massacré
ainsi, que la Terreur est
une immense pathologie, une
ivresse sanglante?
Qu'appelez-vous
peuple? Je montre des
massacreurs, la lie de la
société, ceux qui ont tué
sous l'emprise de l'envie et
du vin. C'est une vérité.
Ils étaient manipulés par
les politiciens, Marat,
Danton, Robespierre.
Aujourd'hui, on parlerait de
«casseurs», d'«éléments
incontrôlés»... Je ne
crois pas au «peuple
souverain» qui serait une
abstraction pure et ferait
progresser l'histoire. En
revanche, je crois qu'il
existe un bon peuple, calme,
qui est resté chez lui et a
déploré les excès.
Mais
ce «bon peuple», on ne le
voit pas dans votre film...
Il
y a quand même les
serviteurs de Grace...
Le
bon peuple, c'est les
domestiques des
aristocrates?
Je
crois surtout que les
travailleurs, pour reprendre
le vocabulaire marxiste,
n'ont pas beaucoup participé
à la Révolution. Ce fut un
mouvement bourgeois qui a
passé des alliances avec
des fractions du peuple.
J'aurais pu être beaucoup
plus violent sur les
horreurs montrées, vous
savez...
On
pourrait imaginer que ce
sont les mêmes personnes
qui ont un versant positif
et un versant négatif.
Renoir, dans «la
Marseillaise», quand il
filme l'assaut des Tuileries
le 10 août, montre aussi
bien l'élan et
l'enthousiasme que la mort
et l'injustice.
J'aime
beaucoup la Marseillaise,
mais Renoir est quand même
partial. Car le peuple qui
est intervenu directement
dans la Révolution française
était en bonne part manipulé.
Il n'était pas très
aimable, il faut le dire. C'était
un peuple violent.
(1)
«Journal de ma vie
durant la Révolution française»
de Grace Elliott vient d'être
réédité, aux Editions de
Paris avec une préface d'Eric
Rohmer, 160 pp.; 95F (14,48
euros).
Rohmer
royal
«L'Anglaise
et le duc»
associe un
tour de force
technique à
une
affirmation
politique
radicale.
Par
PHILIPPE
AZOURY
Le
vendredi 7
septembre 2001
|

|
|
|
|
L'Anglaise
et le duc d'Eric
Rohmer, avec
Lucy Russell,
Jean-Claude
Dreyfus...
2h05.
D'abord
une scène,
parmi les plus
ahurissantes
de beauté que
le cinéma
nous ait donnée.
Deux femmes,
une
aristocrate et
sa servante,
depuis une
terrasse de
Meudon,
contemplent un
Paris de
grisaille. Ce
paysage, le
film ne s'en
cache pas, est
un tableau «vidéonumériquement»
incrusté au
plan. La
domestique
porte à son
œil une
lunette. Elle
décrit la
montée de
Louis XVI à
l'échafaud.
Elle voit du
bleu, du
rouge. L'Anglaise
tourne la tête,
la mort du roi
lui est
irregardable.
Une clameur
vient trouer
la toile. Elle
imagine que le
peuple s'est
refusé à
cette mort,
qu'il s'est révolté,
l'a empêchée.
Trois coups de
canon tonnent.
Elle
s'effondre. L'Anglaise
et le duc est
le film d'un
homme
solitaire,
comme retiré
du monde.
Leçon
de fidélité.
C'est aussi un
film à part
dans la
filmographie
d'Eric Rohmer,
différent des
deux opus en
costumes qu'il
a pu précédemment
signer (la
Marquise d'O,
1976, Perceval,
1978).
Cette différence
n'est pas due
au sujet
historique du
film,
adaptation des
mémoires de
Grace Elliott,
anglaise
royaliste liée
au duc d'Orléans,
devenue le témoin
d'un monde qui
s'effondre (la
monarchie, ses
privilèges)
durant la
Terreur qui,
en l'an II,
acheva la révolution
de 1789. On
peut même
dire que, par
sa solitude,
Grace Elliott
rejoint la
cohorte des
personnages
rohmériens,
dandys et
nombrilistes.
Cette différence
ne tient pas
davantage à
l'utilisation
(extraordinaire)
de la vidéo
numérique,
qui ne
surprendra que
ceux qui
voient en
Rohmer le
parangon du réalisme,
alors que son
regard a
toujours fait
de
l'innovation
plastique un
allié. Rohmer
est un cinéaste
sans métier,
ce qui ne veut
pas dire sans
qualité.
Ici,
ce qui saisit
et bouleverse,
c'est de voir
un homme né
en 1920 ne
plus se poser
la question du
doute
philosophique
(qui hantait
ses Comédies
et proverbes
et ses Contes
moraux),
pour affirmer
sur l'épineux
terrain du
politique
qu'il a eu
raison d'être
fidèle,
envers et
contre tout,
à ses
convictions.
Que celles-ci
soient
royalistes
importe peu.
Seule la leçon
de fidélité
prime, l'Anglaise
n'étant pas,
du coup, un
film à thèse
mais un geste
de solitude
forcenée, de
fierté
recluse, de
croyance et de
foi.
Fil
rouge
inattendu. Se
sachant
pertinemment réactionnaire
dans son
propos, autant
qu'avant-gardiste
dans sa forme,
Rohmer jouit
d'être
doublement à
contre-courant.
Or, dans ces
courants
violemment
contraires,
tout finit par
converger. Son
tour de force
numérique,
par exemple,
invente un
inattendu fil
rouge qui
relie le précinéma
(les
projections de
lanterne
magique, les
fantasmagories
de Robertson)
au postcinéma.
Soit, les fans
d'Averty, de
Hitchcock, de
Lang, des pubs
Marie, des
Rois maudits
ou des soirées
électorales,
figures
contrastées
que le film
convoque tour
à tour. Idem
pour cette
Anglaise dépossédée
de son ombre,
qui avance
dans la
peinture tel
un vampire
chez Murnau:
son attache
artificielle
au monde la
transforme en
une silhouette
exacte de la Révolution,
celle qui
s'est jouée,
Michelet l'a
montré, comme
sur une scène
fantomatique,
incarnée par
des corps pris
dans leurs rêves.
Partant de ce
paradoxe,
Rohmer considère
ce fond visuel
de vidéo
comme une
carte
sensible, où
s'inscrivent
avec délice
les noms de
Miromesnil, du
Palais-Royal,
de Meudon, et
autant de
silhouettes de
rêve ou de
cauchemar.
Sadique,
sadien. Ce
désir de précision,
ce découpage
des épisodes
en journées,
et toutes ces
mises à l'épreuve
que Grace
Elliott
infatigablement
subit, sont
les indices
chez Rohmer
d'un goût
sadique et,
disons le tout
court, sadien.
C'est
en effet au
divin Marquis
que l'on ne
cesse de
songer devant
cette mise en
scène: car
qui regarde
mieux les
tableaux en
plan large
pour mieux goûter
à l'effroi de
quelques rares
gros plans
(cheville,
visage),
aiguisés
comme des
lames de
guillotine?
Voici la Grace
de Rohmer, sa
Justine à
lui. Dans les
liens de Grace
au monde extérieur
(ses visions,
ses rêves,
ses
cauchemars, la
geôle, le
procès),
toute la
Terreur est là,
contenue entière
dans ces
flacons de
vins vieux,
ces brioches
appétissantes
jusqu'à la
provocation,
ces hommes
emportés
comme des
pantins dans
le torrent de
l'histoire.
Eric Rohmer,
qui n'est pas
la moitié
d'un pervers,
achève son
film à la
mort de
Robespierre.
Le lendemain,
10 thermidor
an II, Sade
sortait de
prison.
|
|
|
| | | | | | | |