Un jeune pasteur, Andreas, arrive dans une banlieue particulièrement grisâtre de Copenhague pour effectuer un remplacement. Il loge à l'hôtel, où il engage la conversation avec le réceptionniste qui lui conseille de s'inscrire au cours d'italien pour débutants. Andreas est tenté : il se rend au cours et fait la connaissance d'une charmante mais fort maladroite vendeuse en pâtisserie, Olympia. La jeune fille est traumatisée par un père dont la violence verbale ne fait jamais relâche. Elle n'est d'ailleurs pas au bout de ses surprises : à la mort de sa mère, elle découvre que Karen, une coiffeuse un peu inhibée, n'est autre que sa soeur. D'autres personnages trentenaires interviennent à leur tour, un peu fragiles, un peu paumés, mais tous très motivés pour apprendre l'italien.

Estampillé "dogme", ne bénéficiant donc d'aucune lumière d'appoint ou de post-synchro, cette comédie douce-amère révèle une évidente sincérité. Volontairement peu léché le film pose sur ses personnages un regard plein de tendresse. La réalisatrice avoir voulu tourner un film insouciant et léger dans lequel l'amour et l'amitié se donnent la main. Autant dire que nous sommes à des années-lumière d'autres films "dogme" scandinaves et un rien torturés.

Lone Scherfig

Née au Danemark en 1959. Elle étudie le cinéma à l'Université de Copenhague de 1976 à 1980. Diplômée de la National Film School of Denmark en 1984.
Lone Scherfig a écrit et réalisé des courts métrages pour la radio la scène et la télévision. Son premier film de cinéma, The Birthday Trip (1990) l'a révélée comme une réalisatrice de talent. Le film a été sélectionné pour Panorama à Berlin, Nouveaux Réalisateurs, Musée d'Art Moderne, New York, et à emporté le grand Prix du jury et le prix d'interprétation à Rouen. Son deuxième film avec des enfants , On Our Own (1998) a reçu le grand prix du Festival du Film à Montréal, le prix Cinekid à Amsterdam et à participé au Kinder Film Festival en 1998. Itallian for Beginners, grand succès auprès du public national et de la critique, est son troisième film pour le cinéma.

FILMOGRAPHIE
Italians for beginners est son troisième film de fiction.

Liens:  Site officiel en danois

Dossier Dogme 

Paru dans Le nouvel Obs.com

Acclamé à Cannes et encensé par la critique en 1998, le dogme, pur produit du cinéma danois qui a rencontré un franc succès dans les salles parisiennes, est aujourd'hui boudé par ses premiers supporteurs. Faut-il encore croire au dogme ?

"Dépassé, anecdotique, décevant" : tels sont les adjectifs utilisés par Emilie, étudiante en première année à la Femis, la plus grande école de cinéma parisienne, pour qualifier le dogme. "Quand le dogme est sorti cela paraissait génial, c'était très prometteur. On a cru à une 'nouvelle nouvelle vague', mais en fait cela n'a rien changé, le dogme c'est rien du tout finalement." Le mouvement de Lars Von Trier ne fait même plus rêver les étudiants en cinéma…

Retour aux sources

Le dogme est une charte écrite en 1995 par quatre cinéastes danois (dont Lars Von Trier) pour contrer le cinéma hollywoodien, le cosmétique, les illusions, la prévisibilité dramatique et renouveler en profondeur le cinéma. Le vœu de chasteté danois consistait en 10 règles :

pas de lumière artificielle,
pas de son extérieur aux prises,
pas d'action superflue, caméra à l'épaule,
pas de décor artificiel...

Bref, l'idée générale était de créer un film nu de tout effet. Si la relève du cinéma français boude aujourd'hui le genre, il n'en a pas toujours été ainsi. La France a joué un rôle crucial dans l'émergence du dogme. "Ce n'est pas un hasard si la France a apporté des financements conséquents aux films du dogme", explique Marianne Slot, danoise et co-productrice en France des films de Lars Von Trier. "Lars était l'enfant maudit au Danemark et la France la terre d'accueil des hommes comme lui". Mais c'est surtout Cannes, par l'entremise de Gilles Jacob, grand manitou du festival, qui se fait la tribune du dogme.
En mai 1998, le plus grand festival du monde projette et récompense les deux premiers films du dogme : Festen de Thomas Vinterberg (Dogme I) obtient le prix spécial du jury, Les Idiots (Dogme II) de Lars Von Trier fait forte impression.

Dans la foulée, la critique française s'emballe pour ce retour des idéaux de la nouvelles vague : "on était dans une période de floue politique", explique Thierry Lounas, critique aux Cahiers du cinéma : "le dogme nous a fait croire que l'on revivait les années 70, mais la nouvelle vague avait déjà fait la révolution que proposait le dogme - faire éclater le cinéma individualiste - en mieux. Au fond, c'était mélanger la sauvagerie au classicisme : ce fut seulement une mode."
Le public, parisien notamment, a aussi fait la part belle au dogme. Les entrées en France sont les meilleures d'Europe : 100 000 pour Les Idiots et 600 000 pour Festen. Paradoxalement, très peu nombreux sont les cinéastes français qui ont voulu surfer sur cette vague.
"Les Français préfèrent toujours qu'une théorie vienne d'eux", ironise Marianne Slot. A ce jour, 24 films ont payé leur dîme au dogme en respectant les 10 règles de la charte, un seul est l'œuvre d'un français : Lovers de Jean-Marc Barr. Mais ce dernier reste critiqué des puristes. "Lovers était le premier film de Jean-Marc Barr alors que le dogme était une proposition faite à des cinéastes confirmés", conteste Marianne Slot.
"D'une certaine façon Festen était aussi le premier film de Thomas Vinterberg, son tout premier film étant passé totalement inaperçu, rétorque Pascal Arnold, co-auteur de Lovers. On a choisi de faire un film selon le dogme parce que Jean Marc était très proche de Lars Von Trier, et que ces techniques et l'utilisation d'une caméra digitale nous autorisaient à le réaliser à très bas prix." C'est précisément cet aspect économique qui dérange les Français. "Le système de production français étant subventionné, cela gène beaucoup de monde qu'on puisse faire des films rentables", lâche Pascal Arnold.
Lovers respecte donc les règles du dogme, exception faite d'une lumière sur deux scènes et d'un peu de décor "Les règles sont aussi faites pour être transgressées. Le dogme a été trop pris au sérieux par les médias. Le dogme c'est surtout l'antidogme américain afin de casser un cinéma trop calibré.", conclut le cinéaste français.

Le dogme forcément danois ?

En fait, il est très difficile de détacher le dogme de la figure charismatique de Lars Von Treir et plus généralement du Danemark. D'ailleurs les Danois ont tendance à ne considérer que leurs films comme réellement dogme, soit Italian for Beginners de Lone Scherfig, Mifune de Søren Kragh-Jacobsen, The King is Alive de Kristian Levring, Les Idiots, et Festen.
Si aujourd'hui beaucoup critiquent le dogme (règles inapplicables, résultat brouillon, scénarios déficients…), Lars Von trier ne respecte plus les règles qu'il avait lui même fixées. Pour Christine Masson, journaliste au Journal Du Cinéma (Canal +) et réalisatrice des Enfants du Dogme, le dogme n'est ni du bluff ni du marketing. "S'il n'y avait qu'un avantage au dogme, ce serait déjà d'avoir permis à des films comme Festen et Les Idiots de voir le jour. Vinterberg - le réalisateur de Festen - a beaucoup répété que les contraintes techniques du dogme l'avaient forcé à être plus créatif. Le dogme a, de plus, permis de casser un certain académisme dans le jeu des acteurs. Avec les caméras digitales, il n'y a plus de limites dans les temps de tournage." Les auteurs du dogme sont bien les premiers à avoir compris et su exploiter la révolution du numérique.
Surtout le bruit fait autour du dogme a donné un tremplin aux autres talents du cinéma danois, cinéma bien méconnu depuis les films de Carl Theodor Dreyer (Gertrud). "Finalement, le plus grand apport du dogme est d'avoir fait connaître aux Français le cinéma nordique", conclut Emilie de la Fémis. Alors, un peu moins de dogmatisme vis-à-vis du dogme, SVP !

Anne Poiret

Les Idiots, le seul film de Lars Von Trier qui respecte scrupuleusement les règles du dogme.

Le dogme on line

www.dogme95.dk
Pour les puristes, le site officiel du dogme (en anglais).

http://www.amb-danemark.fr
Sur le site de l'ambassade du Danemark, une page très synthétique sur l'évolution du cinéma danois.

 

Journal du 09/02/2001
Le reportage d'ARTE Info sur le film Italian for Beginners


Dogme 12 : ITALIENISCH FÜR ANFÄNGER

Et le Dogme danois devint léger… Première femme à intégrer la secte créative de Lars von Trier et Thomas Vinterberg à l'occasion de ce (déjà !) douzième film certifié conforme par le fameux diplôme (et accessoirement le cinquième de nationalité danoise), la réalisatrice Lone Scherfig permet à la plus médiatisée des blagues cinématographiques de l'année 1998 (année où furent montrés avec fracas Festen et Les Idiots) d'accéder à la maturité. Si elle en reprend certains des thèmes les plus récurrents (dégénérescence familiale, hiérarchie sociale et racisme latent de la société danoise, contrariée par le fantasme émancipateur de l'exotisme, ici avec l'Italie), ce film voulu comme une comédie permet, depuis qu'il n'est plus à la mode et suite à la Palme d'Or d'un Lars von Trier manifestement passé à autre chose, de mesurer combien le concept du Dogme peut se révéler auto-dérisoire.

ITALIENISCH FÜR ANFÄNGER (littéralement " Italien pour débutants ") suit un groupe de personnes, révélateur de la société danoise et archétype d'un état du monde plus généralement doux-amer : un employé d'hôtel frappé d'impuissance, une boulangère maladroite aux prises avec un père acariâtre et amer dont elle a la charge, un jeune prêtre, veuf et mélancolique, le restaurateur de la buvette du stade local, tentant de donner à son local sordide un aspect différent d'une baraque à frites et ne supportant plus l'épaisseur crasse des supporters de foot qui forment sa clientèle…
A travers ces destins croisés qui se rejoignent par les sentiments communs du deuil et de l'amertume (et se trouvent encore répétés par le climat étriqué d'une petite ville danoise), où les mêmes choses se reproduisent chaque jour et où les habitants se trouvent continuellement confrontés aux mêmes situations, Lone Scherfig développe de façon maligne un comique de répétition sans jamais tomber dans la bouffonnerie. Le ton est pudique et la rigueur des préceptes du Dogme (pas de générique, pas de mouvements de caméra construits) aide à insuffler de la fraîcheur et de la spontanéité à ces mésaventures au quotidien dont la drôlerie intrinsèque est forcément familière. Le public de la Berlinale lui-même l'a pris au pied de la lettre, riant spontanément et visiblement charmé par un film qui, sans jamais arguer du sérieux, présente avec finesses deux ou trois vérités dont la portée dépasse allègrement les frontières du Danemark…
Julien Welter

Le cinquième film danois du mouvement "Dogme" est à l'affiche! Tandis que les pionniers du genre s'étaient intéressés à des thèmes aussi délicats que l'inceste (FESTEN de Thomas Vinterberg) ou les états proches de la folie (LES IDIOTS de Lars von Trier), le film de Lone Scherfig quant à lui aborde le thème le plus important qui soit, l'amour. Mais ceci bien sûr ne va pas sans difficultés au départ: ITALIEN POUR DÉBUTANTS a pour cadre un village danois, et comme le veulent les règles du Dogme, le film est tourné en intégralité sur les lieux originaux de l'action, sans effets de lumière et sans musique de fond. Six cœurs solitaires aux alentours de la trentaine sont à la recherche du bonheur, chacun d'entre eux traînant avec lui son lot d'épreuves et de malheurs. Pourtant, rien ou presque dans les trente premières minutes du film ne présage que le bonheur pourrait surgir au détour du chemin : Olympia (Annette Støvelbæk) vit avec son père, le seul être au monde dont elle se sente proche. Après la mort soudaine de ce dernier, elle va trouver refuge auprès du Révérend Père Andreas (Anders W. Berthelsen), qui souffre encore de l'absence de son ex-femme. La coiffeuse Karen (Ann Eleonora Jørgensen) demeure au chevet de sa mère alcoolique et malade jusqu'à sa mort. Hal-Finn (Lars Kaalund), le gérant du restaurant du stade de foot, perd son travail, et son ami Jørgen Mortensen subit les affres de l'impotence. Lone Scherfig, à la fois scénariste et réalisatrice du film, raconte ses différentes histoires sur un ton laconique non dépourvu de drôlerie. Les acteurs jouissent d'une grande liberté d'improvisation pour donner vie aux personnages tous très marqués, mais d'une gentillesse émouvante. Les histoires d'amour racontées sur un ton quasi romantique dégagent beaucoup de tendresse, ainsi celle entre Hal-Finn et Karen, ou celle de son ami Jørgen Mortensen qui s'éprend de la belle Giulia, l'Italienne au tempérament de feu (Sara Indrio Jensen). Jørgen, paralysé par la timidité, hésite plusieurs semaines avant d'oser demander à Giulia si elle a envie de venir… au cours d'italien pour débutants auquel il s'est inscrit avec son ami Hal-Finn. Ne pouvant résister à tant de charme, Giulia se laisse tenter, et le film mélancolique se transforme en un conte de fée où tout se termine bien, et pas seulement pour Jørgen und Giulia.
Nana Rebhan