| Dominique
Boccarossa continue ici son travail singulier, rare,
entrepris dans ses différents films courts et “Stabat
Mater”, long métrage inédit à ce jour. Dans “Bleu le
ciel” il traite d’un sujet contemporain : l’exil, l’immigration,
le travail au noir. Le cinéaste ne démontre pas, il
dépeint. Il met en lumière la solitude des êtres, le
silence des visages, la violence d’une société, la misère
sexuelle, l’incommunication, l’argent, l’amour aussi.
Et pour cela il filme l’humain, le visage humain. L’univers
matériel est stylisé, présent par touche. Il n’y a que
très peu d’objets, la dramaturgie est ramenée à l’essentiel.
Il filme utile, pour montrer l’action il montre les
gestes de l’action, la signifiance des gestes.
Boccarossa croit à l’art, il croit que l’image est productrice
de sens.
Il croit à la représentation, à la transfiguration des
êtres par le cinéma. Il choisit l’épure, la monochromie
des fonds, l’aplat des paysages des peintres du quattrocento.
Seul le temps est concret , le temps de l’apparition
d’une automobile au loin, celui de la matérialisation
du souvenir, le temps suspendu d’un geste, d’un regard,
d’une rencontre. Ces hommes venus d’ailleurs, vulnérables,
ont gardé la lenteur de leurs origines celle des cultures
de la contemplation.
Dominique Boccarossa, petit-fils d’immigré italien fait
le choix éthique de la contemplation, il voit s’éffilocher
le travail, l’empathie, il voit des hommes qui cherchent
leur place.
Cette position n’est pas facile à tenir aujourd’hui
dans le cinéma. Qui croit encore que le cinéma est capable
de grace et de transfiguration ?
En voyant “Bleu le ciel” on sait que Boccarossa y croit
et nous avec.
Christophe LOIZILLON
Marie VERMILLARD
Joël BRISSE |