Films 2000

La ville est tranquille de Robert Guédiguian Diaphana 
La saison des hommes de Moufida Tlatli Les Films du Losange
Nationale 7 de Jean Pierre Sinapi Rézo Films
Lise et André de Denis Dercourt Les Films à un dollar
La chambre obscure de Marie Christine Questerbert  Films du Paradoxe
Les blessures assassines de Jean Pierre Denis ARP Selection
Code inconnu de Michael Haneke MK2 Diffusion
Infidèle de Liv Ullmann  Opening Distributions
In the mood for love de Wong Kar-Wai Océan Films
Amours chiennes de Alejandro Gonzalez Inarritu Pyramide Distribution
Bread and Roses de Ken Loach Mars Films
Luna papa de Bakhtiyar Khudojnazarov Océan 

 

 

 

 

LA SAISON DES HOMMES

Moufida Tlatli 

 

Sélection Un certain regard Cannes 2000

 

Distributeur : les films du Losange

www.filmsdulosange.fr

Sortie le   27/12   2h04

Les premiers temps, le retour des hommes est vécu comme une fête à laquelle le clan des femmes se prépare joyeusement. Mais les années se succédant, les désillusions ont gagné le cœur de Aicha, Zeineb, Zohra et Fatma. 

A Djerba, les épouses vivent onze mois par an sans leurs maris, partis travailler à Tunis, la capitale. On attend "la saison des hommes". Leur retour est vécu comme une fête, comme de nouvelles noces. Mais, pour d'autres, la "condition féminine n'est pas simple à vivre, elles, adolescentes nées dans un monde masculin. L'enfermement et la tradition pèsent, la liberté et la modernité font rêver, le passé et le présent se heurtent à l'instar des générations, ses sexes. Sous la lumière méditerranéenne, passions et espoirs naissent, les blessures se cicatrisent. La saison des hommes est révolue…

***

Propos de la réalisatrice

Le passé et le présent

Déjà, dans "Les silences du palais", j'ai eu besoin de parler du passé et du présent. Je pense qu'il existe un lien profond, un fil secret et mystérieux entre les générations. La maladie d'Aziz, le  mal de vivre des jeunes filles s'expliquent par 1'enfermement de leur mère, les naissances non désirées. Si j'utilise les retours en arrière, c'est pour moi quelque chose qui fait partie de ma façon de comprendre le monde. Nos désirs et nos peurs viennent secrètement de nos parents et grands-parents qui nous transmettent leurs traditions et leurs souffrances et nous les portons comme une blessure ou une force toute notre vie. 

Les couleurs et la lumière 

J'ai voulu que Djerba ne soit plus seulement vue comme dans un dépliant touristique, avec un regard convenu. Les couleurs sont dans les tons marrons, ocres, rouges. J'avais trouve de vieux costumes djerbiens dont je me suis inspirée pour les tissus, les broderies et pour la façon de les porter. J'ai voulu que mes plans soient longs, lents et qu'ils rendent compte de la solitude et de 1'isolement de mes personnages. Quand le récit est au présent, les plans sont plus rapides, plus saccades. Le film se termine sur une note d'espoir. Aziz aime le tissage et continue l'ouvrage de sa mère, et c'est sur ce dernier regard que j'ai voulu terminer le film : la confiance et la sérénité retrouvées d'un enfant.  Paris, le 10 mars 2000

 

 

 

NATIONALE 7

Jean Pierre Sinapi 

avec  Nadia Kaci, Olivier Gourmet

 

Rézo Films

Sortie le    6/12/2000 1h31

Ce film est une comédie qui a pour cadre un foyer de vie pour handicapés moteurs adultes, près de Toulon et… la N7. Il a pour héros d'une part René, myopathe de 50 ans au caractère irascible et rebelle, et d'autre part, Julie, éducatrice spécialisée, une débutante à qui on a confié la responsabilité de cet insoumis. La jeune fille, avec le courage démesuré des timides, comprend le problème de René et se met en quête d'une prostituée qui exerce son métier en camping-car le long de la nationale. René fait enfin l'amour et devient le plus délicieux des hommes…

D'un sujet délicat et même tabou (la sexualité des handicapés) Jean-Pierre Sinapi réussit un premier long métrage d'une rare audace au cinéma. Initiée par Arte (Pierre Chevalier, collection "Petites Caméras"), cette fiction est inspirée de l'expérience de la propre sœur du réalisateur qui travaille dans un centre pour handicapés. Drôle, touchant, évitant complaisance et compassion, cette histoire grave est traitée avec légèreté, humour, osant s'aventurer sur le terrain de la comédie (à l'italienne). Un pari français, humain, et cinématographique gagné.

Document ACID/AFCAE/CCAS à commander à l'ACID 01 56 89 20 31

 

LES BLESSURES ASSASSINES

Jean Pierre Denis 

avec  Sylvie Testud , Julie-Marie Parmentier 

ARP Sélection www.arpselection.com

Sortie le    22/11/2000  1h34

Nouveau film de Jean-Pierre Denis (Histoire d'Adrien, La palombière, Champ d'honneur) inspiré de la célèbre affaire des sœurs Papin qui défraya la chronique journalistique policière et judiciaire dans les années 30 (et que traitèrent, entre autres, Jean Genet avec "Les bonnes", Papatakis avec "Les abysses", Chabrol "La cérémonie"…). Les surréalistes, à l'époque du meurtre, puis Lacan, Sartre, Simone de Beauvoir… se sont passionnés pour ce fait-divers inexplicable : l'assassinat furieux par deux jeunes filles de leur patronne et de sa fille dans une ville de province.

Ce n'est pas un crime, mais une histoire d'amour, dit Jean-Pierre Denis, auteur de ce film réaliste et puissant, d'une grande richesse thématique (social et politique, psychologie et psychiatrie, amour et passion…) et remarquablement interprété : Sylvie Testud, Julie-Marie Parmentier, Isabelle Renauld, Dominique Labourier… 

Un dossier complet sur www.arpselection.com

 

 

IN THE MOOD FOR LOVE

Wong Kar-Wai

Prix d'interprétation masculine Cannes 2000

Tony Leung  Maggie Cheung  

Distributeur : Océan Films

Sortie le  8/11/2001

1h34 

Hong Kong, 1962. Rédacteur en chef d'un quotidien local, Chau emménage avec son épouse dans un nouveau logement situé en plein cœur d'un immeuble majoritairement habité par la communauté shanghaiaise. Rapidement, il fait la connaissance de Li-chun, une très belle jeune femme qui vient, elle aussi, d'emménager avec son mari. Elle est secrétaire dans une compagnie d'exportation tandis que son époux représente une société japonaise, ce qui l'oblige à voyager souvent pour affaires. Sa propre épouse étant souvent absente du domicile conjugal, Chau passe de plus en plus de temps en compagnie de Li-chun. Leurs propriétaires respectifs étant bons amis, ils se retrouvent souvent pour des parties de mah-jong ou discuter des dernières rumeurs. Chau et Li-chun se lient d'amitié, jusqu'à ce qu'ils doivent se rendre à l'évidence : leurs époux respectifs entretiennent une liaison...

***

Wong Kar-wai commente sa méthode, ses aspirations, l'état du cinéma... (article paru dans Libération 8/11/2000): «Pas un cinéaste de la maîtrise»

Successivement scénariste de films commerciaux, puis jeune Orson Welles de la mise en scène, précipitant des superproductions au casse-pipe commercial (Nos années sauvages, les Cendres du temps), déclassé puis ressuscité avec l'étincelant Chungking Express, devenu le symbole du cinéma indépendant de Hong-kong, tellement moderne et copié partout, Wong Kar-wai est devenu, en à peine plus de dix ans, l'un des mythes les plus forts du cinéma contemporain. A renfort de lunettes noires arborées à longueur d'interviews, il se complaît à perpétuer cette image de dandy génial et arrogant, fameux pour ses conditions de travail infernales (ses acteurs doivent accepter de tourner sans rien connaître de ce que racontent ses films). Il revient ici sur sa méthode et sa situation au sein du cinéma hongkongais.

Comment avez-vous découvert le cinéma?

Je suis né à Shanghai et je suis arrivé à Hong-kong en 1962, avec mes parents. J'avais 5 ans. Nous étions chinois, nous avions des problèmes de langue et très peu d'amis. Mon père travaillait dans une boîte de nuit. Ma mère aimait beaucoup le cinéma. Alors, comme nous habitions dans un quartier avec beaucoup de salles, nous y allions tout le temps. J'ai passé l'essentiel de mon enfance au cinéma. Je voyais les films cantonais commerciaux de l'époque, mais aussi des films européens et américains. A l'époque, c'étaient juste des films, qu'ils soient commerciaux ou artistiques. Mon père m'emmenait voir la Strada comme n'importe quel film populaire. Vers 10 ans, j'ai vu Rosemary's Baby de Polanski, et il s'est produit un déclic. Le film m'a terrorisé, mais j'ai surtout remarqué que dans une scène Polanski choisissait de laisser la caméra derrière la porte, de ne pas suivre Mia Farrow. Pour la première fois, je comprenais ce qu'était un choix de mise en scène. La caméra pouvait servir à intensifier les émotions. Ça m'a beaucoup impressionné: dès lors, j'ai regardé les films différemment.

A voir Chungking Express ou Happy Together, on a l'impression qu'A bout de souffle vous a également beaucoup marqué.

Je l'ai découvert plus tard. J'étais un jeune scénariste. A bout de souffle a effectivement été très déterminant pour moi, parce qu'à l'époque je travaillais dans un cadre assez rigide où les scénarios devaient être écrits selon des codes rigides. A bout de souffle m'a donné le goût de la liberté. J'ai compris qu'on pouvait transgresser certaines habitudes de récit et de filmage. Comme scénariste, j'ai dû me conformer à la façon «mainstream» de faire des films de commande. A bout de souffle fait partie des films qui m'ont transmis le désir d'anticiper sur les goûts du public plutôt que de les suivre.

Comment un ancien scénariste devient-il un metteur en scène qui travaille sans scénario?

Comme scénariste, j'avais une très mauvaise réputation. J'étais toujours en retard. A Hong-kong, les scénaristes travaillent en équipe, peuvent écrire quatre ou cinq films en même temps et rendent leur copie en quinze jours. Moi, je mets beaucoup de temps à préparer un film, parce que j'essaie d'être très organisé. Je me force à faire des story-boards, à prévoir tous les effets visuels. J'aimerais être un cinéaste de la maîtrise, comme Hitchcock. Mais ça ne marche jamais. Je me mets toujours à tout changer au dernier moment et finalement je ne fais rien de ce que j'ai prévu. Je n'arrive pas à être aussi hitchcockien que je le souhaiterais.

Est-il vrai que vous décidez de l'histoire que le film va raconter au moment du montage?

En quelque sorte. Lorsque le tournage est terminé, j'ai toujours trop de matière. Le film peut partir dans des directions très différentes. C'est lorsque je commence à monter les séquences, à sacrifier certains éléments de l'intrigue, que je découvre ce que j'ai vraiment envie de raconter. C'est ma façon de procéder. Je sais que ce n'est pas une méthode, je ne la recommanderais à personne. Ne serait-ce que parce que par moments, dans une telle désorganisation, on se sent vraiment misérable.

Comment analysez-vous la crise qui frappe le cinéma de Hong-kong depuis cinq ou six ans?

Le cinéma de Hong-kong a longtemps été la plus grosse industrie de divertissement des populations asiatiques dans le monde entier. C'est un marché immense. Mais le système s'est mis à tourner pour lui-même, sans se préoccuper des produits. Il fallait que des films se fassent pour nourrir la machine, même n'importe comment. Les producteurs sont devenus paresseux. Ils n'ont pas évolué et ont géré jusqu'à l'épuisement les mêmes recettes. L'industrie cinématographique est donc aujourd'hui dans une période critique.

Quelle est votre position dans cette industrie?

Je produis mes films moi-même. Tout simplement parce que personne ne veut le faire. Mon second film, Nos années sauvages, a été un terrible échec commercial, et j'ai du devenir un producteur indépendant pour pouvoir conserver le contrôle artistique sur mon travail.

Votre reconnaissance critique internationale, vos récompenses dans les festivals, n'ont pas fait évoluer cette image?

Non, dans l'industrie de Hong-kong, ça n'a aucune valeur. Mais cette indépendance est devenue un modèle pour beaucoup de jeunes producteurs. Un réseau s'est développé depuis dix ans. On fait des films avec moins d'argent, de façon plus libre. Chungking Express a été beaucoup imité.

Etes-vous intéressé par cette «nouvelle vague» de cinéastes indépendants, comme par exemple Fruit Chan?

Je continue à voir en priorité deux sortes de films: ceux des quelques cinéastes que j'admire beaucoup et ceux des jeunes réalisateurs. Mais, ces dernières années, je n'ai pas vu de films de jeunes cinéastes hongkongais vraiment prometteurs. La nouvelle vague de cinéastes coréens, comme Jang Sun-woo (Fantasmes) ou Hong Sang-soo (Oh! Soojung), me paraît beaucoup plus passionnante. Pour qu'une cinématographie nationale soit intéressante, il faut qu'il se passe des choses fortes dans la société. Ce fut le cas en Chine dans les années 80, lorsque apparurent les cinéastes de la cinquième génération, Chen Kaige et Zhang Yimou. C'est le cas en ce moment en Corée, où la société connaît de profondes transformations.

Et que pensez-vous du travail des cinéastes chinois à Hollywood? Pensez-vous que Tsui Hark ou John Woo aient perdu quelque chose en quittant Hong-kong?

De mon point de vue très subjectif, oui. Je connais très bien John et quand je vois ses films américains je ne retrouve pas le cinéaste que je connais. Ça ne veut pas dire que les films ne soient pas satisfaisants. Mais c'est autre chose.

A quoi ressemble le film dont vous venez de commencer le tournage?

2046 est un film d'anticipation. C'est aussi un road-movie et, en même temps, je crois, une sorte d'opéra.

Recueilli par J.-M.L

 

 

BREAD AND ROSES

Ken Loach

avec  Pilar Padilla Adrien Brody

Sélection Officielle Cannes 2000

Distributeur : Mars Films www.marsfilms.com

1h52

Le cœur gros, Maya a laissé sa mère à Cuernavaca pour passer aux Etats-Unis. Après bien des péripéties, elle arrive à Los Angeles où vit depuis longtemps sa sœur aînée Rosa. Energique et décidée, Maya décroche un premier job de serveuse dans un bar de nuit puis obtient de Rosa, employée dans une entreprise de nettoyage, qu'elle la présente à son directeur, Perez. Devenue femme de ménage, Maya se retrouve au milieu d'une armée d'employés de toutes les nationalités opérant la nuit dans les bureaux des buildings de Los Angeles. Elle découvre les conditions dans lesquelles travaillent les immigrés dont les papiers ne sont pas en règle. Contrairement à Rosa, Maya ne peut pas accepter de se soumettre.

 

 

CODE INCONNU

Michael Haneke

Sélection Officielle Cannes 2000

avec  Juliette Binoche

Distributeur : MK2 www.mk2.fr

Sortie le  8/11/2000 1h57

Paris. Un boulevard très animé. Quelqu'un jette un bout de papier froissé dans les mains tendues d'une mendiante. C'est le nœud qui relie pour un instant les trajectoires de personnages très différents :
Anne, jeune comédienne, est sur le point de faire carrière au cinéma. Son ami, Georges, est photographe de guerre, il est rarement en France. Le père de Georges est agriculteur, son frère cadet, Jean, ne veut pas reprendre la ferme familiale. Amadou est éducateur musical dans un institut pour sourds-muets. Son père, chauffeur de taxi est originaire d'Afrique. Sa petite sœur est sourde et c'est pour elle qu'Amadou a choisi ce métier. Maria vient de Roumanie et envoie au pays l'argent qu'elle gagne en mendiant. Expulsée, elle revient passer quelque temps auprès de sa famille, avant un nouveau voyage humiliant vers la France. Qu'ont-ils tous en commun, ces personnages et ceux dont ils croisent la route ?
www.code-inconnu.com  www.mk2.com 

 

LA CHAMBRE OBSCURE

 

Marie Christine  Questerbert

avec Melvil Poupaud, Caroline Ducey

 

Quinzaine des réalisateurs Cannes 2000

 

Les films du paradoxe 

1h47  29/11/2000

 

Dans le monde du XIVème siècle, Aliénor rompt avec le destin des filles, pour suivre ce que son désir lui dicte.

Apprenant que le roi de France souffre d'un mal qu'aucun médecin ne sait guérir, elle se rend à son chevet. Au péril du bûcher, elle parvient à soigner le monarque. En récompense, elle lui demande de la marier à Bertrand de Roussillon, qu'elle aime depuis son enfance, convaincue de le mériter mieux que quiconque. Bertrand, contraint par le roi, est obligé de l'épouser. Sitôt marié, l'époux déserte le "domicile conjugal". Ne sachant plus où elle en est, Aliénor découvre que Bertrand, passé sous d'autres couleurs, se trouve dans la République de Sienne. Et surtout qu'il est tombé sous le charme de la jeune Lisotta. Comment Aliénor, toujours vierge, va-t-elle pouvoir mettre cet époux dans son lit, et lui offrir des jumeaux ?

 

LISE ET ANDRE

Denis Dercourt

Sortie le  8/11/2000

Lise croit aux miracles. Elle pense également que pour se faire entendre du ciel, rien ne vaut les services d'un vrai professionnel. Aussi, quand il s'agit de sauver son fils, fait-elle appel au Père André. Mais André est un misanthrope qui, lui, ne croit plus en rien. Il refuse de l'aider. A bout d'arguments, Lise prend André en otage. C'est l'histoire d'une jeune femme, aussi volontaire que désespérée, qui oblige un prêtre à faire enfin son métier.

Document ACID/AFCAE/CCAS à commander à l'ACID 01 56 89 20 31

 

INFIDELE

Liv Ullmann

avec  Lena Andre

Sortie le  8/11/2000  

 

Markus, un célèbre chef d'orchestre, forme un couple heureux avec Marianne. Ils ont une petite fille âgée de neuf ans, Isabelle. David, le meilleur ami de Markus, au passé sentimental houleux, leur rend souvent visite, et il est le conteur préféré de leur fille. Un soir, alors que Markus est en déplacement, David se rend chez eux. Alors que sa relation avec Marianne était jusque-là platonique et sans risque, leurs rapports semblent prendre une autre tournure. Marianne le découvre sous un autre jour...

La Conquète de la Vérité

Immédiatement les signatures s'imposent. Elles sont si prégnantes qu'elles risquent de rejeter le tableau en arrière plan. Au scénario, Ingmar Bergman, le réalisateur par excellence, celui que toute la profession, comme on dit, applaudit voilà quelques années à Cannes à l'occasion d'une Palme d'honneur. A la réalisation, Liv Ullman, la comédienne de Persona, l'Heure du loup et Cris et chuchotements, parmi nombre d'autres gloires. Difficile d'oublier ces noms. Leur puissance d'évocation, leur association à tant de souvenirs affectifs, ce poids, on ne peut s'en abstraire. Et même si ces oeuvres n'ont pas été vues, celui qui regarde Infidèle en méconnaissant ce passé ne peut que le deviner. Il le sent, suintant, comme s'échappent des murs d'une veille maison les odeurs du temps et de l'expérience. L'anecdote nous est présentée avec tant de crudité et de sincérité que sa dimension vécue ne fait aucun doute. Bergman l'a écrite, Bergman l'a vécue. Il l'a ressentie et des échos se font encore entendre dans cette culpabilité qui le travaille.

L'œuvre peut être perçue comme une reconquête de la vérité, marche lucide vers des faits que l'on a préféré oublier pour se sauvegarder. Fixer du regard sa propre cruauté n'est pas chose aisée. Surtout que l'humain est plus habitué à se mentir qu'à se montrer sincère avec lui-même. Il a donc besoin d'aide. Il attend qu'on le prenne par la main et qu'on l'amène là où, seul, il ne voulait plus aller. 

Vieillissant, l'homme est assis à son bureau avec pour seule compagne la mort. Puis soudain lui apparaît une femme, une muse porteuse de réminiscences et d'impressions passées. Il la questionne, et elle lui répond. Puis, lentement, ses réponses se transforment en monologue. Il n'est plus qu'une oreille qui écoute et une main qui écrit. Elle lui parle de son infidélité, de sa rencontre avec le metteur en scène dépressif et jaloux qu'il fut avant, il y a longtemps. Elle lui parle du délitement de son mariage et de l'éloignement de sa petite fille, victime impuissante des ravages de la passion. Peut-être que déposer les mots sur le papier est nécessaire pour retenir une vérité si dure. La pensée ne capte pas ce qui est dit, elle est juste un intermédiaire. Ce n'est qu'après, quand tout a été dit et écrit que l'homme peut enfin penser ses actes. La destruction d'un mariage et la mort du rival ne sont pas anodines. Une enfant y a perdu son père. Est-ce pour autant un crime? Non. Mais il a fallu le recul des ans pour le savoir. 

Qu'Ingmar Bergman lui-même ait vécu partiellement cette histoire n'importe que par le redoublement au niveau de la mise en scène du rapport entretenu dans le film entre la jeune femme et le vieil homme. D'ailleurs ce dernier ne s'appelle-t-il pas lui-même Bergman. Liv Ullman prend le texte du cinéaste-dramaturge et en fait sa matière. Elle a signé un contrat qui les lie pour le bénéfice de la vérité. Elle l'aide sans pour autant lui mentir. Au contraire.

Ingmar Bergman a toujours été le cinéaste des femmes. Il les a filmé et les a faites parler longuement au cours de sa vie, que ce soit sur une scène de théâtre ou dans une salle de cinéma. Bergman est toujours vivant et il est naturel qu'une femme parle maintenant en son nom. Il y a eu transmission. Les mots sont passés d'une bouche à l'autre pour aboutir, dans Infidèle, à une conclusion logique: celui qui dirigeait les femmes se laisse dorénavant guider par elles. Une reconnaissance mutuelle s'est accomplie, et cette oeuvre sonne comme un remerciement de la part de Liv à Ingmar. Et même si dans le film, la femme n'est qu'une image, une projection aux yeux de l'homme, nous savons à son spectacle que parole entre homme et femme n'est pas chose impossible. Par delà les mensonges, l'espoir n'est pas perdu.

M.Merlet

 

 

 

AMOURS CHIENNES

Alejandro Gonzalez Innaritu

Grand  prix semaine de la critique Cannes 2000 

 

Sortie le  8/11/2000 

 


A Mexico, à la suite d'un accident de voiture, 3 vies entrent en collision et nous révèlent le côté le plus "chien" de la nature humaine : Octavio, un adolescent qui a décidé de fuir avec la femme de son frère, Daniel, 42 ans, qui a quitté sa famille pour un top modèle, et El Chivo, ex-guerillero devenu tueur qui va sauver le chien d'Octavio.


***

Indéniablement, Iñarritu réussit à la fois à entrelacer adroitement ses trois histoires tout en découpant son film en trois blocs sécables, traités dans des styles très différents (caméra-épaule speedée pour le drame de la rue, découpage de thriller très cadré pour le drame bourgeois domestique, style amphigourique et plus contemplatif pour le tueur céleste). Pourtant, malgré cette ingéniosité qui fait tenir trois films en un, on ne peut s'empêcher de préférer le deuxième. Avec l'histoire de ce chien d'appartement coincé sous un plancher infesté de rats, Iñarritu réussit un film d'angoisse ramassé et percutant. Chaque nuit, on gratte sous le sol; les personnages cassent des lattes sous leurs pieds et ne découvrent que des rongeurs grouillants qui ont possiblement dévoré l'animal chéri. Là, le film joue habilement des terreurs domestiques, de l'angoisse commune que crée le vernis urbain dissimulant mal la vermine au travail, enfouie partout où on ne la voit pas. Pendant une demi-heure, Amours chiennes fait vraiment peur avec presque rien. A l'intérieur de ce film clinquant, fabriqué, lourdement métaphorique (le pompon étant la rédemption du tueur à gages au contact du chien de combat), gît donc un excellent court-métrage. Un bon début pour un jeune cinéaste.

Jean Marc Lalanne ; Libération

 

www.pyramidefilms.com